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Auteur : Henri Calet
Date de saisie : 15/11/2006
Genre : Biographies, mémoires, correspondances...
Editeur : Mercure de France, Paris, France
Collection : Bleue
Prix : 16.50 € / 108.23 F
ISBN : 978-2-7152-2655-5
GENCOD : 9782715226555
Sorti le : 19/10/2006
Dans ce recueil d'articles écrits entre 1947 et 1955 figurent tous les thèmes chers à Henri Calet : souvenirs d'enfance dans le quartier populaire de Ménilmontant, où l'on croise des personnages infiniment attachants, visites émerveillées à travers Paris, voyages cocasses qui sont l'occasion de croquer ses contemporains «vus par le trou de la serrure», enfin scènes d'anthologie sur la triste condition d'écrivain...
Cynique, désabusé, Calet ? Non, au contraire, rarement auteur fut aussi sensible que lui. Chacune de ses phrases est un réquisitoire contre la misère, incite à la redécouverte des petits bonheurs du quotidien. Et puis quel enchantement, cette extrême fantaisie distillée par Henri Calet, qu'il se prenne un pied dans la gamelle d'un chien, qu'il s'arrête saisi d'admiration devant une asperge d'un kilo ou qu'il se balade avec un rôti de veau cru sous le bras !
Acteur et témoin est un livre gai, drôle et très émouvant sur lequel souffle un vent de liberté.
Henri Calet est né à Paris en 1904. Journaliste, écrivain, il a signé une quinzaine de livres. Son style si particulier et son humanité débordante en font un auteur à part. Reconnu par la critique, il mérite largement de rencontrer les faveurs du public grâce à ces chroniques pleines de charme, au moment où l'on commémore le cinquantenaire de sa mort.
Henri Calet (1904-1956) fait du tourisme en pro de l'aphorisme, du journalisme en catimini. Il vagabonde, cambriole tout ce qu'il veut, mais juste des yeux et des oreilles. Et il écrit, des chroniques - lui aurait dit de petites choses, des riens, des déambulations dans le monde. En ce temps-là, les journaux en étaient friands. C'était juste après guerre. Acteur et témoin (un titre en forme de profession de foi ?) réunit quelques-uns de ces riens écrits entre 1949 et 1953 par l'auteur de La Belle Lurette (1935)...
Calet, écrivain mal aimé, malmené, va à mots doux, câline sa chienne de vie, se met en scène mais oublie de s'apitoyer sur lui-même, ou alors le fait avec drôlerie...
Calet, Guérin, Martinet - on peut ajouter Jean Forton, Jean-Pierre Enard, Georges Hyvernaud, Jacques Chauviré - n'en finissent pas d'être des oubliés, malgré la fronde de quelques éditeurs audacieux. On dit de ces auteurs-là qu'ils sont maudits. Oui, mais ce sont des rois.
Je jugeais que le «coup de feu» s'amorçait. Il se faisait une petite queue devant moi. Je me dépêchais, je me troublais aussi, je bâclais mes dédicaces, je signais nerveusement, je me trompais de lunettes (je suis myope et presbyte en même temps), ce qui causait de fausses manoeuvres : je tendais le livre à un client, en me soulevant légèrement de mon siège, au lieu de le remettre à la vendeuse.
Puis, il y avait une période d'accalmie, de marasme. Il n'était pas 4 heures encore. Ce qui me contrariait un peu, c'est que je ne pouvais pas fumer. Un pompier semblait être chargé de me surveiller. La demoiselle blonde m'a pourtant autorisé, à diverses reprises, à tirer rapidement deux ou trois bouffées d'une cigarette que j'éteignais bien vite lorsque le pompier reparaissait.
La plupart des personnes côtoyaient notre étalage sans se rendre compte de rien. Elles ne me voyaient pas, ou bien elles me prenaient pour un chef de rayon. On ne comprenait pas que je vendais aussi des articles. Certaines d'entre elles paraissaient frappées par le disque pendu au-dessus de ma tête, m'examinaient avec méfiance, tournaient autour de nous, et s'en allaient. Le goût de la littérature n'est pas encore aussi répandu qu'on le croit.
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