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Auteur : Sandro Veronesi
Traducteur : Nathalie Bauer
Date de saisie : 06/11/2006
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : 10-18, Paris, France
Collection : 10-18. Domaine étranger, n° 3656
Prix : 7.30 € / 47.88 F
ISBN : 978-2-264-03628-5
GENCOD : 9782264036285
Sorti le : 02/11/2006
Auteur italien au succès et à l'ego bien installé, Gianni va vivre une sacrée aventure. Et pourtant, rien n'augurait de telles péripéties dans l'existence de ce trentenaire sans histoires. Sa femme est une vraie madone, son fils bien élevé, et lui se contente d'attendre chaque jour l'inspiration en épluchant ses heures d'oisiveté comme les tranches du plus fin des carpaccios. Mais un soir, un énergumène aux manières de parrain mal luné lui annonce que son père récemment décédé, conservateur et vieux bourgeois de première classe, était un agent à la solde du KGB. Couronné par de nombreux prix en Italie, cette irrésistible machine littéraire montée par Sandro Veronesi dépeint à travers une multitude de situations comiques et grotesques l'incroyable Italie d'aujourd'hui.
«La Force du passé (...) se lit à toute allure et déclenche des fous rires. Sandro Veronesi, brillant, et son pauvre bougre de narrateur ont l'humour salvateur.»
Martine Laval, Télérama
Sandro Veronesi est né à Florence en 1959. Il a publié plusieurs romans et chroniques, dont Les vagualâmes, paru chez 10/18 en 2002. La force du passé, un immense best-seller en Italie, a été couronné du très prestigieux prix Campiello. Sandro Veronesi vit aujourd'hui à Rome.
J'ai respiré profondément mais je suis demeuré coi pendant trois, quatre, cinq secondes, une durée suffisante pour compliquer toute réponse. Car si vous dites immédiatement «non», par exemple, ou bien «oui», tout va bien, personne ne vous condamne, et vous poursuivez. Mais si vous prenez le temps de réfléchir après une telle question, alors la situation s'aggrave, et vous vous devez d'être sincère. Suis-je un homme triste ? Debout devant cent inconnus en attente, stupéfait par la question, par mon silence et, puisque j'y suis, par tout le reste (notamment par le fait qu'une ville qui ne dispose que de deux respirateurs artificiels gaspille quinze millions de lires dans un prix de littérature pour la jeunesse), je suis dans une impasse, enlisé dans ma propre suspension. La journaliste me fixe toujours avec la même expression, figée dans ce sourire qui répète indéfiniment sa question. Muet, je pense. Un homme triste ? Je suis marié à la femme que j'ai le plus aimée au cours de mon existence, et nous avons un fils en bonne santé, intelligent, dont la survie ne dépend pas du fonctionnement d'une machine ; mon père est mort il y a deux semaines, au terme d'une agonie rapide, et je ne me suis jamais entendu avec lui, raison pour laquelle sa mort m'a rempli de sentiments de culpabilité ; j'exerce le métier que j'ai toujours rêvé d'exercer et je reçois un prix parce que je m'y suis distingué ; j'ai signé un contrat pour un troisième livre avec mon éditeur et j'ai déjà empoché la moitié de l'à-valoir, mais après Les Aventures de Pizzano Pizza, et Les Nouvelles Aventures de Pizzano Pizza, ici récompensé, le filon s'est tari et je ne sais plus quoi écrire. Suis-je un homme triste ?
Je réfléchis et je me souviens. Je me souviens que, lorsqu'elle avait plus ou moins mon âge, Dominique Sanda avait répondu, dans une interview au cours de laquelle on lui avait demandé quel genre de femme elle croyait être : «Je ne suis pas une femme, je suis une jeune fille.» Je me souviens que, quand j'avais neuf ans, on commanda à un peintre mon portrait, et que le tableau se révéla particulièrement sombre du fait de la tristesse que l'artiste déclara avoir perçue en moi - mais combien d'enfants aimeraient poser, immobiles sur une chaise, pendant des après-midi entiers ? Je me souviens du vieux Marti, l'ami invisible que je m'étais inventé lorsque j'étais petit pour éviter de jouer éternellement seul, de mes collections d'images incomplètes, des années interminables de l'école militaire, des raclées aux échecs alors que je m'apprêtais à devenir maître ; je me souviens d'une fiancée, à dix-huit ans, qui m'accusa de l'avoir attristée parce que je l'avais emmenée voir La Ballade de Bruno Stroszek, et une nouvelle fois de mon père mourant, de l'enterrement sous la pluie, de ma mère et de ma soeur s'appuyant sur moi, mais aussi de la beauté incomparable de ma femme et, ce matin même, du rire argentin de mon fils tandis que nous jouions au journal télécommandé - de son formidable droit à ce que je le rende heureux. Tels sont les souvenirs et les pensées qui se pressent dans mon esprit alors que j'échange un regard meurtrier avec la mère de l'enfant dans le coma, qui me dévisage autant que les autres, sourit de mon embarras, attendant avec confiance que je me ressaisisse, manifestant même de la curiosité, oui, elle aussi, pour ma réponse, comme si celle-ci l'intéressait vraiment. Comme si elle avait quelque chose à voir avec sa haie de laurier.
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