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Auteur : Monique Nemer
Date de saisie : 00/00/0000
Genre : Littérature Etudes et théories
Editeur : Gallimard, Paris, France
Collection : Blanche
Prix : 21.00 € / 137.75 F
ISBN : 978-2-07-077143-1
GENCOD : 9782070771431
Il y a un paradoxe Corydon.
André Gide estimait qu'il n'avait jamais été plus utile au progrès de l'humanité qu'en écrivant ces dialogues socratiques sur la pédérastie. Mais, à ne considérer que ce texte, se risquerait-on aujourd'hui à accompagner le " contemporain capital " dans un tel jugement ? Et pourtant, qui peut nier l'importance de ce geste trop oublié : publier Corydon ? L'essai de Monique Nemer explore la portée et les enjeux de la prise de parole gidienne sur l'homosexualité, non au seul plan de l'histoire littéraire mais à celui, plus large, de l'histoire des mentalités.
Quels en furent le contexte, les motivations et les prolongements, publics et privés... et partant, quelle en fut la radicale singularité ? Avec la publication, en 1924, de Corydon et, en 1926, de Si le grain ne meurt, ses Mémoires, Gide fut bien le premier grand écrivain européen à faire ce qu'il est convenu d'appeler désormais son coming out. Ce que n'ont fait ni Wilde ni Proust, ni Cocteau ni Montherlant.
Car Gide, lui, a choisi de dire et de se dire, à la première personne. Et de mettre en jeu sa notoriété et son autorité dans ce qui, plutôt qu'un aveu, était l'énoncé d'un fait qu'il voulait indéniable, au revers de toutes les coalitions assujettissant les homosexuels à une triple obligation de mutisme, d'invisibilité et de négation d'eux-mêmes. Pourquoi a-t-on gardé si peu de mémoire de ce combat intellectuel, moral et finalement politique ? Il faut rendre justice à la cause comme à la constance de celui qui la défend : le " droit de cité " pour l'homosexualité, et de citoyenneté pour l'homosexuel.
Monique Nemer donne de l'extraordinaire complication généalogique de cette famille recomposée une analyse compréhensive qui est l'un des aspects les plus enrichissants de son livre. Dédié à Bertrand Delanoë, ce livre l'est aussi, implicitement, à ses électeurs parisiens qui ont su, en l'élisant, dépassionner une question vitale de la liberté. Il aurait pu être dédié pareillement à un musulman ou une musulmane qui aurait la même intrépidité que Gide. L'essai articule parfaitement le souci d'"intérêt général" et de sauvegarde du particulier qui incite, au début des années 1930, Gide à placer foi et espoir dans la construction du socialisme en URSS, puis, quand il constate, sur place, le monstrueux conformisme moral, intellectuel et politique, qui écrase le peuple sous la dictature stalinienne, à dénoncer celle-ci publiquement, en 1936. Un écrivain sagace a rendu à Gide l'hommage mérité, François Mauriac, écrivant, à sa mort, en 1951 : "Il y a un Spartacus dans Gide. Il a été le chef des esclaves révoltés au centre même de l'ordre romain." Et ajoutant, optimiste, que ce Spartacus-là a triomphé. Vraiment ? Partout ?
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