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Auteur : Françoise Benhamou
Date de saisie : 05/10/2006
Genre : Documents Essais d'actualité
Editeur : Seuil, Paris, France
Collection : La couleur des idées
Prix : 23.00 € / 150.87 F
ISBN : 978-2-02-081844-5
GENCOD : 9782020818445
Sorti le : 05/10/2006
Le modèle français d'intervention culturelle s'essouffle. Difficulté à rencontrer de nouveaux publics, statut incertain des auteurs et des artistes, délicate cohabitation entre l'État et le marché, entre missions de service public et activités privées, fragilisation de l'exception culturelle dans le contexte de la mondialisation, divergences d'intérêts entre les acteurs de la vie culturelle et le politique : du théâtre au cinéma en passant par la télévision ou l'édition, Françoise Benhamou dresse un état des lieux de la culture en France.
Mais la fermeté des diagnostics, loin de conforter le refrain du déclin, ouvre ici des perspectives qui dépassent les frontières nationales. Oeuvrer à la construction d'un espace commun, qui intègre la diversité des modèles culturels en Europe, telle est l'utopie raisonnable que dessine Françoise Benhamou.
Françoise Benhamou, économiste, professeur à l'université de Rouen et chercheur au Centre d'économie de la Sorbonne, est notamment l'auteur de L'Economie de la culture (La Découverte, 5e éd. 2004) et de L'Economie du star-system (Odile Jacob, 2002).
La culture est en crise. On le savait. Le modèle français est à bout de souffle. On est tous d'accord. Françoise Benhamou ne dit pas autre chose, mais elle fait mieux : l'économiste explique au lecteur, initié ou non, pourquoi ça ne va pas. Comment se fait-il que l'Etat, malgré l'"abondance de l'argent public", parvienne de moins en moins à honorer ses missions ? Pourquoi la multiplication de l'offre (spectacles, livres...) ne se traduit-elle pas par une augmentation du public ? Autrement dit, comment la démocratisation culturelle a-t-elle échoué, et se retrouve aujourd'hui, dans certains secteurs, "laissée au marché" ?...
La démonstration est un mélange de pédagogie et d'analyses savantes, avec force chiffres et modèles économiques. Les secteurs sont décortiqués les uns après les autres - théâtre, cinéma, édition, télévision... Mentalement, une image un peu sinistre se dessine, celle d'une immense baraque délabrée au fond d'une impasse. La lecture de ces "dérèglements de l'exception culturelle" est éprouvante, vertigineuse mais stimulante aussi.
L'impasse de la démocratisation
En France, la politique culturelle se joue en tout premier lieu sur les deux scènes que sont le théâtre et le cinéma. Les débuts du ministère de la Culture sont marqués par cette polarisation. Dès son arrivée, André Malraux accroît les crédits attribués au théâtre, et en particulier au Théâtre national populaire dirigé par Jean Vilar. Dans le même temps, la plus grande attention est portée au cinéma, à propos duquel le déclin tout récent de la fréquentation ne manque pas d'inquiéter. Les attentions collectives demeureront centrées, et surtout plus visibles, sur ces deux pôles de l'intervention publique.
Les autres champs sont tout aussi légitimes, mais moins au centre des débats, hormis en quelques moments spécifiques. Le patrimoine (musées et monuments historiques) est l'objet d'attentions contrastées, parent tout à la fois délaissé - et le plus aimé - de ce triptyque qui comprend le spectacle, les industries culturelles (et avant tout le cinéma) et le patrimoine. Délaissé, car il est aisé d'avancer qu'il a les siècles devant lui, et qu'il peut donc attendre encore un peu, mais aimé lorsqu'il s'agit de bâtir, et surtout d'inaugurer. On voit ainsi le ministère de la Culture affecter des sommes bien en deçà du nécessaire à l'entretien et à la conservation des monuments inscrits et classés, mais, dans le même temps, mener grand train quand il s'agit de travailler à l'édification de nouveaux bâtiments. Ce furent, en leur temps, le Grand Louvre et les quatre tours de la future Bibliothèque nationale de France, tandis qu'on refusait les quelques deniers indispensables pour mettre un terme à la grande misère qui pesait sur les manuscrits orientaux de la «vieille» Bibliothèque nationale de la rue de Richelieu. C'est en 2006 le musée des Arts premiers, superbe bâtiment presque immatériel au bord de la Seine, tandis qu'on feint d'ignorer que les services des monuments historiques sont au bord de l'asphyxie en région.
Dans ce paysage éclaté, la politique culturelle admet un point focal d'intervention, la création, tandis que la question de la consommation, certes au coeur du discours, se voit déclinée sous de multiples formes, «pratiques culturelles», «pratiques en amateurs», etc., tout en demeurant à la traîne du soutien public. Ajoutons que, en tous domaines, la diffusion et l'information sont les grandes oubliées d'un programme qui met le créateur en son centre sans pour autant nécessairement en satisfaire les exigences.
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