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On ne saurait dire pourquoi l'univers de Pascal Garnier nous est si proche. Pourquoi il nous envoûte avec des histoires plutôt simples, des personnages a priori ordinaires et malmenés par la vie, des mots familiers et des silences qui le sont encore plus. Ainsi Bernard, crétin solaire qui pose sur le monde un doux regard écarquillé. C'est ce qui séduit Simon, le cynique et élégant Simon, " éradicateur de nuisibles " en préretraite, autant dire tueur à gages au bout du rouleau. La rencontre a lieu à Vals-les-Bains. Et le hasard fait bien les choses : Simon a de l'argent, et Bernard, tout son temps. Il sera son chauffeur pour sa dernière mission... Avec affection, on range les romans de Pascal Garnier au panthéon de nos auteurs d'atmosphère. Entre Simenon et Hardellet. Entre tendresse et cynisme, réalisme et humour désenchanté. Dans Comment va la douleur ? on retrouve cette façon si singulière et si attachante qui comme un miracle réjouit le coeur et fait du bien à l'âme.
La vie de Pascal Garnier est à elle seule un roman. On retiendra qu'il est une figure originale du roman contemporain. Il a élu domicile dans un petit village de l'Ardèche où il peint, et écrit aussi des romans pour la jeunesse. On ne s'étonnera pas qu'on lui ait donné le Grand Prix de l'Humour noir en 2006 pour Flux. Après les Hauts du bas et l'A26, Comment va la douleur ? confirme, si besoin était, son immense talent.
Les courts extraits de livres : 02/09/2006
C'est peut-être d'avoir dormi trop longtemps à côté du corps glacé de sa mère ou bien à cause de l'humidité omniprésente que Bernard se sent si mal foutu, courbatu, goutte au nez, la tête dans le bocal. Qu'est-ce qu'il leur prend à ces vieux de le charger comme une mule de leur sale besogne ? Heureusement que Fiona et Violette sont restées là-bas. Enfin, boulot, boulot. L'ascenseur dépose Bernard au quatrième. La porte se déplie accompagnée d'un tintement de clochette. Le couloir est désert. Le tapis à ramages mordorés qui se perd dans une perspective infinie étouffe ses pas. 401, 402, 403... Il éternue, se mouche en tâchant de faire le moins de bruit possible. 404,405,406. Il a quelques secondes d'avance. Monsieur Marechall aime la ponctualité. Il attend. L'eau dégouline de son K-way sur ses chaussures. Huit heures pile. Il tourne tout doucement le bouton de la porte qui s'ouvre sans émettre le moindre grincement. Comme prévu monsieur Marechall est là, debout sur la chaise, face à la fenêtre, mains dans le dos comme un enfant au piquet. Il n'a pas tressailli pourtant il sait que Bernard est entré. Faut avoir du cran.