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Le projet de cet ouvrage est de souligner les aspects profondément mortifères du pouvoir, non pas pour s'y complaire et aboutir à quelque fatalisme, mais, bien au contraire, en essayant de comprendre ses racines inconscientes et ses emprises sociales, en dévoilant et en décryptant ses diverses figures, de permettre aux individus et aux groupes de saisir ce qui les conduit au mépris de l'autre et à l'émergence du désir de sa mort physique ou psychique.
La possibilité d'un pouvoir qui serait essentiellement «bon», le travestissement de celui-ci en simple autorité ou en un ensemble de décisions rationnelles ayant pour but le seul «bien commun» sont analysés et placés, par Eugène Enriquez, au rang d'illusions rassurantes et mystificatrices. En revanche, il porte son attention sur les différentes sources du pouvoir et son rapport avec le sexuel, la guerre totale, la pulsion de mort, la tendance à la «servitude volontaire», pour explorer ce qui constitue l'énigme du pouvoir.
Au carrefour de la sociologie, de la psychosociologie, des sciences politiques et de la psychanalyse, cet ouvrage, élaboré dans la suite d'une série d'essais précédemment publiés sous le titre Les figures du maître, met en lumière les caractéristiques occultées, refoulées ou réprimées du pouvoir, ce qui les rend d'autant plus opérantes.
Eugène Enriquez, professeur honoraire de sociologie à l'université de Paris 7, est corédacteur en chef de la Nouvelle revue de psychosociologie (érès).
Les courts extraits de livres : 14/01/2007
Les sources du pouvoir
Une voie prometteuse, dans l'exploitation de ces problèmes, semble être l'étude des sources du pouvoir. Examinons maintenant les sources du pouvoir les plus communément évoquées.
1. La possession des moyens de sanction (récompense et punition).
2. La compétence humaine du chef (la possession d'aptitudes exceptionnelles).
3. La légitimité.
4. L'identification.
5. Lamour.
6. La compétence technique (le degré d'expertise).
7. La structure des relations et la possession des moyens de contrôle.
8. L'adhésion raisonnée au travail effectué.
Et également la possession des richesses que nous traiterons au chapitre 3.
LA POSSESSION DES MOYENS DE SANCTION ET LA POSSIBILITE D'EN DISPOSER
Le pouvoir est souvent lié à la manipulation et à l'usage des sanctions. Combien de chefs ne disent-ils pas que sans sanction, il est impossible d'obtenir des résultats des travailleurs ? La sanction est la concrétisation du jugement porté par autrui sur notre travail et sur notre comportement. Or, toute société est fondée sur l'évaluation des hommes. Cette évaluation se traduira en salaires, en chances de mobilité sociale, en intégration dans de nouveaux groupes, en reconnaissance par la société (prestige social) ou au contraire en renvoi, en déchéance sociale ; en isolement social et en mépris.
Les individus sont donc amenés à agir suivant les désirs des maîtres de l'évaluation. Ils adopteront d'autant plus un comportement de ce type que ces maîtres auront la possibilité d'offrir des récompenses estimées importantes ou d'infliger des punitions particulièrement pénibles et qu'ils seront perçus comme pouvant effectivement le faire.