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Tôt ou tard.
Ca nous arrivera. On les oubliera. En attendant leur tour, les deux journalistes de cette histoire, Schooner et Brighton, se donnent pour tâche de ramener à la lumière certains artistes oubliés. Ils appellent ça des missions. On part en mission, disent-ils. La dernière va leur coûter cher. L'un y trouvera la mort. L'autre, ce sera l'amour.
La revue de presse Alexandre Fillon - Lire, février 2007
L'exergue du nouveau livre de Christian Gailly n'a rien d'anodin. «C'est tuant, les souvenirs», écrivait Samuel Beckett. Les souvenirs, les deux héros des Oubliés en ont fait leur fonds de commerce...
Christian Gailly joue avec les couleurs, sculpte ses phrases. Il les coupe, les reprend à sa guise, distillant à nouveau cette musique mélancolique qui lui est propre. En fond sonore, après le jazz du trio de Bill Evans qui enveloppait Un soir au club (Minuit 2002, prix du Livre Inter), bourdonnent cette fois une pièce de Brahms dans un taxi, une sonate de Beethoven au bord de la mer, mais surtout des Suites de Bach pour violoncelle seul (BWV 1007 à 1012).
La revue de presse Jean-Baptiste Harang - Libération du 11 janvier 2007
Voilà, page 66, nous sommes au coeur du livre, au coeur de l'oeuvre de Christian Gailly, là où toute personne ayant vaguement conscience d'être née doit se reconnaître. Et continuer. A ceux-là, il reste à lire une belle histoire d'amour entre un homme mûr et sa vieille Saab, et une vieille femme, la veuve d'un autre, qui aime la mer, la musique et les chats, et rire, rire... Les autres peuvent passer leur chemin. On dit que le rire est la politesse du désespoir, on le répète sans piper quand c'est peut-être l'inverse, le désespoir qui est la politesse du rire. On vient de le voir.
La revue de presse Nathalie Crom - Télérama du 10 janvier 2007
Christian Gailly y entremêle les motifs qu'on lui connaît - la musique, la solitude, l'amour, la mort -, mais si l'oubli est bien le coeur anxieux du roman, la douceur s'y fraye un chemin, et avec elle une forme de rémission. Sentiments contraires que la prose de l'écrivain, tantôt morcelée et comme hors d'haleine, tantôt étincelante de limpidité, donne littéralement et intimement à ressentir.
Les courts extraits de livres : 19/01/2007
Ils en parlaient. Schooner conduisait. Schooner, c'est le nom d'un bateau à deux mâts, genre goélette élégante, comme Schooner pouvait l'être, surtout mentalement mais beau physique aussi.
Brighton, lui, c'était le nom d'une station balnéaire ravissante sur la côte sud de l'Angleterre. Son pays préféré, bien qu'il n'y soit jamais allé. Le nom de pays qu'il préférait, l'Angleterre.
À part ça, ils n'avaient rien d'anglais, Brighton et Schooner. C'est le patron qui les appelait comme ça. Qui avait commencé avec ça. À plaisanter avec ça. À les appeler comme ça : «Mes deux Anglais.»
Schooner conduisait. Lui et Brighton parlaient. Ils évoquaient la difficulté. Le problème délicat de la prise de contact avec toute nouvelle personne quand Schooner dut stopper derrière le camion.
Brighton plus tard ne parvenait pas à se rappeler le nom de la société de transport bretonne. Bien que l'ayant lu souvent, longtemps, sans doute sans le voir, en parlant.
Par contre, il se souvenait, il avait le goût du calcul mental, de la plaque minéralogique. La somme des quatre premiers chiffres était égale au numéro du département. Le choc fut très violent.