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_ Les yeux volés

Couverture du livre Les yeux volés

Auteur : Patricia Grace

Traducteur : Jean Anderson | France Grenaudier-Klijn

Date de saisie : 24/10/2006

Genre : Romans et nouvelles - étranger

Editeur : Au vent des îles, Pirae, Tahiti

Collection : Littératures du Pacifique

Prix : 24.00 € / 157.43 F

ISBN : 978-2-915654-14-1

GENCOD : 9782915654141

Sorti le : 24/10/2006

  • Les présentations des éditeurs : 25/06/2009

Dans un accident de voiture, un bébé meurt. Lorsque son corps perdu est enfin retrouvé dans une poubelle à l'hôpital, il est sans yeux. Pour les deux familles réunies afin de soutenir la mère, et de faire le deuil du père et du bébé, cet incident choquant et mystérieux pourquoi les médecins ont ils volé les yeux de l'enfant ? - déclenche une réflexion troublante sur leur parcours historique, leur place dans la société néo-zélandaise, leurs perspectives d'avenir et sur tout ce qui leur a été volé langue, terres, respect de leurs traditions culturelles, histoire(s), voire jusqu'à leurs gènes... Quatre personnages, quatre voix entretissées dans cette histoire émouvante, qui va de l'époque coloniale à nos jours.


  • Les courts extraits de livres : 25/06/2009

Enfin, va pour route. Rue. Longue, large, et majestueuse. Plaff plaff, nous bondissions, tandis qu'approchaient un chien lustré avec sa maîtresse imperméabilisée, plaff piaffant eux aussi, la tête haute et miroitant lorsqu'ils passaient dans le bol de lumière des lampadaires. Nous croisant.
Au-delà de tout ça, et au-delà de l'aube aussi, nous sommes arrivés à une petite rue, plus maigre et plus étroite que celle que nous avions suivie jusque-là. À la lumière de plus en plus vive, on voyait qu'ici les jardins étaient tous codifiés par couleur. Decrescendo - blanc rose violet jusqu'au mauve fadasse, puis crescendo jusqu'au blanc. Ils étaient gainés de part et d'autre de jardins de rocaille - blanc mauve rose, rose blanc bleu, blanc crème lilas, code couleurs, code couleurs, code couleurs. Plaff, plaff, plaff.
Mais pas les pelouses. Pas de codes de ce côté-là. Par-dessus les pelouses bien tondues et jonchées de vieux pamplemousses et de clémentines s'étendaient des tapis de fleurs de köwhai. Empilées par-dessus tout ça, des têtes roussies de caméllias - le long de chaque clôture, coagulées. À tel point que ça vous donnait envie de gerber, de dégobiller, un grand dégueulis en technicolor.
Ces pelouses.
De quoi vous faire saigner du nez.
Ma mère grenouille aurait pu faire une hémorragie, et moi j'aurais pu...
- Vas-y maman. Qu'on se tire d'ici et vite, ai-je dit. Plaff plaff plaff et plaff-ti plaff.
À part le chien lustré et la maîtresse imperméabilisée nous n'avons vu personne. C'était comme si aucune des maisons n'était habitée, ou comme si tous leurs occupants avaient été emportés tout d'un coup dans l'espace.
J'avais entendu parler de ça. Des gens enlevés, des rues entières, des villes entières vidées. Après un certain temps les gens sont renvoyés sur la terre mais alors ils sont habités par d'autres créatures qui vont dominer le monde. Ces gens-là, les revenus, ils n'aiment pas trop être habités. Ils veulent être comme avant plutôt que comme ils sont maintenant, parce qu'ils en gardent encore un peu le souvenir, mais ils n'y peuvent rien.

Extrait du prologue


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