Editeurs, auteurs, valorisez vos livres.
Libraires, partagez vos découvertes.
Inscrivez-vous à la Lettre des Libraires.
Découvrez sur votre mobile, en exclusivité, les choix des libraires, le courrier des auteurs, la revue de presse des livres, et des milliers d'extraits de livres en cliquant plus bas.
Auteur : Jean d'Ormesson
Date de saisie : 00/00/0000
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Robert Laffont, Paris, France
Prix : 20.00 € / 131.19 F
ISBN : 978-2-221-10772-0
GENCOD : 9782221107720
Johan Beetz, élève du Cours Florent
Quatre amis passent huit jours de vacances dans une île de Méditerranée. L'un d'entre eux a apporté un manuscrit envoyé par un certain Simon Laquedem. Sa lecture provoque dans leur groupe des réactions contradictoires. Un ange annonce à Simon qu'il est le nouvel Abraham, le nouveau Moïse, le nouveau Mahomet et que Dieu insiste pour lui parler. Dieu lui apparaît et lui raconte avec simplicité et clarté, parfois avec gaieté, les origines de l'univers, le big-bang, l'espace et le temps, l'eau, l'air, la lumière, la vie si tragiquement passagère des hommes, leur pensée et leur histoire, les dramaturgies du savoir, de l'ambition, de l'amour et du sexe. Entre Bible et bande dessinée, entre texte sacré et canular, cette odyssée allègre de l'esprit universel remplacera avantageusement toutes les bibliothèques imaginaires et réelles.
Jean d'Ormesson, de l'Académie française, a publié notamment La Gloire de l'Empire, Au plaisir de Dieu, Histoire du Juif errant, Mon dernier rêve sera pour vous (une biographie sentimentale de Chateaubriand), La Douane de mer, Voyez comme on danse, C'était bien, Et toi mon coeur pourquoi bats-tu, Une fête en larmes.
Du brio plus que du brillant, de l'esprit plus que de l'ironie, de l'érudition sans pédanterie, de la malice en toute circonstance, du génie peut-être...
La preuve, encore une fois, avec son nouveau roman, La Création du monde, méditation aussi vertigineuse que facétieuse sur la vie et la mort, l'être et le néant, qui se classe au rayon des best-sellers de cet automne avec plus de 100 000 exemplaires déjà vendus...
Une chose est sûre : ce diable d'auteur s'y entend comme personne pour faire parler Dieu, aller à l'essentiel et récrire sans cesse le même livre sans poser ni peser. Un vrai mystère, vous dit-on. Un vrai bonheur, en vérité...
Pour quelle raison tient-il à revenir sur la Genèse ? Parce que l'avenir de l'homme lui paraît plus incertain que le sien. Pas rancunier, le Créateur : bien que sa créature ait proclamé sa mort, il l'assure une fois encore de son amour. Au cas où il viendrait à disparaître. Pas d'autre commandement à ajouter ? Aimer. «La morale n'est pas mon fort», conclut Dieu, qui a lu «Monsieur Teste». Pourquoi Jean d'Ormesson use-t-il du subterfuge du manuscrit confié à la sagacité des quatre îliens ? Par modestie. Bien qu'il soit à tu et à toi avec Dieu, il est comme ces coquettes qui ne paraissent au bal que masquées. Mais il est tellement reconnaissable ! Il n'y en a pas deux comme lui qui sachent théologiser en se jouant et faire de la métaphysique amusante avec cette maestria.
Dans ce dialogue d'outre-tombe, sont récapitulées avec simplicité les notions qu'a l'humanité sur le bien, le mal, la liberté, la mort. À supposer que le livre ne soit pas d'un plaisantin, alors de qui serait-il : d'un fou savant ? D'un possédé ? Ce serait trop beau si la clé existait, beau comme la preuve de l'existence de Dieu. Platon et Augustin, Michel-Ange et Bach, le voyage dans le temps selon Jean d'Ormesson est une traversée de toutes les sagesses et toutes les beautés du monde. Il y a du concentré d'intelligence dans ce récit. Et même un peu plus : le récit s'achève sur une question, inscrite en italique pour lui donner du poids. C'est celle du Christ à ses disciples et peut-être à l'auteur lui-même : «Et toi, qui dis-tu que je suis ?» On ne jurerait pas que la réponse est dans le livre, mais on ne reprochera pas à d'Ormesson dont tous les livres traitent peu ou prou de ce sujet, de l'avoir écarté d'un revers de main.
Chaque livre de Jean d'Ormesson peut être qualifié, pour reprendre la formule de Chateaubriand qu'il cite lui-même, comme l'expression d'un «hosanna sans fin». Une prière destinée à Dieu et aux hommes pour redire la surprise d'exister, et annoncer le triomphe tant souhaité des forces des Lumières contre celles de l'obscurantisme...
Le tout dans une langue drôle, inventive, déclinant mille histoires bariolées. Divertissant et jubilatoire.
Parce qu'il aime aussi le bordeaux, il s'interrompit un instant pour se verser un verre du pomerol que nous devions à André.
-... Ah ! bien sûr, un fou... Qui s'intéresse à un fou ? Pas vous, en tout cas. J'ai eu tort d'imaginer que vous accepteriez peut-être, malgré votre incompétence notoire que je ne sous-estime pas, de prendre un peu de votre temps si précieux de mandarins désoeuvrés pour...
- Tss..., tss..., siffla André. Le voilà déjà qui monte sur ses grands chevaux.
Edgar est brutal. Il la ramène. Il se la pète. C'est une grande gueule. André est distingué. Très distingué. Grand, subtil, discret, élégant, intelligent. Bien sous tous les rapports. Beaucoup moins intelligent qu'Edgar, naturellement. Et beaucoup plus habile. ENA, pantouflage, Salines du Midi, Lyonnaise des Eaux, Société Générale. Et retour au service de l'Etat et à la politique. Ami de Giscard, ministre de ci ou de ça sous Mitterrand et Chirac. Tout le monde le dit, le plus souvent avec ironie : très fin. Et terriblement cultivé. Entre Edgar et lui, l'amitié, très réelle, est faite surtout d'escarmouches.
- Donnez-moi ça, coupa François. Il feuilleta le cahier.
- À peine une centaine de pages. Je propose que, chaque jour, à tour de rôle, nous en lisions à haute voix, en une fois ou en deux, une douzaine de feuillets...
François aussi est très intelligent. C'est sa profession : voilà six ans qu'il occupe au Collège de France une chaire de physique mathématique appliquée aux sciences de la vie et qu'il ne le laisse pas ignorer. Toujours habillé à la va-comme-je-te-pousse, il est simple et charmant. Il crie sur tous les toits que la science est l'avenir de l'homme et il ajoute volontiers, avec un bon sourire, qu'il l'incarne mieux que personne.
-... Si c'est trop bête, mon cher Edgar, tant pis pour toi : nous arrêterons notre lecture, nous nous moquerons de toi, nous te traînerons dans la boue et nous irons nous baigner, le sarcasme à la bouche. Je commence.
Nous nous mîmes tous à rire et à applaudir bruyamment. Alors, reprenant à l'endroit même où je m'étais arrêté, François entreprit de lire à haute voix le manuscrit apporté par Edgar.
Copyright : lechoixdeslibraires.com 2006-2012 - Informations légales - Programmation : Olf Software - Accessibilité, CSS et XHTML : Gravelet Multimédia