Découvrez sur votre mobile, en exclusivité, les choix des libraires, le courrier des auteurs, la revue de presse des livres, et des milliers d'extraits de livres en cliquant plus bas.
Des générations de spectateurs ont célébré Rio Bravo, quintessence du western. Sommet du cinéma hollywoodien, pour certains critiques ce film serait le chant du cygne du cinéma classique. Hawks lui rend de fait un dernier hommage avec sa séquence d'ouverture. D'où la forte tentation d'approcher au plus près ce style si concis. Rio Bravo contredit délibérément Le train sifflera trois fois, que Hawks exècre. Il brasse ses personnages dans un temps plus souple, qui desserre leurs émotions. Des scènes de comédie voilent la tragédie de leur solitude. La loi qu'ils imposent et qu'ils s'imposent les isole et les libère. Elle saisit et atomise leurs «complexes», d'une implosion à une explosion. En accompagnant leur marche, nous gagnons en humanité.
Pierre Gabaston est professeur des écoles spécialisé. Il enseigne à des enfants en souffrance affective et psychologique, dans une classe d'intégration scolaire (CLIS). Il leur passe des films qui rénovent leur rapport avec eux-mêmes et avec le monde. Et toujours, Chariot ou Nanouk l'Esquimau s'avèrent les meilleurs des propédeutes. Pour un plus large public cinéphile, il est aussi animateur de stages, auteur de livres et d'articles.
Les courts extraits de livres : 06/01/2007
Une porte s'ouvre. Se soulève comme une trappe. Un homme, coupé à la taille, - Dean Martin ! Ce cow-boy pitoyable, c'est lui - s'en dégage et pénètre dans un espace clos (plan 1). Mouvement dramatique en soi pour Hawks. Mal rasé, peu sûr de lui, portant à même la peau une veste déchirée couleur caca d'oie, ce solitaire s'introduit discrètement - personne ne le remarque - dans un saloon. Mais par la porte de derrière. Signe, ici, de sa déchéance sociale. Il n'entre pas avec entrain, virilement pour tout dire, par la porte de devant, celle aux deux battants mobiles désignant à elle seule le goulet dramatisé du genre du film. Il ne passe pas ce seuil pour affronter de face l'espace de tous les dangers, ce saloon où il se retrouve esseulé.
Quel besoin le pousse à sortir de son néant narratif ? Un manque. Un manque dont seul un débit de boisson peut calmer la tyrannie. Le mouvement de caméra qui l'accueille - un panoramique - dramatiquement le dépouille. Il n'est plus que ce manque, ce pur mouvement pour le combler.
Le besoin le fait sortir de lui-même. Le personnage n'étant pas nommé, force est de regarder Dean Martin. C'est lui, c'est lui-même hors de lui : manque et comédie : Dean Martin connu comme heavy-drunker dans la vie, crooner très technique - dans la lignée de Bing Crosby, «good miiight sweetheaaart...» - et acteur sur les écrans. Hawks raffole de ces effets de shimmy entre un acteur et son rôle. Il pousse à fond ce décalage entre identité et jeu de rôle. Au cours de cette séquence, seul un personnage finira par être prénommé.
La porte à peine refermée - plus question de revenir en arrière - Dean Martin marque un temps d'arrêt. Son entrée dans le temps irréversible de l'histoire et de la projection du film trahit un retour en sens inverse : il s'essuie la bouche, signe de sa régression orale, de son retour à une étape dépassée (temporellement) de son existence. On en mesure à l'instant l'effet, on en connaîtra plus tard la raison. On mesure également la foudroyante économie du style de H. H.