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Auteur : Georges Patrick Gleize
Date de saisie : 03/01/2007
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Albin Michel, Paris, France
Prix : 16.90 € / 110.86 F
GENCOD : 9782226176677
Sorti le : 03/01/2007
Mai 1934, au coeur des Pyrénées ariégeoises. Le jeune Pierre est parti avec son père et son frère pour sa première estive. Pris dans la tourmente d'un terrible orage, il va assister, impuissant, à la disparition du troupeau qui constituait la principale source de revenus de sa famille. Ruinés, chassés de leur ferme, contraints à l'exode, les Sagnol n'ont d'autre choix que de gagner la petite ville voisine pour trouver de l'embauche dans l'industrie textile. Arrachés à leurs racines paysannes, ils ne perdent pas espoir et rebâtissent avec courage une existence nouvelle. Tandis que son frère s'engage dans la Coloniale, Pierre se passionne tant pour son métier de tisserand qu'il rêve de s'installer à son compte comme artisan façonnier. C'est alors qu'il fait la connaissance de Gaby, une jeune ouvrière...
Dans cette fresque sensible, émouvant hommage aux hommes et aux femmes qui ont donné vie à une région, Georges-Patrick Gleize évoque l'Ariège d'autrefois, sa solitude, son âpreté, et l'énergie d'une société rurale et attachante.
La terre maudite
Le spectacle était effroyable et rappelait les ravages de la guerre. Plus il approchait du Pas de l'Ours, plus Auguste prenait conscience de l'inéluctable. Dans le goulet tout avait été couché, emporté, décapé, par le flot monstrueux qui, au resserrement des parois rocheuses, avait décuplé son pouvoir destructeur. La vague avait tout balayé, forçant le passage d'une rage barbare dont les roches portaient témoignage, étalant, suspendues à trois mètres au-dessus du sol, tels des oripeaux tragiques, une succession sans fin de débris innommables. Les traces d'une civilisation agropastorale avaient disparu. La draille n'existait plus et le chemin, le long du ruisseau, était désormais creusé d'une multitude de trous comme si un rabot géant l'avait défoncé sauvagement. Cinq cents mètres plus loin, au-delà des barres rocheuses du Pas de l'Ours, la gorge s'évasait, formant un véritable cône de déjection. Parvenu là, Auguste n'eut guère d'illusions. Peu de créatures auraient pu survivre à un tel cataclysme.
Incrédule, Auguste avançait d'une démarche mécanique. Puis, soudain, après la fontaine de l'Esqueille, le spectacle le glaça d'horreur. Il n'était pas besoin de chercher le troupeau. Il était là, pour l'essentiel épars, sur un léger replat. Une vingtaine de bêtes jonchaient le sol, mortes, couchées sur le flanc ou dans des positions grotesques, culbutées par la vague. Déjà, leurs membres commençaient à se raidir. Auguste sentit ses muscles se mettre à trembler, incapable de refouler l'émotion qui l'étreignait. Le troupeau ! Les bêtes ! Ses bêtes... Son visage se ferma et de grosses larmes silencieuses coulèrent, empruntant le chemin des rides qui parsemaient sa figure. Il resta un long moment ainsi, comme hébété, anéanti par la cruauté du destin. Qu'avait-il fait au ciel pour mériter un tel châtiment ? Pourquoi le Bon Dieu l'avait-il puni ? Pierre et Louis l'avaient maintenant rejoint et découvraient eux aussi l'abominable réalité.
Les deux garçons sentaient confusément que leur vie venait de basculer, que rien ne serait plus pareil désormais.
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