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Auteur : Hisham Matar
Traducteur : Frédérick Hel-Guedj
Date de saisie : 11/01/2007
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Denoël, Paris, France
Collection : Et d'ailleurs
Prix : 20.00 € / 131.19 F
ISBN : 978-2-207-25849-1
GENCOD : 9782207258491
Sorti le : 11/01/2007
Tripoli, 1979.
La société libyenne étouffe sous le régime autoritaire du colonel Kadhafi mais le jeune Suleiman, neuf ans, a bien d'autres soucis : il s'ennuie sous l'écrasante chaleur estivale. Son père est absent, on le dit en voyage d'affaires. Sa mère, adorée, crainte, erre dans la demeure, de plus en plus souvent ivre, et délire jusqu'à épuisement. Tout est murmure, tout est secret, tout est hostilité. Mais bientôt le monde du petit Suleiman bascule : en plein centre-ville, un matin, il aperçoit Baba, son père, caché derrière d'épaisses lunettes noires.
Pas un signe, pas un geste, l'homme les ignore, sa mère et lui. Subtilement, la peur et le doute s'installent dans la vie de Suleiman. Qui sont ces hommes en armes qui viennent fouiller la maison ? Pourquoi le père de Karim, son meilleur ami, est-il emmené par la police ? Comment se fait-il que sa mère brûle un à un les livres de la bibliothèque, jusqu'alors véritable trésor familial ? Un livre puissant et juste sur la fin de l'enfance et l'horreur de la répression politique.
Hisham Matar est né à New York de parents libyens. Il a passé une partie de son enfance à Tripoli puis au Caire. Venu suivre des études à Londres, il apprend en 1990 l'enlèvement puis le rapatriement de force de son père dans les geôles libyennes : il n'a aucune nouvelle de lui depuis 1995. Au pays des hommes, son premier roman, figurait dans la dernière sélection du prestigieux Booker Prize.
À travers les yeux d'un enfant condamné à porter des secrets trop lourds pour lui, c'est une géographie mentale qui se dessine, d'une cour remplie de verdure à l'horizon turquoise de la mer, en passant par un toit plat transformé en atelier de bricolage. Hisham Matar voit le monde avec poésie, à travers les images simples, chères à l'imaginaire oriental. Une orgie de mûres (cadeau des anges pour faire patienter les hommes avec un avant-goût de paradis) à califourchon sur un mur, la voiture blanche des sbires du régime en faction devant la maison, les interrogatoires en direct à la télévision, un regard qui se perd dans les couleurs mêlées du couchant, c'est la réalité saisie à vif dans toute sa beauté et sa cruauté. Le genre de blessure qui ne se referme jamais.
J'ai été réveillé en pleine nuit par le bruit du verre qui se brise. Une lumière était allumée dans la cuisine. Maman était à genoux, elle parlait toute seule en ramassant les morceaux de verre. Elle était pieds nus. Quand je l'ai vue, elle s'est masqué la bouche de l'intérieur du poignet, sa main en conque pleine de verre brisé, et elle a pouffé, un petit ricanement nerveux, étrange, un mélange de rire et de pleurs. J'ai couru pour lui apporter ses pantoufles, je les lui ai lancées, mais elle a secoué la tête avant de se diriger vers la poubelle d'un pas incertain, et d'y jeter ce qu'elle avait dans la main. Elle s'est mise à balayer le sol. Quand le balai a atteint les pantoufles, elle s'est arrêtée, et elle les a enfilées.
J'ai vu son flacon de médicament à moitié vide, sur la table du petit déjeuner. Il n'y avait pas de verre à côté, rien qu'une cigarette qui se consumait dans un cendrier regorgeant de mégots et d'allumettes aux têtes noircies. Son verre avait dû se briser. Maman était retombée malade. Je me suis senti les joues brûlantes de colère : où est Baba ? Il faudrait qu'il soit là, lorsqu'il est à la maison, tout est normal, elle n'est jamais malade et je ne me réveille pas comme ça pour découvrir que tout a changé.
Elle s'est assise, s'est relevée, est allée chercher un autre verre et l'a rempli de son médicament. Cela empestait dans toute la cuisine. L'odeur me montait à la tête. Elle s'est tournée vers moi. J'étais encore sur le seuil. Elle a eu de nouveau ce petit gloussement, m'a demandé «Quoi ?», et puis son regard a chaviré, ailleurs. «Qu'est-ce que tu as ? Pourquoi est-ce que tu me regardes comme ça ? Tu n'as rien de mieux à faire ?» Elle secouait la tête, rien que pour elle. «Je ne comprends pas pourquoi tu me regardes comme ça. Je n'ai rien fait. Va te recoucher, il est tard.» C'était dit avec un sérieux exagéré.
Je suis retourné au lit, mais je n'ai pu trouver le sommeil. Je l'ai entendue passer dans la salle de bains. Elle y est restée un long moment. Je n'ai pas entendu l'eau couler. Mon coeur s'est affolé. Et puis, tout à coup, elle en est sortie et elle a regagné sa chambre. Je suis allé à sa porte, et là j'ai hésité.
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