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.. Le partage des idées : études sur la forme de la philosophie

Couverture du livre Le partage des idées : études sur la forme de la philosophie

Auteur : Denis Thouard

Date de saisie : 04/01/2007

Genre : Philosophie

Editeur : CNRS Editions, Paris, France

Collection : CNRS-philosophie

Prix : 26.00 € / 170.55 F

GENCOD : 9782271064790

Sorti le : 04/01/2007

François Attia - 23/05/2007


  • Les présentations des éditeurs : 12/01/2007

Si la philosophie vise bien une vérité, elle ne peut être indifférente à sa communication. Le vrai doit être dit pour tous, car il vaut pour tous. Telle est la conviction des siècles démocratiques, héritiers des idéaux des Lumières. Mais comment être assuré qu'il sera compris ?
Les études ici réunies, consacrées aux Lumières et à l'ensemble romantique et idéaliste allemand, présentent plusieurs tentatives et reviennent sur leurs apories. Dans la lignée d'un rationalisme triomphant, les Lumières ont cherché à «populariser» la philosophie, privilégiant la clarté du discours. Mais cette pédagogie rencontre une double limite, qui tient à la simplification des contenus et à l'impossibilité d'éviter tout malentendu. En réaction aux illusions d'une communication accomplie sous le signe de la raison universelle, des stratégies alternatives ont vu le jour. De Kant à Fichte, de Hegel à Schlegel, Schelling ou Schleiermacher, les formes les plus diverses ont pu être essayées, trahissant la tension entre l'individualité de la forme et l'universalité de la prétention au vrai. On analysera ici le poème didactique, le fragment, le dialogue et le récit à partir de cas exemplaires où la philosophie s'approprie des genres hétérogènes comme le poème de Lucrèce, la maxime des moralistes français, le dialogue platonicien ou l'épopée homérique.
Entre le désir de science et la tentation de la littérature, la philosophie a exploré, des Lumières au romantisme, de multiples voies pour assurer sa communication. Réfléchissant sur les apories d'une pédagogie de la clarté autant que d'une réduction de la philosophie à l'écriture, l'ouvrage plaide pour un pluralisme des formes qui engage l'activité du lecteur.

Denis Thouard, Directeur de recherche au CNRS (UMR «Savoirs, Textes, Langage» à Lille), actuellement à l'Université de Munich, travaille sur les problèmes du langage et de l'interprétation, notamment sur la tradition herméneutique. Il a publié Kant (Belles Lettres, 2001), Schleiermacher (Vrin, à paraître) et édité Symphilosophie. Friedrich Schlegel à léna (Vrin, 2002), Aristote au XIX' siècle (RU. Septentrion, 2004), L'interprétation des indices (P. U. Septentrion, 2006).


  • Les courts extraits de livres : 12/01/2007

Populariser la philosophie ?
(...)
La philosophie populaire est ordinairement traitée avec condescendance. Comment la philosophie pourrait-elle être populaire ? Ne suppose-t-elle pas une initiation, un exercice difficile, une conversion enfin, sinon de l'existence entière, du moins de la façon de considérer le monde ? La formule «Nul n'entre ici s'il n'est géomètre !» se retrouve peu ou prou au seuil de tout ce qui porte le nom de «philosophie». Réciproquement, ce qui est populaire est ramené au «non-philosophique», et c'est souvent à propos d'autre chose que de philosophie que l'on en vient à évoquer les représentants de ce mouvement de la deuxième moitié du XVIIIe siècle en Allemagne, ces Aufklärer mineurs qui, à la suite de Mendelssohn, ont cru au programme des Lumières.

La polémique de Hegel contre la prétention à rendre la philosophie accessible à tous traduit non seulement le rejet par les grandes philosophies post-kantiennes d'un tel projet, mais détermine aussi toute une historiographie perpétuant son dédain. C'est qu'il prend bien la peine, avant de présenter l'histoire de la philosophie, d'effectuer la «séparation de la philosophie populaire et de la philosophie», au même titre qu'il sépare celle-ci du mythe et de la religion. Pour lui, la philosophie populaire reflète la platitude du quotidien, répète, dans le langage du sens commun, de la représentation et de l'entendement, le monde ordinaire, alors que la philosophie est pour ce sens commun un «monde à l'envers»3. Hegel maintiendra l'opinion que «la philosophie est par nature quelque chose d'ésotérique qui n'est pas faite pour le vulgaire, ni pour être mise à la portée du vulgaire». Sa philosophie répondra d'ailleurs amplement à ces critères formels, au point qu'Adorno le désignera dans une étude comme le Skoteinos, l'Obscur. Cependant, dans la mesure où, autant que Kant ou Fichte par exemple, il prend part à l'exigence d'universalité et de liberté animant les Lumières, dans la mesure où il se donne pour tâche de penser son époque, c'est-à-dire la Révolution française et l'apparition du phénomène démocratique moderne, Hegel ne plaide pas non plus pour quelque doctrine de la double vérité, le scepticisme aristocratique sur la diffusion du savoir lui est interdit : «Il est de fait que la philosophie doit reconnaître la possibilité pour le peuple de se hausser jusqu'à elle, mais elle ne doit pas s'abaisser au niveau du peuple».


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