«J'avais rencontré Bullit vingt ans auparavant dans une salle de sports. Je ne connaissais pas encore Rémi et j'habitais seul depuis le départ de Christine, avec qui j'avais vécu près de deux années une relation sexuellement à peu près successful. Christine savait que je la trompais de temps en temps avec des garçons, mais elle ne disait rien. Les choses s'étaient gâtées quand elle avait émis le désir d'avoir des enfants, de fonder une vraie famille, tout ce à quoi je répugnais, autant par conviction profonde que par conscience d'être incapable d'assumer ce genre de vie.
Bullit s'appelait en réalité Patricia, un prénom que, dès l'enfance, elle avait détesté. Grande dévoreuse de livres, elle avait lu à l'âge de douze ans Le Lion de Joseph Kessel. Elle avait été fascinée par l'amitié qui liait la jeune héroïne du livre au lion King. Le destin tragique du fauve l'avait bouleversée.
Elle avait lu et relu ce livre avec passion et s'était identifiée à la fillette, qui s'appelait aussi Patricia. Mais cela ne l'avait pas réconciliée avec son prénom et elle avait décidé que, désormais, elle adopterait comme nouveau prénom le patronyme de l'héroïne, Bullit.»
Vieillir sans toi est le sixième roman de Michel Cyprien.
L'auteur : Né en 1949, Michel Cyprien a été enseignant avant de devenir journaliste (en particulier critique de cinéma). Après Maintenant qu'Apolline avait connu l'amour, Vieillir sans toi est son second roman publié aux Éditions Julliard. Auparavant, il avait publié trois romans au Mercure de France et Moi, Hanibal, chez Casterman.
Les courts extraits de livres : 02/01/2007
Urgences
Dès le début de sa diffusion sur France 2 à partir de juin 1996, tu es entrée dans la série E.R. (Urgences en français) comme dans un univers plus réel que le tien. Cette exaltation a été décuplée par ton engouement pour George Clooney, interprète du docteur Doug Ross. Rien que d'en parler te rend folle, ce qui reste pour moi incompréhensible. Tu dis qu'il fait partie du clan hollywoodien aux idées progressistes. Son engagement te séduit Je veux bien, et je reconnais que si tes idoles anglo-saxonnes n'étaient pas engagées dans la contestation, elles ne seraient pas tes idoles. Mais, en tant qu'acteur, j'ai eu beau suivre quelques épisodes avec toi pour te faire plaisir, je ne suis jamais parvenu à ressentir le moindre intérêt pour George Clooney. Et, franchement, son côté bellâtre bannit tout attrait érotique. Tu crois que je suis jaloux ? Pas du tout. Même s'il me tripotait toute une nuit, impossible événement Dieu merci, je te jure que, bien loin des fantasmes que tu te plais à entretenir autour de son image, je resterais imperturbable et mou. Mais, comme tu le rappelles parfois en dessinant sur tes lèvres un énigmatique sourire, où va se nicher le désir ?
En ce jeudi 22 janvier, je quittai à plus de 19 heures le cabinet d'avocats où je travaillais depuis près d'une paire d'années comme juriste consultant.
Ces derniers mois, j'avais de plus en plus de mal avec ce travail, je l'avais maintes fois confié à Bullit. Je ne parvenais pas, rentré chez moi, à me mettre au roman policier que j'essayais d'écrire. Et même dans la thébaïde bretonne, c'était difficile. J'emportais dans mes bagages la hantise de mal faire qui me tenaillait au cabinet chaque fois que je rédigeais, pour les avocats, le fruit de mes recherches ou les propositions de textes dans lesquelles ils reprenaient ou rejetaient mes formules, phrases et arguments, sans me donner d'explications.