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Auteur : Nathalie Bauer
Date de saisie : 04/01/2007
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Philippe Rey, Paris, France
Collection : Roman français
Prix : 19.00 € / 124.63 F
ISBN : 978-2-84876-075-9
GENCOD : 9782848760759
Sorti le : 04/01/2007
Mélanie Couillaud - 01/03/2007
Charlotte Thomas - 12/02/2007
Du vieux palais voisin, Rocco a longtemps admiré le golfe en contrebas, les plages de sable pâle, la mer recommencée.
Mais depuis qu'une insolite et séduisante famille mi-russe mi-française l'habite, c'est un autre spectacle qui l'attire : Ludmilla à son violon, Irina dansant parmi les herbes folles, Varvara l'imprévisible avec ses allures de bohème et ses rêves d'écrivain. Rocco sait que désormais son existence va changer ; déjà, son père, le tyrannique capitaine au long cours, ne réclame plus " Paix et silence ", n'accuse plus ses fils d'être incapables de trouver le courage de vivre : à présent, il organise des repas sous la tonnelle, prend le voisin, Vadim, en aparté, lui explique le sud de l'Italie...
II semble que tout soit touché par une sorte de grâce. Une grâce née du choc explosif de deux familles. Séduction et répulsion : les scènes se succèdent, cocasses ou douloureuses. Parents inquiets, filles excessives, adolescents fiévreux autour desquels gravitent des personnages insolites : une grand-mère russe dite " le vieux dragon ", les " tantines " italiennes, jumelles infantiles, le " professeur " aux idées noires, et tout un village.
Un univers tchékhovien dans l'âpre Sud italien, mais surtout une merveilleuse exhortation à la vie, au feu de la vie.
Nathalie Bauer est traductrice de l'italien. Le feu, la vie est son deuxième roman.
Dès les premières pages, on est jeté ailleurs, et c'est un des plus vifs plaisirs que peuvent donner les romans...
Nathalie Bauer, traductrice de l'italien, met en scène avec talent cette rencontre de deux univers en apparence si éloignés mais dont elle révèle la secrète connivence : l'inquiétude méridionale, liée à la situation historique du Mezzogiorno sous-développé et gangrené par la corruption, et la dinguerie slave, intemporelle, métaphysique.
Notre vie est de nature microscopique. Voilà un livre qui semble la mise en mots romanesque de cette phrase de Schopenhauer. Les événements y sont minuscules : un déjeuner, un goûter, une exposition de peinture, une promenade, une dispute, un dépit amoureux... La vie va, ne va nulle part, s'attarde et paraît longue, puis d'un seul coup décline, se précipite vers la destruction. Les jeunes cherchent un destin. Les vieux meurent (d'abord le professeur, la grand-mère, puis finalement le père). Les gens se cognent, s'embrassent puis se griffent. Tous les liens sont compliqués. Les êtres sont insaisissables. Tout peut s'effilocher si l'on ne jette pas sa volonté entière dans la bataille.
Leur père était absent quand les nouveaux voisins arrivèrent, une famille blonde que Rocco se rappela avoir aperçue quelques mois plus tôt sur le promontoire, où il avait cru qu'elle s'était aventurée par mégarde, une famille blonde et pâle qui ne pouvait être qu'étrangère. Les mains accrochées aux barreaux de la grille, il les observa un moment aller et venir entre le vieux palais et un camping-car, leurs silhouettes découpées en bandes verticales, puis il courut chercher un de ses frères. Il confia sa découverte à Dino, mais Dino rétorqua qu'il n'avait pas le temps, qu'il n'avait du temps, dans la vie, que pour sa thèse et le centre catholique, il la confia alors à Rosario, et Rosario embrassa le bout de ses doigts : il était privé de sortie depuis qu'il avait échoué au baccalauréat, ses fiancées et ses amis lui manquaient. Mais en chemin, Rocco se souvint des rires que Rosario lançait tel un gargouillement de cascade, de sa main qui voletait autour de ses cheveux quand une fille F écoutait, et il regretta d'avoir parlé. Il aurait aimé reprendre ses mots et les jeter au fond d'un sac, il se maudissait de ne pas savoir se taire lorsqu'il le fallait, car si les nouveaux voisins se composaient d'un père grand, maigre, échevelé, d'une mère toute en rondeurs, d'un garçonnet et d'un chien qui, à l'évidence, était un lévrier afghan, animal que ses encyclopédies ne classaient pas parmi les plus intelligents, ils comptaient aussi trois filles dans leurs rangs. Il espéra avoir rêvé ; au reste, il semblait absurde qu'une famille blonde et pâle, une famille d'étrangers, s'installe dans un palais abandonné, et non dans une maison confortable sur la grand-place du village, par exemple, ou dans un immeuble du bord de mer, il espéra qu'ils seraient repartis lorsque Rosario et lui surgiraient.
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