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Auteur : Céline Minard
Date de saisie : 28/06/2007
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Denoël, Paris, France
Prix : 25.00 € / 163.99 F
ISBN : 978-2207259214
GENCOD : 9782207259214
Sorti le : 04/01/2007
Lise Maussion - 05/03/2007
Alan Kerneuzet - 29/01/2007
Cosmonaute, Jaume Roiq Stevens accomplit diverses missions dans une station spatiale en orbite autour de la Terre, quand soudain l'évacuation est ordonnée depuis la base en raison d'un incendie.
Refusant d'obéir, il demeure seul à bord pendant quelques mois, le temps d'observer une série d'étranges phénomènes terrestres, mais le silence radio persistant le force à rentrer. De retour à la base, bien des surprises l'attendent la Floride apparaît désertée de tous ses habitants, dont les vêtements gisent abandonnés, comme après une inexplicable catastrophe. Les animaux, eux, semblent avoir retrouvé leur liberté.
Stevens doit se rendre à l'évidence : l'espèce humaine a disparu. Fou de désespoir et comme possédé par une sorte d'ivresse schizophrénique, il entreprend alors, des plaines d'Asie centrale à la Chine, en passant par l'Inde, l'Alto Parana et l'Afrique, un voyage hallucinant dans l'espace mais aussi le temps et la culture de tous ces mondes disparus. Mêlant suspense et poésie, cette odyssée du dernier homme sur la Terre emprunte avec une étonnante puissance verbale à la technologie contemporaine comme aux plus anciennes sagas de l'humanité.
Née en 1969, Céline Minard a étudié la philosophie. Elle est l'auteur de deux fictions R (2004) et la Manadologie (2005).
Sur les blogs, dans les journaux, chez les libraires, il se dit que Céline Minard, auteur jusque-là plutôt confidentiel, a réussi un coup de maître...
Comme l'enfant qui joue seul, le dernier homme (se) débat avec lui-même, s'inventant compagnons et aventures à partir du bric-à-brac culturel de l'humanité. De quoi perdre pied, face à un déluge de situations délirantes qui sont surtout prétexte à se griser de mots, de tous les mots, du plus rare au plus familier. En vertu du vieil adage surréaliste, l'univers est sauvé tant qu'il «dépend de notre pouvoir d'énonciation». Le résultat est un long poème postmoderne au lyrisme halluciné : une «rêverie», c'est le dernier mot du «Dernier Monde».
Que font les enfants quand ils sont seuls ? «Ils s'amusent, ils amassent des cailloux et du sable dont ils font de petits châteaux qu'ils détruisent ensuite. Ainsi ne manquent-ils jamais d'amusement. Ce qu'ils font par enfantillage, ne saurais-tu le faire par sagesse ou par raison ?» Le conseil d'Epictète, la romancière Céline Minard le donne, au détour d'une page, au personnage du Dernier Monde, et lui offre en outre tout loisir de le méditer et l'appliquer : quelque cinq cents pages d'absolue solitude - le temps et les conditions nécessaires, pour le dénommé Jaume Roiq Stevens, ultime survivant d'une espèce humaine définitivement rayée de la carte, d'ériger son «château de sable» bien à lui, d'inscrire au patrimoine de l'humanité défunte une ultime et flamboyante épopée, de donner à l'Histoire un chapitre final, tout à la fois récapitulation et épilogue...
Roman savant et extravagant, admirable d'ambition et de maîtrise, d'érudition et de trivialité mêlées, où la puissance narrative et l'intention moraliste intense travaillent main dans la main, Le Dernier Monde est le compte rendu du périple rocambolesque de Jaume Roiq Stevens, le dernier homme, entraîné à travers la planète déserte comme pour une ultime inspection des lieux, un bilan de l'histoire humaine avant clôture définitive des comptes, un inventaire des civilisations avant liquidation.
Là démarre vraiment le Dernier Monde, une fois que Céline Minard a réglé son compte à l'espèce humaine. L'auteur s'est servi de la science-fiction comme d'une pirouette, pour justifier un unique survivant...
Délirant, tendre et violent one-man show, le Dernier Monde happe sans répit. Au fil du cheminement géographique de Stevens, le récit s'épaissit, sa silhouette se décuple, sa langue devient poreuse aux cultures et légendes des pays traversés. La lecture se fait plus dense aussi, prise dans une trame de plus en plus serrée, où l'histoire d'un seul homme s'est magiquement ramifiée.
La rotation débute au-dessus de la terre à 25 000 km/h dans la station orbitale Funsky où travaillent une équipe de chercheurs. Le quotidien confiné et studieux se boucle en expériences pointues de nanotechnologie, en tournages de clips de propagande et en bricolages spatiaux. La discipline à bord se veut stricte...
Là-haut, les dérives sont intérieures, pas de place ou si peu à l'imagination...
Et voilà que ce qui commençait comme une énigmatique odyssée se transforme rapidement en hallucinant cauchemar et en fable cosmologique. On lâche les manettes, on fiche en l'air les repères tangibles et, en apnée forcée, on se perd dans une prose en paliers, dense, profonde et déconcertante...
Qu'est-ce donc qui reste vrai dans cette interminable traversée des miroirs ? La violence, la peur, la mémoire du désir, l'enfance retrouvée ? Du coeur des territoires gronde une histoire ancienne qui raconte en bourrasques les civilisations détruites, les mythes oubliés. L'essence de la vie même et ses fins prévisibles. Il y a chez Céline Minard une force et un lyrisme qui savent tout emporter.
Moi, Jaume Roiq Stevens, désormais seul maître à bord après personne, j'entame ma troisième semaine en solitaire sur la station Funsky.
La pression est à 780, le CO2 est totalement évacué, le SEP est à 25,8, l'oxygène à 162 mais désormais les rapports sont inutiles. Le carnet de bord restera ici : le sol a cessé toute communication. Je suis coupable de haute trahison. Enfoncée mon histoire de FBI !
Méryl et Sokstas se sont bien comportés lors de l'évacuation, l'un par simple calcul et l'autre... l'autre, j'ose l'imaginer, parce qu'elle m'a compris et qu'au moins un peu, elle partageait mon... sentiment. Al en revanche s'est montré retors, comme je m'y attendais du reste, j'ai dû recourir à la violence. C'est en partie pour ça que je suis désormais hors la loi.
Après m'avoir menacé des pires choses, y compris de m'envoyer un missile atomique, le sol a choisi de se taire. Définitivement. C'est donc une guerre de siège. À moyen terme je suis nécessairement perdant car je dépends d'eux du point de vue alimentaire. Mais à court terme, je me défends : grâce aux panneaux solaires, la station est autonome en énergie, la production d'oxygène se fait sur place, à partir de mes sécrétions humides (urine et transpiration), et le Cargo Progress que nous venions de décharger contenait deux tonnes d'eau et d'aliments variés. J'ai de quoi tenir à peu près une année sans me restreindre en rien, côté nourriture du moins.
Mon autre chance est de redescendre très très discrètement. En pleine Mongolie ou en Sibérie orientale et de me carapater avant qu'ils ne m'aient repéré. C'est possible. Pas très praticable mais possible.
Il se peut aussi que j'amerrisse en plein Atlantique et que je crève de soif sur mon radeau de survie, un hélico vengeur au-dessus du crâne.
Malgré ces perspectives j'ai la sensation d'avoir pris la seule décision possible ou la meilleure.
Je le referais.
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