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Auteur : Didier Long
Date de saisie : 00/00/0000
Genre : Documents Essais d'actualité
Editeur : le Cherche Midi, Paris, France | OH ! éditions, Paris, France
Prix : 18.00 € / 118.07 F
ISBN : 978-2-7491-0835-3
GENCOD : 9782749108353
Pour celui qui, tel Didier Long, a passé dix ans au sein d'un monastère, c'est une évidence : l'absence d'empathie et de tendresse, le cynisme banalisé, les paroles politiques creuses, nos destins qui nous échappent dans un monde de plus en plus régi par des lois économiques d'airain, la survie individuelle pour toute morale, notre espoir qui se vide ; peu à peu, l'«ère de rien» remplit nos vies.
Les religions remontent de manière fracassante sur la scène mondiale. Elles proposent de remplir ce vide. Mais ce retour massif se manifeste de plus en plus souvent par de vieux spectres plus qu'inquiétants, des meurtres et des guerres. De quel sacré parle-t-on ?
En ce début de siècle, nous avons l'impression que notre société occidentale arrive à la fin d'un cycle et nous peinons à imaginer un avenir ensemble. Vivons-nous les derniers instants de cette civilisation qui, de Jérusalem à Rome en passant par Athènes, inventa la fraternité universelle des humains ? Ou entrons-nous dans une ère nouvelle ?
Jusque-là, nous étions chrétiens. Le sommes-nous encore ?
Ce sont quelques-unes des questions auxquelles répond Didier Long dans cet essai passionnant, nourri de sa propre expérience, qui se veut également la recherche d'une nouvelle morale, c'est-à-dire d'un nouvel art du bonheur.
Didier Long a été moine bénédictin pendant dix ans à l'abbaye de la Pierre-qui-Vire. Artiste, plasticien, il est aujourd'hui chef d'entreprise, après avoir été consultant chez McKinsey. Il a reçu le prix des Maisons de la Presse et le prix Esprit Bacchus de la ville de Saumur en 2005 pour le récit de sa vie, Défense à Dieu d'entrer (Denoël).
L'ère de rien
Nous respirons tous l'air du temps. Le moins qu'on puisse dire, c'est qu'il est à la morosité. Nous sommes dans l'ère du rien. Sous toutes ses formes.
«Que fais-tu ? - Rien...»
Deux collègues de travail se retrouvent devant la machine à café, au petit matin. Ils viennent de passer une porte dont l'ouverture est déclenchée par un badge, et ont glissé quelques pièces dans la machine. Pendant que leur boisson se prépare, ils échangent quelques mots.
«Qu'as-tu fait hier soir ? demande le premier.
-Rien.
- Rien ? Tu t'es couché tôt ?
- Non, j'ai regardé la télé...»
Incroyable ! En moyenne, les Français ont passé quotidiennement 3 h 24 devant leur télévision en 2004, ils en ont deux par foyer, parfois trois. Une pour monsieur, une pour madame, une pour les enfants. Bientôt la TV ne sera plus un meuble dans le salon ou la chambre mais on suivra les matchs de foot sur son mobile, on pourra la regarder encore davantage. Et... rien.
Le scoop, ce n'est pas que les Français soient devant leur télé à regarder frénétiquement la Star'ac avec une grosse culpabilité, certes, mais avec tellement de plaisir... Le scoop, c'est que pour eux ce n'est rien.
Quand les gens regardent la télévision ils ont l'impression de ne rien faire. La télé, ce ne serait donc rien ?
Voilà qui peut laisser perplexe. Passer une soirée devant la télé, c'est assister à un spectacle qui peut pourtant être assez extraordinaire. La télé peut en effet être une fenêtre formidable ouverte sur le monde. Je le sais, je ne l'ai pas regardée une seule fois pendant mes dix ans de monastère ! Davantage qu'à la télé, ce «rien» ne serait-il pas plutôt imputable à notre manière de regarder le monde ?
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