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Auteur : Philippe Caumières | Sophie Klimis | Laurent Van Eynde
Date de saisie : 15/12/2006
Genre : Philosophie
Editeur : Publications des Facultés universitaires Saint-Louis, Bruxelles, Belgique
Collection : Publications des Facultés universitaires Saint-Louis. Cahiers Castoriadis, n° 111, n° 2
Prix : 40.00 € / 262.38 F
GENCOD : 9782802801733
Sorti le : 15/12/2006
François Attia 100407 - 12/04/2007
Interdite de façon absolue et non susceptible de dérogation, la torture est pourtant au devant de la scène internationale depuis près de deux ans, à travers de multiples et sordides révélations y afférentes, et surtout à cause de la remise en question de son interdiction absolue, au prétexte de la lutte contre le terrorisme.
De par son existence même, la résurgence de ce débat public autour de la torture témoigne de la dévalorisation progressive des schèmes justificateurs de son interdiction. L'invocation incantatoire et autolâtrique de la dignité humaine ne suffit en effet plus, si elle a jamais suffi, pour empêcher le recours à la torture. S'il en est ainsi, si, in fine, la récurrence de la torture s'explique par la faible justification de son interdiction absolue, alors il apparait qu'au plan philosophique, l'une des tâches primordiales consiste à réexaminer la justification de cette interdiction.
Le social-historique chez Castoriadis et le poids de la pensée héritée
Par Philippe CAUMIÈRES Université de Paris VIII
«Partis du marxisme révolutionnaire, nous sommes arrivés au point où il fallait choisir entre rester marxistes et rester révolutionnaires» affirme Castoriadis, dès les premières pages de l'Institution imaginaire de la société, résumant de manière lapidaire un parcours intellectuel et militant d'une quinzaine d'années. D'aucuns ne manqueront sans doute pas d'y voir l'expression d'une pensée datée au double sens du terme : aisément situable dans son époque, cette pensée serait par là même dépassée.
Si une telle réaction est compréhensible aujourd'hui où il n'est plus guère question de révolution - ni de marxisme du reste, elle n'est pas légitime pour autant. Qui se donne la peine de lire le bilan provisoire du marxisme qui constitue la première partie du livre de Castoriadis, se rendra du reste vite compte que les analyses qui y sont développées ne présentent pas un intérêt simplement historique, mais renvoient à des problèmes qui restent les nôtres, et qu'on ne saurait les réduire au contexte idéologique des années où elles ont été avancées. Ce qui sous-tend le congé donné au marxisme c'est en effet un refus de concevoir objectivement le développement historique. Selon Castoriadis, la volonté de faire de l'Histoire une science est profondément incohérente dans la mesure où cela revient à nier ce qui est le propre même de son objet : la nouveauté, qui n'est telle que parce qu'elle relève d'une création. Entendons ici une création radicale, c'est-à-dire l'émergence de ce qui n'a jamais été d'aucune façon, ni même virtuellement ou en puissance. Ainsi va-t-il énoncer sa thèse fondamentale concernant l'Histoire qu'il ne dissocie pas du social et qu'il appelle pour cette raison le social-historique ; à savoir qu'il y a irréductibilité de la signification à la causation.
On perçoit ici qu'une telle position dépasse largement la remise en cause de la pensée marxiste de l'histoire pour atteindre toute pensée ayant la prétention de saisir l'intégralité de l'histoire. Ce qui se trouve en jeu ici, c'est au fond une réflexion sur la temporalité qui semble atteindre la pensée héritée dans son ensemble. On perçoit du même coup l'ambition de Castoriadis qui ne va pas hésiter à tout remettre en question.
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