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Auteur : Albert Wendt
Traducteur : Jean-Pierre Durix
Date de saisie : 24/10/2006
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Au vent des îles, Pirae, Tahiti
Collection : Littératures du Pacifique
Prix : 39.00 € / 255.82 F
ISBN : 978-2-915654-12-7
GENCOD : 9782915654127
Sorti le : 24/10/2006
Samoa à l'aube des années 1890 : les missionnaires viennent de commencer leur conquête des âmes en Polynésie. Mautu, pasteur de la nouvelle religion dans le village de Satoa, se prend d'amitié pour un écumeur des mers anglais athée, grand raconteur de récits fabuleux, échoué sur leurs côtes. A travers ce roman historique à la riche trame narrative, qui retrace l'existence d'une famille samoane. Albert Wendt met en scène cinquante années durant lesquelles l'archipel passe de la domination allemande à celle de la Nouvelle Zélande. Malgré l'épidémie de grippe espagnole qui décime la moitié de la population, Satoa s'ouvre progressivement à l'ère du capitalisme tout en préservant certaines des structures communautaires héritées du passé. La fille surdouée et favorite de Mautu traverse ce demi siècle de bouleversements en incarnant les espoirs et les ambiguïtés d'un peuple à l'écart des grands courants de communication mais dont le sort rappelle étrangement les mutations récentes subies par d'autres nations confrontées à une modernisation prometteuse et risquée.
1882, âgée d'environ deux ans (lui dirait son père plus tard), le premier enfant de ses parents, qui vivaient à Satoa, Savai'i, où Mautu était pasteur de la lotu Ta'iti, la seule église du village. À l'époque, Satoa consistait en un ensemble bien organisé d'environ trente aiga qui occupaient des fale répartis le long de la côte à l'ombre des cocotiers ; un comptoir de commerce tenu par l'Anglais Baker et Poto, sa femme samoane, et une modeste église faite de bois coupé en brousse, un toit en chaume de canne à sucre, un sol couvert de sable ancré dans la terre par des siècles d'occupation et par des arbres généalogiques enracinés dans les atua. Une prophétie annonçait que de Satoa naîtrait un aiga prodigieux qui dirigerait le pays.
Un an après le baiser de la mangue naquit Arona, le frère de Peleiupu, puis, un an plus tard, Ruta, puis une autre soeur, Naomi, et finalement un autre frère, Iakopo.
Peleiupu n'arrivait pas à croire qu'elle avait vraiment entendu sa mère, Lalaga, chuchoter à son père sous leur moustiquaire :
- Iakopo est très malade !
Faisant semblant de dormir, Peleiupu retint son souffle.
- Qu'est-ce qui ne va pas ? demanda-t-il.
Peleiupu comprit en entendant le souffle court de sa mère avant même qu'elle ne le dise : -C'est peut-être... File n'avait pas le courage de terminer sa phrase.
- Peut-être quoi ? murmura-t-il.
- C'est peut-être la Maladie, laissa-t-elle finalement échapper.
Pendant le long silence qui suivit, Mautu replia son drap autour de ses épaules. Son visage se détachait clairement à la lumière blafarde de la lampe tandis qu'il observait Fikopo endormi sous la moustiquaire près de lui.
- Tu es sûre ? demanda-t-il.
- C'est bien possible.
- Mais il n'a que trois ans ! objecta-t-il.
Peleiupu se retourna et, se blottissant contre la jambe de sa mère, se cramponna à ses parents. Falaga lui caressa le visage.
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