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Auteur : Lewis Carroll
Préface : Marc Lambron
Illustrateur : Pat Andrea
Traducteur : Henri Parisot
Date de saisie : 19/01/2007
Genre : Beaux Livres
Editeur : D. de Selliers, Paris, France
Prix : 180.00 € / 1180.72 F
ISBN : 978-2-903656-33-1
GENCOD : 9782903656331
Sorti le : 07/09/2006
Les Éditions Diane de Selliers provoquent avec Alice au Pays des Merveilles et De l'autre côté du Miroir de Lewis Carroll illustrés par Pat Andrea une nouvelle rencontre artistique aussi audacieuse que réussie.
Souvent réduits à de simples livres pour enfants, malgré la reconnaissance des plus grands penseurs du XXe siècle : Antonin Artaud, Louis Aragon, Gilles Deleuze, Jacques Lacan, etc., les romans de Lewis Carroll s'érigent ici dans leur pleine valeur littéraire : " L'oeuvre de Lewis Carroll a tout pour plaire au lecteur actuel : (...) des mots splendides, insolites, ésotériques ; des grilles, des codes et décodages ; (...) un contenu psychanalytique profond, un formalisme logique et linguistique exemplaire. Et par-delà le plaisir actuel quelque chose d'autre, un jeu du sens et du non-sens, un chaos-cosmos. ", Gilles Deleuze.
Cette poétique du nonsense qui consiste en un démantèlement systématique du langage et de la logique consacre Lewis Carroll comme un précurseur du surréalisme. Son refus du réel tend à un culte de l'enfance aussi inspiré que révélateur. Le monde merveilleux de l'enfance et le monde réel des adultes se mêlent en une oeuvre hybride qui renvoie aux adultes une part d'eux-mêmes qu'ils ont occultée : " Cette petite Sibylle ne sait pas qu'elle est une des clairvoyantes du monde occidental. ", Claude Roy.
Parcours de l'enfance à l'adolescence, les deux voyages d'Alice, au pays des merveilles et de l'autre côté du miroir, figurent une expérience initiatique essentielle à la construction et à la connaissance de soi. Cette publication du diptyque romanesque consacre l'inaltérable singularité et l'indéfectible lien des deux récits.
Que cette édition soit bilingue était aux yeux de Diane de Selliers une évidence. Elle rend ainsi accessibles au lecteur les intentions et subtilités de l'écriture de Lewis Carroll, riche en jeux de mots et en nonsenses. Soucieuse de l'articulation des textes anglais et français, la mise en page ondulatoire des deux versions initie une lecture dynamique et active, plus stimulante et attractive.
Alice appartient incontestablement au panthéon des mythes contemporains européens : " Alice est une mère des images. Elle mérite l'hommage d'une modernité dont elle reste l'une des figures tutélaires. ", observe Marc Lambron dans la préface de l'ouvrage.
De la femme-enfant, mi-nymphette mi-pin-up, à la petite fille sagace et loquace, le personnage d'Alice a engendré une multitude d'avatars qui suggèrent la portée signifiante de l'héroïne carrollienne pour les artistes du XXe siècle (Le Cornet acoustique, Leonora Carrington ; Lolita, Vladimir Nabokov ; Alice en France, Raymond Queneau ; Alice, Woody Allen ; Alice dans les villes, Wim Wenders, les chansons de Serge Gainsbourg et des Beatles).
Si une pléthore d'illustrateurs - plus de deux cent cinquante, essentiellement pour enfants - se laissèrent fasciner par le monde d'Alice, une minorité d'artistes firent véritablement oeuvre en déployant à partir de cette prolifique source d'inspiration leur propre imaginaire. On citera Max Ernst, Salvador Dali ou Pierre Alechinsky.
Or, s'agissant de Pat Andrea, Diane de Selliers décela combien l'archétype féminin d'Alice obsédait l'inconscient artistique de l'artiste. Elle reconnut dans l'oeuvre du peintre néerlandais de réelles affinités et analogies avec l'univers de l'écrivain anglais.
Fort d'une oeuvre que d'aucuns comparent à celles de Balthus ou de Bacon et qui lui vaut d'être qualifié de " maître du déséquilibre " ou d'" impressionniste psychique ", Pat Andrea qualifie ainsi cette collaboration éditoriale comme " un des plus beaux projets de [s]a vie ".
Encouragé par l'éditrice, le peintre, qui expose un peu partout dans le monde et enseigne depuis 1998 à l'Ecole Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Paris, retourna pour ce travail d'illustration à la source, c'est-à-dire à la lecture approfondie des deux romans de Carroll dans leur langue originale. En résulte une remarquable correspondance de ses toiles avec l'esprit et la lettre de l'oeuvre de l'écrivain. Pat Andrea joue sur la polysémie d'expressions employées par Carroll pour donner chair au verbe.
Incarnation de la liberté du désir, l'Alice de Pat Andrea échappe à toute représentation définitive. Tantôt gamine tantôt vamp, tantôt attirante tantôt effrayante, elle diffère systématiquement. Cheveux, vêtements, allures, tout change, hormis un élément, anecdotique et humoristique, ses tennis, identiques à celles de l'artiste. Le peintre ne livre pas une énième figure d'Alice, mais cristallise une Alice multiple et synthétique qui porte en elle cette multiplicité de possibles qu'a générée à partir d'elle le XXe siècle.
La pluralité des techniques et des moyens utilisés par Pat Andrea (gouaches, aquarelles, crayons de couleurs, fusains, collages, feuilles d'or et d'argent, laine de mouton, etc.) s'accorde parfaitement aux effets de profusion, d'emboîtement et de télescopage propres aux deux romans de Lewis Carroll.
Chaque volume s'ouvre sur vingt-quatre toiles réalisées par l'artiste, éclairées par une citation du texte anglais et une autre du texte français, tandis que le lecteur peut, dans un deuxième temps, se plonger dans la lecture bilingue des récits de Lewis Carroll, illustrés de détails au format réel de ses tableaux.
Fidèle à la logique télescopique et kaléidoscopique de Lewis Carroll et de Pat Andrea, ces détails qui tendent parfois à l'abstraction s'accordent à la poétique du langage et du non sens, propre aussi bien à l'écrivain anglais qu'à l'artiste néerlandais, puisque ces zooms fragmentent le sens premier et général pour produire des sens nouveaux et particuliers.
Dans sa préface, l'écrivain et critique littéraire Marc Lambron rend hommage à la valeur syncrétique de cette interprétation picturale d'Alice par Pat Andrea : " En vérité, il faut toujours imaginer la vie d'une petite fille au pluriel. Depuis 1865, on a connu des Alice selon Walt Disney ou Norman McLeod, des Alice selon Jacques Lacan ou Gilles Deleuze. À la fin, celle du code Andrea est peut-être la première Alice fractale. ".
Mais ce sont aussi les forêts du langage et les dédales de notre inconscient qu'on y explore, dans un joyeux tohu-bohu où se mêlent calembours et bizarreries, humour et nonsense. Le chef-d'oeuvre de Lewis Carroll - et sa suite, De l'autre côté du miroir - a été magnifiquement traduit par Henri Parisot et c'est sa version, si inventive, que proposent aujourd'hui les éditions Diane de Selliers, dans deux luxueux volumes illustrés par 49 petits tableaux (gouaches, aquarelles, fusains, collages) de Pat Andrea.
Depuis leur parution, plusieurs dizaines d'illustrateurs se sont laissé subjuguer par la fillette, dont les aventures et mésaventures symbolisent les interrogations de l'enfance sur l'âge adulte. C'est le peintre Pat Andrea qui se livre aujourd'hui à l'exercice. Entre l'écrivain anglais et l'artiste néerlandais, les correspondances se révèlent savoureuses...
La diversité des techniques utilisées - croquis crayonnés, images hautes en couleur, rehaussées de collages ou d'applications à la feuille d'or - ajoute encore à l'impression d'exubérance. Lewis Carroll aurait adoré.
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