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Auteur : Antonio Soler Marcos
Traducteur : Françoise Rosset
Date de saisie : 00/00/0000
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Albin Michel, Paris, France
Collection : Grandes traductions
Prix : 22.00 € / 144.31 F
ISBN : 978-2-226-17665-3
GENCOD : 9782226176653
«Il eut un été au centre de nos vies, un poète qui n'écrivit aucun vers, une piscine où tombait du haut d'un plongeoir un nain aux yeux de velours et un homme qu'une nuit les nuages emportèrent. Les jours tombèrent sur nous comme des arbres morts.»
Quelque part en Andalousie, non loin de la mer. Un groupe d'adolescents savourent le dernier été au seuil de leur vie d'adulte. Et, tandis que la saison s'achève, doucement et inexorablement, un sentiment d'inéluctabilité pèse sur ce bonheur fragile et un parfum de mort écrase l'air...
Considéré comme l'un des meilleurs écrivains espagnols contemporains, Antonio Soler ressuscite à travers des destins croisés une période charnière de la vie et nous immerge dans son univers cru, poétique et sombre. Le suspense psychologique, la tension narrative et le lyrisme du style donnent à ce roman, couronné par le prestigieux Prix Nadal, la force troublante, fiévreuse et entêtante du souvenir.
«Un Amarcord à l'andalouse, d'une maîtrise et d'une poésie exceptionnelles.»
El Mundo
«Avec un art consommé, une technique souvent magistrale, une langue raffinée et irisée, Antonio Soler crée à nouveau une magnifique pièce d'orfèvrerie.»
El Pais
Antonio Soler a cinquante ans et vit toujours à Malaga où il est né. Les éditions Albin Michel ont déjà traduit Les Héros de la frontière, Les Danseuses mortes et Le Spirite mélancolique. Le Chemin des Anglais lui a valu le Prix Nadal en 2004 (LE grand prix littéraire espagnol). Ce roman a été écrit en partie à la Villa Mont Noir, en France, dans la propriété d'enfance de Marguerite Yourcenar et aujourd'hui résidence d'écrivains européens.
Peu importe où cette histoire se passe et quand. Elle flotte au-dessus du temps, dans un décor qu'elle n'habite pas. Comme ses personnages d'ailleurs, qui ont le sentiment étrange de se mouvoir dans un monde destiné à d'autres. Ils sont adolescents, et, dans une petite ville du sud de l'Espagne, vivent le dernier été avant leur vie d'adulte. Ils ont encore quelques mois, pour flirter à la piscine municipale, faire des parties de billard au Ulibarri et des feux de camp sur la plage. Après, l'automne viendra boucher leurs horizons et saper leurs rêves...
À mesure que l'été avance, inexorablement, des événements de plus en plus funestes se produisent...
Cette tragédie mélancolique est faite de mots volatils, ils planent au-dessus du papier sans jamais le toucher, mais brassent pourtant des vérités lourdes. Chez Antonio Soler, qui a reçu pour Le Chemin des Anglais le prix Nadal en 2004, la poésie sert l'action, elle est le moteur de ce formidable travelling de 374 pages, qui prend fin dans un désespoir abyssal.
Rubirosa avait une voiture d'un bleu électrique. Il avait commencé à circuler dans le quartier ce printemps-là, alors que Miguelito Dávila était déjà à l'hôpital. José Rubirosa était représentant en lingerie fine et il savait embobiner toutes les personnes qui s'arrêtaient un instant pour lui parler. Non seulement ses clients, les patrons des merceries et des boutiques de lingerie, mais aussi les vendeuses de ces établissements et tout le monde en général. Surtout si ce monde était féminin. Rubirosa portait toujours une élégante cravate qui lui montait sur l'épaule et lui retombait dans le dos, même quand il n'y avait pas de vent, pour qu'il puisse mieux l'exhiber et la ramener sur sa poitrine d'un geste apparemment négligé. Il avait dressé ses cravates comme les charmeurs de serpents dressent les vipères qui se meuvent au souffle de leurs flûtes.
Remedios Gómez, la propriétaire de la Mercerie Gómez, s'amouracha de lui dès le premier jour où elle le vit, dès le premier instant, quand Rubirosa, faisant sonner la clochette de la porte, était entré, un demi-sourire aux lèvres et, dépassant de la tête les clientes - il était très grand -l'avait appelée par son nom, avec un léger ton d'interrogation et aussitôt s'était approché du comptoir - les clientes s'étaient écartées comme les flots de la mer Rouge devant Moïse, domptées comme des cravates ou de grosses vipères - et il avait pris entre les siennes la main droite de Remedios, les clientes l'avaient regardé, les yeux écarquillés, tandis qu'il se présentait et disait tout le plaisir qu'il avait à faire sa connaissance, en lui annonçant qu'il était le remplaçant de Veloso Espada, le précédent représentant de Monteserán, Marie-Claire et Beautilli Satin. «La lingerie la plus intime capable de causer le plus grand désordre public» - avait dit Rubirosa. Et il avait ajouté, en regardant les clientes - : Mais ici je suis tombé sur un os. Il vous suffirait, Mesdames, d'un clin d'oeil pour prendre la Bastille.» Les globes oculaires de ces dames s'étaient voilés de soie, leurs paupières avaient frémi, et il y avait eu quelques sourires discrets, on avait rectifié une mèche, on s'était demandé çà et là quelle pastille il fallait prendre, en pensant que l'audacieux représentant parlait sans doute de la pilule contraceptive. Mais lui, sans jamais perdre de vue le côté commercial de la poésie, il avait regardé de nouveau dans les yeux la patronne de l'établissement. «Mais, à vrai dire, une jolie parure ne gâte jamais rien, n'est-ce pas, do fia Remedios ?»
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