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Auteur : Jean-Claude Pirotte
Date de saisie : 22/02/2007
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Table ronde, Paris, France
Collection : Vermillon
Prix : 16.00 € / 104.95 F
ISBN : 978-2-7103-2903-9
GENCOD : 9782710329039
Sorti le : 11/01/2007
François Attia - 02/03/2007
Celia Nogues - 01/02/2007
Au début j'avais réussi à écrire quelques mots dans ma langue, ou plutôt les graver du bout de l'ongle sur un carton minuscule que j'avais trouvé dans le noir en tâtonnant, ils ont dit que j'avais écrit le nom d'Allah et que c'était de l'arabe, mais ils se trompaient, il n'y avait ni le nom d'Allah ni aucun mot d'arabe, c'était le prénom de ma fiancée turque, et d'autres mots griffonnés que j'ai oubliés après qu'ils m'eurent enchaîné les mains et les pieds, la main gauche au pied droit, la droite au pied gauche, et qu'ils m'eurent entouré le cou d'une laisse cloutée au moyen de laquelle ils me traînaient dans une galerie souterraine semée de tessons de bouteilles.
L'un des plus beaux écrivains de langue française est belge. Jean-Claude Pirotte, né à Namur, établi dans le Jura (où l'on fait donc du vin et de la bonne littérature), signe un long poème en prose aux accents baudelairiens. Absent de Bagdad (la Table ronde, 144 p., 14 euros) administre de façon magistrale la preuve que les écrivains savent mieux que quiconque dire le monde, l'éclairer et en préserver les mystères...
Dans ce texte superbe, poétique et politique, Pirotte renvoie dos à dos les deux fondamentalismes qui, selon lui, déchirent la planète : l'islam intégriste et la démocratie dévoyée. Leur point commun ? L'absence de doute.
L'Irak s'impose alors comme abcès. Et lui, le poète des pluies de Rethel, où le soleil perce rarement, revêt la cagoule d'un supplicié d'Abou Ghraib. Lui, l'amateur de bières puissantes et de crus rares, se retrouve dans la cellule d'un «chien maigre de l'Islam», à épouser les réflexions d'un homme enseveli vivant, humilié mais pas brisé...
Mi-poète, mi-procureur, Pirotte signe ici un manifeste pour ceux qui veulent croire encore aux légendes millénaires, au triomphe dans l'ombre, à la défaite improbable des imbéciles.
je ne saurai jamais pendant combien d'heures, de nuits et de jours, je fus enfermé dans ma première cellule, et c'était bien avant que je me découvre ce don de lucidité qui me sauva de moi-même durant les séances de jeux auxquels mes geôliers se plurent à se divertir avec moi
mais déjà ma réserve de patience lentement se constituait
j'avais été jeté dans ce trou obscur la tête cagoulée et les mains entravées, j'étais étendu sur un sol de terre battue et de poussier qui ne me révélait rien, je me suis traîné jusqu'à toucher de l'épaule une paroi contre laquelle j'ai réussi à me redresser d'abord, à m'appuyer ensuite
la cagoule était nouée serré au bas de ma nuque, et d'abord j'ai tenté par des frottements contre les aspérités de la paroi d'attaquer ces liens dans l'espoir de les détruire ou du moins d'en atténuer la pression
peut-être même réussirais-je à déchirer le tissu, je n'avais rien de mieux à faire, et je ne voulais surtout pas réfléchir, penser, me souvenir, dormir
or tous mes efforts n'aboutissaient à rien, sinon à déplacer la cagoule et à me priver d'air, car ce masque présentait une mince ouverture à hauteur de mes narines, je devrais dire plutôt qu'elle avait été découpée, cette fente, juste assez pour laisser l'air s'insinuer
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