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Auteur : Carl Gustav Jung
Traducteur : Roland Cohen | Yves Le Lay
Date de saisie : 00/00/0000
Genre : Biographies, mémoires, correspondances...
Editeur : Gallimard, Paris, France
Collection : Folio, n° 2291
Prix : 7.50 € / 49.20 F
ISBN : 978-2-07-038407-5
GENCOD : 9782070384075
Charlotte Etasse, élève du Cours Florent
Traduit de l'allemand par le Dr Roland Cohen et Yves Le Lay avec la collaboration de Salomé Burckhardt Nouvelle édition revue et augmentée d'un index. Propos recueillis par Aniéla Jaffé.
«J'ai donc entrepris aujourd'hui, dans ma quatre-vingt-troisième année, de raconter le mythe de ma vie.» C'est au printemps 1957, quatre ans avant sa mort, que C.G. Jung, un des grands fondateurs de la psychanalyse, se fait le témoin de lui-même.
Très peu d'événements extérieurs : l'enfance de fils de pasteur, les combats psychiatriques du début du siècle, les voyages en Afrique du Sud et au Nouveau-Mexique, la construction sur un plan symbolique de la tour de Bollingen : autant de précisions autobiographiques qui éclairent cependant la genèse d'une des oeuvres qui ont le plus influencé l'essor contemporain de la psychologie des profondeurs. C'est aussi la rencontre avec Freud, puis les démêlés avec le- maître, jusqu'à la rupture de l'héritier présomptif à propos du rôle de la sexualité dans le développement du psychisme.
Mais toutes ces aventures ne sont évoquées qu'en fonction des rencontres plus fondamentales du conscient et de l'inconscient.
«Ma vie est l'histoire d'un inconscient qui a accompli sa propre réalisation.»
La vie de l'homme est une tentative aléatoire. Elle n'est phénomène monstrueux que par ses chiffres et son exubérance. Au demeurant, elle est si fugitive, si imparfaite, que l'existence d'êtres et leur déploiement est prodige. J'en fus déjà profondément impressionné lorsque, jeune étudiant en médecine, il me semblait miraculeux de n'être pas détruit avant mon heure.
La vie m'a toujours semblé être comme une plante qui puise sa vitalité dans son rhizome ; la vie proprement dite de cette plante n'est point visible, car elle gît dans le rhizome. Ce qui devient visible au-dessus du sol ne se maintient qu'un seul été, puis se fane... Apparition éphémère. Quand on pense au devenir et au disparaître infinis de la vie et des civilisations, on en retire une impression de vanité des vanités ; mais personnellement je n'ai jamais perdu le sentiment de la pérennité de la vie sous l'éternel changement. Ce que nous voyons, c'est la floraison - et elle disparaît - mais le rhizome persiste.
Au fond, ne me semblent dignes d'être racontés que les événements de ma vie par lesquels le monde éternel a fait irruption dans le monde éphémère. C'est pourquoi je parle surtout des expériences intérieures. Parmi elles je range mes rêves et mes imaginations qui constituèrent de ce fait la matière originelle de mon travail scientifique ; ils ont été comme un basalte ardent et liquide à partir duquel s'est cristallisée la roche qu'il m'a fallu tailler.
Auprès des événements intérieurs, les autres souvenirs pâlissent, voyages, relations humaines, milieu. Beaucoup de gens ont connu l'histoire de notre temps et ont écrit à son sujet ; il vaut mieux la lire dans leurs écrits ou se la faire raconter. Le souvenir des faits extérieurs de ma vie s'est, pour la plus grande part, estompé dans mon esprit ou a disparu. Mais les rencontres avec l'autre réalité, la collision avec l'inconscient, se sont imprégnées de façon indélébile dans ma mémoire. Il y avait toujours là abondance et richesse. Tout le reste passe à l'arrière-plan.
C'est ainsi que les êtres, eux aussi, ne sont devenus pour moi d'impérissables souvenirs que dans la mesure où leur nom était depuis toujours inscrit dans le livre de mon destin : faire connaissance avec eux équivalait à un ressouvenir.
Même ce qui, dans ma jeunesse ou plus tard, vint à moi de l'extérieur et prit de l'importance était placé sous le signe du vécu intérieur. Très tôt j'en suis venu à penser que si aucune réponse ni aucune solution à des complications de la vie ne vient de l'intérieur, c'est que finalement l'épisode correspondant est de peu d'importance. Les circonstances extérieures ne peuvent remplacer les expériences intérieures. C'est pourquoi ma vie a été pauvre en événements extérieurs. Je n'en parlerai guère car cela me paraîtrait vide et sans poids. Je ne puis me comprendre que par les aventures intérieures. Ce sont elles qui font la particularité de ma vie et c'est d'elles que traite mon «autobiographie».
Extrait du prologue
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