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Bienvenue sur Lechoixdeslibraires.com. Lechoixdeslibraires.com vous permet de découvrir, de partager les coups de cœur des libraires. Vous y entendrez également les écrivains raconter leur amour des livres, et des librairies, au micro de Patricia Martin (productrice à France Inter). Vous lirez les « Lettres à mon libraire », rédigées par les auteurs à l’attention de leur libraire. Des comédiens vous proposeront de courtes lectures. Grâce à leur participation active, les éditeurs ont la possibilité de mettre en avant, dans la rubrique "l'espace des éditeurs", les livres de leur choix auprès des libraires de France et de tous les internautes. Nous proposons également un podcast.
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Auteur : Vincent Delecroix
Date de saisie : 17/09/2007
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Gallimard, Paris, France
Collection : Blanche
Prix : 14.00 € / 91.83 F
ISBN : 978-2-07-078134-8
GENCOD : 9782070781348
«... Je suis particulièrement heureux de m'exprimer sur le site Lechoixdeslibraires.com à l'occasion de la parution de mon nouveau roman : Ce qui est perdu, chez Gallimard. J'ai peut-être l'impression, pas tout à fait fausse, puisque je suis quasiment né dans une librairie - ça devait être la bibliothèque de mon père, j'imagine -, au milieu des livres, entouré par les livres et peut-être même, endormi dessus. C'est dire si me retrouver dans une librairie, me retrouver en contact surtout avec des libraires, avec ceux qui font passer ces choses sur lesquelles j'ai rêvé, sur lesquelles je me suis endormi aussi parfois, c'est dire si je suis ému et si je considère les libraires eux-mêmes un peu comme des oncles bienveillants, ou des parrains dans tous les sens du terme, ou peut-être même des pères, ceux grâce auxquels - et Dieu sait si, dans mon existence, j'en ai fréquenté, des librairies -, tout simplement, je me suis constitué, j'ai appris à vivre par leurs conseils, par les livres qu'ils me donnaient, ou éventuellement par leurs avertissements. Ils m'ont donné la possibilité, tout simplement, d'apprendre à vivre dans ces livres, et puis surtout, d'apprendre à écrire, ce que je tâche de faire depuis quelque temps, et ce que je vais essayer de faire encore pendant quelque temps. Voilà, c'est un peu ce que je voulais dire aux libraires, en guise d'humble révérence pour leur travail et de grande grande reconnaissance, à la fois pour ce que je suis devenu et pour le travail que je fais. Au revoir.»
(Propos recueillis par téléphone)
Il existe plusieurs moyens de se remettre d'une rupture. Le meilleur, incontestablement, est d'écrire une biographie de Kierkegaard, un philosophe mélancolique qui n'eut qu'un seul amour, le perdit volontairement et ne cessa, dès lors, de lui parler à travers ses livres. On peut aussi conduire un minibus rempli de touristes danois. Ou aller chez le coiffeur, mais pas n'importe lequel : un coiffeur érudit, pudique, si possible peintre. Ou encore raconter des histoires pour conjurer la perte et se débarrasser des spectres.
En essayant de retrouver ce qui est perdu, on apprendra en outre : pourquoi il y a des épis de maïs grillés trop salés à la station La Chapelle, comment un chat noir peut devenir blanc, comment égarer sa femme en forêt, comment on devient lanceur de javelot, pourquoi il est nécessaire de se faire couper les cheveux quand on a l'âme en peine, quelle conduite adopter quand on se jette de la tour Eiffel, pourquoi le Triton a finalement abandonné Agnès, pourquoi on écrit des livres, pourquoi un célibataire est nécessairement condamné à la ruine financière, ce qu'est la Loi Schéhérazade, et bien d'autres choses encore.
Cette fiction tire sa force d'une étrange et délicieuse impression où les faits ont moins d'importance que les considérations existentielles du narrateur désoeuvré, sorte de road-movie métaphysique. Il a beau nous faire croire que ses propos sont futiles - le décor est un salon de coiffure -, ils sont érudits, drôles et universels, teintés d'une autodérision salvatrice...
Le jeune écrivain voue une passion pour Kierkegaard à qui il a consacré plusieurs essais et dont il a traduit du danois Exercice en christianisme (Le Félin). La vie amoureuse du philosophe comme ses écrits l'ont visiblement inspiré. Voilà pourquoi on retrouve tout cela dans ce récit, dont le titre est un clin d'oeil à François Mauriac, auteur de Ce qui était perdu, qui traitait d'un thème similaire. Mais ce roman est avant tout une histoire d'amour, ou plutôt du désamour et ses conséquences. Autrement dit, de tout ce qui peut remplir une vie sans forcément la combler.
Un pur joyau. En quelques livres, discrètement, sans tapage, Vincent Delecroix est devenu un des meilleurs écrivains de la nouvelle génération....
Après un début un peu encombré, en effet, de plomb philosophique, le livre prend son envol et finit comme un conte d'Andersen...
Pour arriver à ce constat que, «dans ce que nous appelons le réel, il y a bien plus d'absence que de présence, bien plus de choses et d'êtres qui manquent que de choses et d'êtres qui sont là. Bien plus de spectres que d'hommes». Des spectres, mais dessinés d'une plume fine et malicieuse, autant que poétique, où les choses les plus profondes sont dites avec la légèreté d'une fable.
Les gens qui nous parlent d'eux sont comme les gens qui racontent leurs rêves : ils sont ennuyeux à la mesure de l'intimité qu'ils dévoilent. Les seuls moments où ils deviennent intéressants sont ceux où, involontairement, ils nous donnent un matériau utilisable à d'autres fins : un enseignement, une anecdote à replacer dans une conversation, une sentence générale, peut-être une tournure de phrase qui, même, pourrait nous servir à nous décrire nous-mêmes la prochaine fois que nous nous mettrons, à notre tour, à parler de nous.
Tu n'aurais pas écouté, cela ne t'aurait pas intéressée. Mais parler de moi en parlant de quelqu'un d'autre, voilà la solution. C'est ce que je voulais faire - à supposer qu'une biographie de Kierkegaard soit susceptible de t'intéresser. Évidemment, c'est ce dernier point qui m'a embarrassé - parce que, pour le reste, j'avais entièrement raison, et c'est d'ailleurs Kierkegaard lui-même qui me l'a enseigné : non seulement il est inutile, mais il est également impossible de parler de soi directement. Alors tous les stratagèmes sont bons. J'avais tellement envie que tu puisses voir qui j'étais, qui j'étais vraiment. Tu aurais su. Et je t'aurais tout donné. J'avais tant de choses à donner.
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