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Auteur : Zoyâ Pirzâd
Traducteur : Christophe Balay
Date de saisie : 22/02/2007
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Zulma, Honfleur, France
Collection : Littérature étrangère
Prix : 16.50 € / 108.23 F
ISBN : 978-2-84304-391-8
GENCOD : 9782843043918
Mélanie Couillaud - 01/03/2007
Célia Nogues - 27/02/2007
Alieh, Rowshanak ou Raeheleh sont souvent à leur fenêtre. Entre le riz pilaf aux lentilles et les pétunias, le voile et une paire de bas, le mari, les enfants, les aïeuls ou les voisines, elles guettent ce qui va venir conforter ou bousculer leurs habitudes.
Au fil des saisons et des générations de femmes, flotte sur Comme tous les après-midi un parfum de mystère étrange et pénétrant. Par touches légères, prégnantes, se dessine en filigrane, parfois à la lisière du fantastique, un portrait discret mais audacieux de la femme iranienne.
Par la simplicité et la sobriété de son style, Zoyâ Pirzâd épingle comme un papillon rare la fuite du temps et déjoue d'un regard incisif les pièges de la vie quotidienne.
Zoyâ Pirzâd est née à Abadan en 1952 de père Russe et de mère Arménienne. Mariée, mère de deux garçons, elle a d'abord publié trois recueils de nouvelles dont Comme tous les après-midi, en 1991. Trois recueils repris aux éditions Markaz à Téhéran en un seul volume. En 2001, elle a publié un roman, C'est moi qui éteins les lumières, salué par de nombreux prix, et un deuxième, On s'y fera, en 2004.
Zoyâ Pirzâd est aussi traductrice d'Alice au pays des merveilles de Lewis Carol et de poèmes japonais. Elle fait partie des auteurs iraniens qui font sortir l'écriture persane de ses frontières et l'ouvrent sur le monde. Sa langue est un persan simple et quotidien, une langue très équilibrée. La leçon ultime de Zoyâ Pirzâd est humaniste.
Rien n'est plus insaisissable et volatil que le déroulement ordinaire des jours. Une foule de gestes, de paroles, de sentiments, de déplacements minimes dans l'espace ou dans l'existence échappent à la conscience comme à la mémoire. Et tout autant à la littérature. Jusqu'à ce qu'un regard un peu plus affûté et sensible que les autres s'arrête avec attention là où, habituellement, on passe. Incontestablement, l'Iranienne Zoyâ Pirzâd possède un tel regard, et surtout l'art très subtil, infiniment nuancé, de montrer cette réalité invisible et banale sans peser sur elle, sans la juger de haut...
Zoyâ Pirzâd, qui est née en 1952 et qui, nous dit-on, est (notamment) la traductrice en persan d'Alice au pays des merveilles, ne traite pas ses personnages avec condescendance ou cynisme. Sa tendresse pour eux n'est pas non plus complaisante ou larmoyante. Elle ne considère pas que l'essentiel, ou de plus hautes et nobles valeurs, leur échappe. Il faut la saluer de sembler même penser exactement le contraire.
Voilà une surprise comme nous en offrent parfois les petites maisons d'édition. Sous une jaquette rose vif et piquetée de blanc, on découvre un petit bijou de simplicité, les nouvelles d'une romancière inconnue en France, Zoyâ Pirzâd. Ce sont des histoires sans histoire, des fenêtres sur l'intimité de femmes iraniennes, occupées à la cuisine, ou à profiter, tout simplement, de la floraison d'un arbre, du temps qui passe...
Le propos de Zoyâ Pirzâd est essentiellement poétique. Elle ne dénonce pas l'archaïsme de la condition féminine dans son pays, mais décrit l'éternité qui passe, déposant une feuille d'or sur le quotidien de ces Iraniennes.
Je ne connais pas la voisine d'en face bien que de ma fenêtre je l'aperçoive chaque jour dans sa cuisine ou dans sa cour. Tous les matins, elle y porte son linge pour l'étendre sur une corde tendue entre deux vieux platanes. Puis, elle retourne à sa cuisine où elle prépare le déjeuner. Moi aussi, au même moment, je suis en train de faire le déjeuner dans ma propre cuisine. Je fais exactement les mêmes choses au même moment. Seules une ruelle étroite et une petite cour séparent nos activités identiques.
À midi, son mari rentre du bureau et leur fils de l'école. Ma voisine met le couvert dans sa cuisine pour le déjeuner pendant que son mari joue avec l'enfant. Elle sert le repas ; l'enfant repousse son assiette, il refuse de manger. Sa mère le fait manger pendant que son mari s'amuse des grimaces de l'enfant. Après le déjeuner, le mari joue au ballon avec lui, sa femme débarrasse le couvert.
L'après-midi, je m'installe dans la cuisine avec la planche à repasser et ma boîte à couture. La cuisine est la pièce la plus lumineuse et la plus chaude. C'est un endroit où je me sens plus en sécurité. La voisine passe l'après-midi avec l'enfant, elle l'aide à faire ses devoirs, parfois elle joue avec lui, parfois aussi elle le gronde et le frappe. L'enfant se met à pleurer. La mère pleure à son tour. Puis l'enfant se calme et la voisine s'asseoit à la table de la cuisine, les coudes sur la table, la tête plongée dans les mains. Quelquefois, elle allume une cigarette, le regard perdu dans le vague. Et tout à coup, elle se lève, sort dans la cour avec sa corbeille vide, ramasse son linge, le plie et le range dans la corbeille.
Je prépare le dîner dans ma cuisine. La voisine en fait autant dans la sienne. Mes enfants sont rentrés de l'école, mon mari du bureau. Ils me parlent. Je les écoute. Ils me demandent : «Où sont les verres ? Où est mon crayon ? Et le savon ?» Je leur réponds : «Les verres sont dans l'armoire, les crayons sur le bureau.» Je pose un savon neuf sur le lavabo. Les enfants racontent ce qui s'est passé à l'école.
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