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À l'été 1945, prisonniers des troupes britanniques en Birmanie, des soldats japonais sont sur le point d'être rapatriés. Mais l'un d'entre eux, le caporal Mizushima, se convainc peu à peu qu'une tâche lui est dévolue. Il se soumet à l'appel pathétique de ses compatriotes, abandonnés sans sépulture sur la terre birmane, et la mission expiatoire à laquelle il consent - brûler les corps, recueillir leurs cendres, prier pour leur âme - le fait renoncer à rentrer au Japon. Inspiré par des récits authentiques de l'époque, devenu un classique de la littérature japonaise, ce texte a été couronné par le prix Mainichi. Le réalisateur Kon Ichikawa l'a adapté en 1956 au cinéma et son film a reçu le prix San Giorgio à Venise.
Les courts extraits de livres : 22/11/2006
À travers des forêts luxuriantes, une longue marche nous avait entraînés jusqu'à une vallée. Soudain devant nous était apparu un lac près des rives duquel flottaient comme des tachetures blanches. Autrefois, un roi birman avait fait bâtir là son palais d'été. Blotti au bord de la baie, avait été édifié un village dont les maisons aux murs blancs plongeaient en partie dans le lac, leurs ombres se reflétant sur l'eau. D'étranges dômes, des tours abritant des cloches, des flèches s'élançaient vers le ciel.
Parce que ce ciel était un ciel des tropiques, sa couleur était véritablement d'une rare beauté. Connaissez-vous les pierres précieuses que l'on appelle «opales» ? Ce ciel étincelait avec le même genre de blancheur que celle des opales, où se mêlent de-ci de-là des embrasements brillants et lumineux. A la vue des tours de marbre qui lançaient leurs spirales dans ce ciel, c'était comme si nous étions plongés en plein rêve.
Durant les trois jours où nous restâmes en garnison dans ce village, chaque jour nous chantâmes. Nous chantions des airs nostalgiques d'autrefois, comme La Lune sur le château ou Le Champ fleuri, mais aussi des chants religieux ou des chansons plus joyeuses, par exemple Sous les toits de Paris, et également de difficiles compositions allemandes et italiennes.
Sur ces rivages, le capitaine paraissait heureux d'agiter sa baguette de chef d'orchestre. Et nos voix, de même, jaillissaient du plus profond de nos poitrines, emportés que nous étions par notre propre chant, face à ce lac pittoresque, semblable à un tableau.
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