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Auteur : Michael Taylor
Traducteur : Richard Crevier
Date de saisie : 07/12/2006
Genre : Beaux Livres
Editeur : A. Biro, Paris, France
Prix : 38.00 € / 249.26 F
ISBN : 978-2-35119-014-2
GENCOD : 9782351190142
Je me suis souvent demandé pourquoi Rembrandt, dans ses nombreux portraits et autoportraits, semble s'être acharné sur le nez de ses modèles, y compris le sien, lui donnant tant d'épaisseur qu'un de ses contemporains a dit facétieusement qu'on pouvait ramasser une toile du maître pour le bout du nez. D'où vient cette obsession nasale ? Pourquoi l'a-t-elle conduite à modifier sans cesse son propre nez dans ses représentations de lui-même ? J'ai regardé de près ses oeuvres, j'ai porté une loupe, pour ainsi dire, à son nez et à celui de ses proches, tel qu'il les a dépeints, j'ai passé des mois dans la splendeur et la misère de son univers. Je crois maintenant comprendre, en partie du moins, pourquoi le visage pour lui commençait et finissait par le nez, et ce qu'il y a de métaphysique et en même temps de purement physique dans son approche. Mais surtout, en écrivant ce texte qui s'écarte volontairement des voies officielles de l'histoire de l'art, j'ai appris à le regarder. C'est le bonheur de cette découverte que je souhaite partager avec le lecteur.
Même un bref coup d'oeil aux portraits et autoportraits de Rembrandt suffit pour être frappé par l'étonnante gamme de traitements du nez. Le nez de l'artiste lui-même et ceux des visages qu'il a peints, qu'il s'agisse de mendiants ou de bourgmestres, apparaissent comme acteurs sur la scène du visage : ils sont au premier plan, captent la lumière et crient leur présence parmi les ombres et demi-teintes où les autres traits se réfugient. On ne peut pas ne pas les voir. Leur volume presque palpable joue un rôle central dans les compositions des oeuvres. Pourquoi cette obsession nasale ? Dans cet essai sérieux, inventif et non conventionnel, Michael Taylor mène le lecteur au coeur de l'art de Rembrandt à travers un chemin de traverse. Une chronologie très complète de la vie et des oeuvres de Rembrandt termine l'ouvrage. Le lecteur trouvera dans le livre un cahier détachable avec les oeuvres de Rembrandt dont les détails ont été reproduits dans le corps de l'ouvrage.
Michael Taylor est l'auteur d'une biographie de Victor Segalen (Vent des Royaumes, Seghers, 1983) et une Histoire illustrée des voyageurs occidentaux au Tibet publié par l'Office du Livre Fribourg, Payot Paris et Georg Westermann Verlag. Il est le traducteur et le co-traducteur de nombreux livres d'art, notamment le Matisse de Pierre Schneider, les archives de la Chapelle de Vence, les catalogues raisonnés de Vuillard et Pissarro co-édités par Wildenstein Institute/Skira. Il a un doctorat de littérature comparée et réside en France.
La composition constructiviste en triangles imbriqués crée un équilibre subtil entre des valeurs et des textures opposées : un soleil cuisant et des ombres veloutées, une maçonnerie croulante et un ensemble de notations très subtiles, d'une acuité que l'on n'eût pas crue possible sous le burin d'un graveur - les herbes et le bouquet de roseaux au premier plan à droite, le crin très fin de la queue du cheval, le plumet léger de la coiffe du palefrenier, la plume du béret de l'oisif à la fenêtre, l'aigrette piquée dans le turban du Samaritain, le feuillage d'été à peine discernable derrière l'auberge, le tourbillon de feuilles sèches chassées par le vent en direction de la servante qui puise de l'eau et la mèche de cheveux qui s'échappe de son bonnet. Pris dans ce maillage de détails picturaux, bien d'autres contrastes explicitent la leçon recelée par cette scène néo-testamentaire typiquement hollandaise et de prime abord familière. L'artiste a tissé des extrêmes - une contemplation rêveuse et des manifestations d'effort et de tension tangibles -, notamment dans la manière d'organiser la scène où l'on descend le voyageur blessé du cheval, lequel, petit et néanmoins sculptural, semble somnoler dans la flaque des ombres rétrécies par le soleil de midi. Sans parler du chien accroupi près de la croupe de l'animal et dont l'effort pour se soulager souligne d'une fausse note bizarre le geste hautain du Samaritain qui dépose quelques pièces dans la pogne de l'aubergiste. Devant la toile de fond constituée par une auberge de campagne à moitié en ruine, dont le cachet antique a quelque chose de vaguement exotique, on aide un homme grièvement blessé à mettre pied à terre. Un groupe de personnages est disposé autour des marches menant à la porte de l'auberge, chacun absorbé par son occupation ou ses préoccupations. Ce qui leur confère une individualité tout en les rassemblant, c'est un abrégé, pour ne pas dire une sténographie de leurs traits, en particulier de leurs yeux et de leurs nez. Le jeune palefrenier qui retient le cheval est signifié par son attitude, celle caractéristique du garde du corps, large ceinture et dague à la taille, visage imberbe en demi-lune à l'oeil droit matérialisé par un simple point et au nez camus levé vers le voyageur secouru dont les traits se contractent en une grimace de douleur. De son côté, le serviteur qui l'aide à descendre de cheval ne semble guère se soucier du poids de son corps. Seule la pression de ses doigts sur les plis de la tunique du voyageur blessé évoque l'effort déployé.
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