Ceux qui parlent d'épuisement énergétique oublient le réchauffement climatique et la sombre perspective qu'il représente, si en effet tout le carbone contenu dans les énergies fossiles accessibles à un coût raisonnable était émis dans l'atmosphère, la hausse des températures serait catastrophique. Pour l'éviter, l'humanité devra laisser sous le sol plus de la moitié des ressources disponibles : contrairement à l'idée reçue, l'énergie fossile est donc surabondante.
La réduction des émissions de gaz à effet de serre passe-t-elle nécessairement par un changement radical de notre mode de vie ? Non, répond Henri Prévôt. Le nucléaire peut-il être remplacé par d'autres formes d'énergie «sans carbone» ? Non car celles-ci, à part la biomasse, ne représenteront pas plus de 10 % des émissions que nous devrons éviter. Cela coûtera-t-il cher ? Pas trop si l'on y va progressivement : dans trente ans, de 1 à 2 % du PIB. La France peut-elle faire quelque chose sans attendre de coordination mondiale ? Oui, et c'est là son intérêt économique et stratégique.
Comme on le voit, les réponses d'Henri Prévôt sont fortes et originales et le situent hors des camps habituels. Elles sont toujours argumentées et n'éludent aucune des questions que se pose le grand public (l'avenir du nucléaire, la suite du protocole de Kyoto...). Ce livre devrait devenir un ouvrage de référence dans un débat qui ne fera que prendre de l'ampleur.
Henri Prévot ingénieur général des Mines, est auteur et coauteur de plusieurs livres et rapports sur les problèmes énergétiques.
Les courts extraits de livres : 14/01/2007
La France peut diminuer de beaucoup ses émissions de gaz carbonique
Il est possible de diviser par deux ou par trois nos émissions de gaz carbonique en utilisant des techniques connues et sans avoir à remettre en cause notre genre de vie : c'est ce que je vais montrer dans ce chapitre.
Comment faire la différence entre les chimères et la réalité, entre ce qui est anecdotique et ce qui a de l'effet, entre ce qui coûte cher et ce qui est économique ? Les Allemands disent pouvoir remplacer le nucléaire par l'éolien et beaucoup de nos concitoyens pensent que c'est plus ou moins possible. Or toutes les éoliennes allemandes fournissent l'électricité de deux ou trois tranches nucléaires seulement, créent de graves perturbations sur tout le réseau européen et exigent, pour combler les sautes de vent, une production d'électricité qui rejette du gaz carbonique. Nous voulons réduire notre dépendance à l'égard du pétrole, mais le biocarburant nous coûte beaucoup plus cher que ce que nous pourrions faire pour le même résultat. On nous dit aussi que, pour diminuer notre consommation d'énergie, nous aurons besoin de normes de construction de plus en plus sévères et même d'étendre ces normes aux logements existants. Mais jusqu'à quel prix ?
Trop souvent, on nous parle séparément des économies d'énergie, des éoliennes, des biocarburants, de la consommation d'énergie dans les transports, de la consommation d'énergie dans le bâtiment, de l'hydrogène, des pompes à chaleur, du solaire thermique, etc. : un secteur d'utilisation, un mode de production, un type d'énergie. Comment peut-on raisonner sans une vision d'ensemble ?
Faudra-t-il diviser les émissions par deux ou trois ? De combien faudra-t-il augmenter la capacité nucléaire ? La production de biomasse sera-t-elle multipliée par trois, quatre ou davantage ?