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Auteur : François Mauriac
Date de saisie : 28/09/2006
Genre : Biographies, mémoires, correspondances...
Editeur : 10-18, Paris, France
Collection : 10-18. Domaine français, n° 3945
Prix : 7.80 € / 51.16 F
ISBN : 978-2-264-04325-2
GENCOD : 9782264043252
Véritable parcours introspectif, les Mémoires de François Mauriac dévoilent l'étonnante personnalité de cet auteur majeur du XXe siècle : de l'intimité d'un souvenir d'enfance aux oeuvres qui marquèrent sa formation littéraire, il couche sur le papier sa vie intérieure, son rapport à l'écriture et réaffirme sa foi dans un humanisme chrétien. Jalonnée de commentaires érudits d'auteurs classiques (Pascal, Racine...) ou contemporains (Gide, Bernanos), cette autobiographie atypique raconte une vie guidée par la passion de la littérature.
François Mauriac (1885-1970) est né à Bordeaux dans une famille de la haute bourgeoisie chrétienne dont il fait la description dans la plupart de ses livres. Il publie son premier ouvrage, un recueil de poème intitulé Les mains jointes, en 1909, mais c'est avec Le Baiser au lépreux (1922) et Thérèse Desqueyroux (1927) qu'il acquiert une véritable notoriété. Il est l'auteur d'une oeuvre immense, parmi laquelle on retrouve des romans comme Le Noeud de vipères, Le Sagouin, mais également des pièces de théâtre, et une biographie du Général de Gaulle.
François Mauriac a été élu à l'Académie française en 1933 et a reçu le Prix Nobel de littérature en 1952.
Le bonheur... Quand, au déclin, nous voulons le suivre à la piste depuis notre enfance, relever ses traces, nous fixons notre pensée sur telles réussites dont nous nous souvenons d'avoir été enivrés, sur telles rencontres. Mais rien ne réchauffe plus en nous ces souvenirs glacés. Je me rappelle avoir été heureux. Je suppose que je dus l'être dans des circonstances données. Pourtant la sensation du bonheur est beaucoup moins liée pour moi à des faits qu'à des atmosphères, à celle surtout d'une certaine saison qui n'était pas encore les grandes vacances mais leur approche. Dieu sait si, à un âge que l'on dit heureux, il n'était rien qui ressemblât moins au bonheur que mon angoisse sourde, que cette nappe souterraine affleurant mes journées d'écolier. Et pourtant dès que la distribution solennelle des prix se découvrait tout à coup sur l'horizon, au dernier tournant de l'année scolaire, quel était ce bonheur qui dépassait infiniment le plaisir d'être délivré du collège ?
Je n'ai pas besoin, pour qu'il me pénètre, de tremper dans une tasse de thé la petite madeleine de Proust. Je le retrouve au-dedans de moi, sans l'intermédiaire d'aucune saveur, d'aucune odeur. Ce juillet fauve brûle toujours, confondu avec la terreur des compositions de fin d'année et de l'examen qui déciderait du passage dans une classe supérieure ; et je contemple, à travers la barrière de la cour, l'échafaudage léger que des ouvriers qui sifflent dressent sous les arbres, pour la distribution des prix. La vue de ces planches blondes comme des miches de pain, leur odeur de copeau frais me livraient à un enchantement qui était déjà le bonheur. L'avant-dernier jour, on apportait des toiles rayées de pourpre, des crépines d'or qui avaient abrité d'autres fêtes oubliées. Sur l'herbe épaisse où des mains négligentes les avaient jetées, luisait ce trésor qui allait m'ouvrir un paradis inconnu.
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