Inscrivez-vous àla Lettre des Libraires.
Libraires,partagez vos découvertes.
Editeurs,valorisez vos livres.
Bienvenue sur Lechoixdeslibraires.com. Lechoixdeslibraires.com vous permet de découvrir, de partager les coups de cœur des libraires. Vous y entendrez également les écrivains raconter leur amour des livres, et des librairies, au micro de Patricia Martin (productrice à France Inter). Vous lirez les « Lettres à mon libraire », rédigées par les auteurs à l’attention de leur libraire. Des comédiens vous proposeront de courtes lectures. Grâce à leur participation active, les éditeurs ont la possibilité de mettre en avant, dans la rubrique "l'espace des éditeurs", les livres de leur choix auprès des libraires de France et de tous les internautes. Nous proposons également un podcast.
est notre partenaire « Télé » : chaque jeudi soir, un portrait de libraire est diffusé dans l’émission de François Busnel « La Grande Librairie ».
est notre partenaire « Radio ». Ecoutez l'émission "A livre ouvert" : chaque dimanche soir, François Busnel reçoit deux libraires pour commenter l’actualité littéraire de la semaine passée.
est notre partenaire « Presse écrite ». Découvrez prochainement et en exclusivité le palmarès des livres préférés des libraires de France.
Auteur : André Gorz
Date de saisie : 11/07/2008
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Galilée, Paris, France
Collection : Incises
Prix : 13.40 € / 87.90 F
ISBN : 978-2-7186-0727-6
GENCOD : 9782718607276
Comment écrire sur son amour sans paraître solennel, voire emphatique ?
Peut être simplement en parlant de soi et de l'être aimé. Celle qui a inspiré ses écrits à André Gorz est une femme maintenant vieille et malade. C'est ainsi qu'il la voit et pourtant l'amour est là, plus fort que jamais.
De leur rencontre, de leur vie, l'auteur fait un récit tendre, sans complaisance avec ses erreurs de jugement. Un récit dans lequel irradie cette lumière qui illumine sa vie, sa femme.
Le parcours d'une vie est tracé sans autre motivation que de continuer à vivre avec elle, à le lui dire et à la chérir.
On se demande qu'elle femme exceptionnelle elle peut être ou quel homme exceptionnel est il.
On lit avec beaucoup d'émotion l'histoire d'un homme et d'une femme qui ont refait le monde à leur image, traversé cette vie ensemble. Une histoire singulière et pourtant universelle, à l'image d'un amour digne et profond.
«Tu vas avoir quatre-vingt deux ans. Tu as rapetissé de six centimètres, tu ne pèses que quarante-cinq kilos et tu es toujours belle, gracieuse et désirable. Cela fait cinquante-huit ans que nous vivons ensemble et je t'aime plus que jamais. Je porte de nouveau au creux de ma poitrine un vide dévorant que seule comble la chaleur de ton corps contre le mien.»
L'auteur du Traître revient avec cinquante ans de recul sur les années décisives de son histoire. Il restait beaucoup à dire. Car ce n'était pas la sienne seulement.
«Tu vas avoir quatre-vingt-deux ans. Tu as rapetissé de six centimètres, tu ne pèses que quarante-cinq kilos et tu es toujours belle, gracieuse et désirable.» Ainsi commence le récit «juvénile» d'un incroyable amour, exceptionnel par sa longévité comme par son intensité. Dans un sentiment d'urgence, André Gorz «avoue» à Dorine, l'Anglaise rencontrée un soir d'automne 1947, sa gratitude totale et sa passion éternelle. De quoi faire rêver toutes les femmes, quel que soit leur âge.
Très peu de livres accrochent ainsi, en quelques phrases qui donnent le ton, le tempo, la musique et l'émotion, la qualité d'une vie. On lit cette lettre d'amour à une femme vivante, malade et qui souffre et qui va mourir un jour, lointain peut-être encore mais de toute façon trop proche, et cette mort devient aussi inacceptable pour celui qui lit que pour celui qui écrit...
Un tel livre, court, exact, poli comme un galet sans effort apparent, vient rappeler ce que peut la littérature quand elle sonne vraie parce qu'elle sonne juste.
Gorz, le penseur, le théoricien, bute sans fin sur l'explication de cet amour, sur la définition de l'essence de cette «résonance» intimement et réciproquement ressentie, sur le pourquoi de cette «coïncidence toujours promise et toujours évanescente du goût que nous avons de nos corps - et quand je dis corps, je n'oublie pas que «l'âme est le corps» chez Merleau-Ponty aussi bien que chez Sartre». Cinquante-huit ans après, cet amour est et demeure «en deçà et au-delà de la philosophie», et ne sait mieux se dire que par cette métaphore lumineuse et charnelle : «En moi un vide dévorant que ne comble que ton corps serré contre le mien.»
Après avoir beaucoup critiqué le capitalisme, bataillé en faveur d'une écologie radicale, pensé le travail moderne, milité pour un existentialisme marxiste, fondé une théorie de l'aliénation et s'être consacré aux autres sans compter, André Gorz regrette non seulement d'avoir négligé, dans ses livres, celle sans laquelle il ne les aurait pas écrits, mais aussi de l'avoir défigurée...
André Gorz a donc attendu d'avoir 83 ans pour récuser ses pages de jeunesse et exprimer sa gratitude à celle qui a donné un sens et un absolu à son existence. Son amour d'elle est d'une éclatante jeunesse. Et, pour cet ancien sartrien, comme une réplique, cinglante, de l'Etre au Néant.
Les premières phrases saisissent par leur promesse d'infini. Elles contiennent le mystère de la rencontre pérenne entre un homme et une femme. L'accord du corps et de l'âme. Comment un auteur à la réputation bien établie sur des sujets sérieux, comme le capitalisme en crise et la fin du salariat ou les affres de l'existence humaine en est-il venu à écrire cette Lettre à D. Histoire d'un amour, intime, profondément émouvante ?...
Avant de devenir philosophe du travail, André Gorz a été philosophe tout court. Et il l'est resté, ne serait-ce que par cette conviction chevillée à jamais à son corps que les idées peuvent changer le monde...
André Gorz dit que Lettre à D. sera son ultime livre au monde. Une tentative délicate et tendre d'exprimer «la résonance» qui lie deux êtres. «L'amour est la fascination réciproque de deux sujets dans ce qu'ils ont de moins dicible, de moins socialisable, de réfractaire aux rôles et aux images d'eux-mêmes que la société leur impose, aux appartenances culturelles.» André avait envie de faire aimer D. comme il l'aime. «Tu viens juste d'avoir quatre-vingt-deux ans...», Lettre à D. se termine comme elle a commencé, mais avec une manière de post-scriptum disant les accointances manifestes entre l'amour, la mort et l'écriture qui sauve l'un en apprivoisant l'autre.
Avant de te connaître, je n'avais jamais passé plus de deux heures avec une fille sans m'ennuyer et le lui faire sentir. Ce qui me captivait avec toi, c'est que tu me faisais accéder à un autre monde. Les valeurs qui avaient dominé mon enfance n'y avaient pas cours. Ce monde m'enchantait. Je pouvais m'évader en y entrant, sans obligations ni appartenance. Avec toi j'étais ailleurs, en un lieu étranger, étranger à moi-même. Tu m'offrais l'accès à une dimension d'altérité supplémentaire, - à moi qui ai toujours rejeté toute identité et ajouté les unes aux autres des identités dont aucune n'était la mienne. En te parlant en anglais, je faisais mienne ta langue. J'ai continué jusqu'à ce jour à m'adresser à toi en anglais, même quand tu répliques en français. L'anglais, que je connaissais principalement par toi et par les livres, a été dès le début pour moi comme une langue privée qui préservait notre intimité contre l'irruption des normes sociales ambiantes. J'avais l'impression d'édifier avec toi un monde protégé et protecteur.
La chose n'aurait pas été possible si tu avais eu un fort sentiment d'appartenance nationale, d'enracinement dans la culture britannique. Mais non. Tu avais à l'égard de tout ce qui est british un recul critique qui n'excluait pas la complicité avec ce qui vous est familier. Je disais de toi que tu étais une export only, c'est-à-dire un de ces produits réservés pour l'exportation et introuvables en Grande-Bretagne même.
Copyright : lechoixdeslibraires.com 2006-2008 - Informations légales - Programmation : Olf Software - Accessibilité, CSS et XHTML : Gravelet Multimédia