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Auteur : Christoph Hein
Traducteur : Nicole Bary
Date de saisie : 00/00/0000
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Métailié, Paris, France
Collection : Bibliothèque allemande
Prix : 22.00 € / 144.31 F
ISBN : 978-2-86424-592-6
GENCOD : 9782864245926
Bernhard Haber, enfant d'une famille de réfugiés chassée de sa terre natale, ne parvient pas à se sentir chez lui dans la ville où ses parents ont dû se réinstaller. Il a dix ans lorsqu'en 1950 sa famille quitte Breslau (Wroclaw) en Silésie pour une petite ville de Saxe dont les habitants voient d'un très mauvais oeil l'afflux de réfugiés et de sinistrés. Certes, on a besoin d'artisans mais l'atelier de son père, le menuisier, brûle. Lui non plus n'a pas la vie facile à l'école, les maîtres veulent le "rééduquer", il est la risée de ses camarades et on abat même son chien. Il jure de se venger.
Christoph Hein laisse à cinq personnages, à cinq voix, le soin de raconter cinquante années de la vie de Bernhard Haber, des années 50 jusqu'à la fin du XXe siècle. Chacun des narrateurs l'a connu à un moment ou à un autre de sa vie, chacun d'entre eux porte sur lui un regard différent : de l'écolier au militant communiste, puis au passeur de clandestins vers Berlin Ouest jusqu'à l'homme d'affaires prospère...
Comme dans l'ensemble de son oeuvre narrative, Christoph Hein se veut dans ce roman un chroniqueur attentif de son époque et des conflits qui l'agitent et la perturbent. Il y parvient magistralement et brosse un tableau inhabituel de la société est-allemande avant, pendant et après la chute du Mur de Berlin.
Christoph Hein est né en 1944 en Silésie. Ses romans et nouvelles lui apportent rapidement une très large reconnaissance nationale et internationale. Ses interventions publiques en 1989 en ont fait l'un des intellectuels les plus importants, à côté de Christa Wolf et Gunter Grass. Il est l'auteur, entre autres, de La Fin de Horn, Willenbrock et de Dès le tout début.
L'originalité de «Prise de territoire», écrit avec une froide perspicacité et dans un style «aussi dépouillé que l'art du Bauhaus», selon un critique allemand, réside dans les monologues croisés de cinq compagnons de route de Haber (deux femmes et trois hommes), qui restituent le parcours d'un homme dont le seul but était de se venger de sa condition de déraciné humilié. Une polyphonie troublante qui ne fait qu'épaissir le mystère de cet antihéros, tragique représentant d'une époque tourmentée.
Quelques années après la guerre, des milliers d'Allemands quittent la Silésie, leur patrie à l'est de l'Oder, qui se trouve désormais en territoire polonais. Cet exode massif vers l'ouest, touchant aussi la Poméranie, les Sudètes et la Prusse orientale, provoque une réaction de rejet de la part de leurs compatriotes. C'est ce que raconte Christoph Hein dans son dernier roman, Prise de territoire. Mais Hein ne se limite pas à l'épisode de l'immédiat après-guerre : son livre englobe une période de cinquante années qui va de la fin de la guerre jusqu'à la réunification...
Le roman s'organise selon une polyphonie : cinq voix, cinq personnages (...), parlent de Bernhard Haber à des époques identiques ou différentes de sa vie, sans que jamais le principal intéressé prenne la parole : portraits en creux, en relief, portraits contradictoires mais jamais en noir et blanc - l'humain est au coeur du récit.
Un homme, une petite fille en larmes dans les bras, s'approcha de l'escalier, monta quelques marches et s'adressa à l'homme qui avait accompagné le couple princier à sa sortie de la mairie, celui-ci secoua la tête et lui fit comprendre que pour le moment il n'avait pas le temps de s'occuper de lui, il avait à faire. L'homme qui portait la petite fille ne se laissa pas dissuader, il monta deux marches de plus et expliqua que la petite fille avait perdu son grand-père et qu'il lui demandait de lancer un appel. Il lui tendit la fillette. L'homme, l'enfant dans les bras, se plaça contre le parapet, et le micro devant la bouche il cria en direction de la place qu'on recherchait un grand-père, ce dernier devait se faire connaître et venir chercher sa petite-fille. Il parcourut du regard la foule assemblée sur la place, et comme personne ne se manifestait, il demanda à l'enfant le nom de son grand-père. La fillette lui répondit en bredouillant et l'homme dit dans le micro que le grand-père s'appelait papi et qu'il devait immédiatement se faire connaître. Il se tourna à nouveau vers la fillette qu'il tenait dans ses bras et lui demanda comment elle s'appelait. Comme il avait posé sa question sur un ton pressé, autoritaire et bourru, elle serra les lèvres et fit une grimace, comme si elle allait recommencer à pleurer.
Un homme âgé, tenant une enfant par la main, se dirigea vers l'escalier de la mairie. D'un geste de la main il tenta d'attirer l'attention de la petite fille en larmes et essaya d'arriver jusqu'à elle aussi vite que lui permettait l'autre fillette qui trottinait à ses côtés. Il s'écoula un petit moment avant que l'enfant sur le podium aperçoive son grand-père qui se hâtait vers elle, et en poussant un grand soupir de soulagement, elle se mit à pleurer sans retenue.
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