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Contrebande : carnets 2003-2005

Couverture du livre Contrebande : carnets 2003-2005

Auteur : André Blanchard

Date de saisie : 07/03/2007

Genre : Biographies, mémoires, correspondances...

Editeur : Dilettante, Paris, France

Prix : 20.00 € / 131.19 F

GENCOD : 9782842631338

  • Les présentations des éditeurs : 16/09/2008

Lisant le Journal de Jacques Brenner, qui vient de paraître et dans lequel je suis mentionné, je revois mes premiers pas vers la publication.
C'est en effet Brenner, auquel j'avais envoyé le manuscrit d'Entre chien et loup au printemps 1988, qui, par téléphone, recadra mon affaire : «Si Les Cahiers des saisons existaient toujours, je vous en prendrais des extraits avec joie. Cela pour vous dire que vos Carnets, c'est de la littérature à part.» Je compris «à part» comme tiré à part. J'avais bien compris. «Cela ne peut intéresser qu'un petit éditeur.» Et c'est ainsi que je bifurquai, que je me suis mis à compulser le Bottin, tombai sur ce nom, Le Dilettante, qui me plut, comme une flatterie envers mes penchants.
De l'eau a coulé sous les ponts depuis. Normal, c'est son job. Mais l'essentiel, c'est qu'il y ait un pont, celui qui conduit de minuscule éditeur à maison d'édition qui a du crédit sur la place, et celle de Paris, malgré les prêchi-prêcha des ultras qui adorent aller s'agenouiller Outre-Atlantique, reste la meilleure du monde. L'autre, de pont, serait celui qui m'aura évité la noyade, et permis de relier mes trente ans à mes cinquante grâce à ces Carnets dont voici, en plus fournie, la dernière livraison.
Contrebande, dit le titre : à charge que ce soit au régal des douaniers. Rêvons toujours. Espérer, c'est la coutume pour abattre les lendemains sans dépeupler l'avenir.
D'ailleurs, ne serait-ce pas la leçon première et définitive soufflée par ce livre, qu'il ne faut jamais médire de l'horizon ? Aussi abattus que nous puissions être, tant que nous avons sous le coude de quoi lire, le bonheur faillit à sa réputation : il se donne comme de rien. Reste ensuite à monter ce bonheur sur des mots planants pour qu'il se propage, et contamine.
Il me semble que Contrebande vaut par cela, en plus de la satire. Ce qu'on attend de livres tels que les miens, parce que - bannissant les allusions - je mets les noms, c'est du croustillant, quand ça saigne. Égratigner, voire saquer les vivants, qu'ils écrivent ou non, c'est de bonne guerre. Et les morts ? Même les morts ! Que l'écrivain ait une rosserie amusante à placer, et il ne résiste pas. Pourtant, n'importe quel allongé nous intimide. Nous sommes comme le dernier de la classe qui entend le premier tout de pétulance et de maestria au tableau noir, et qui doit lui succéder. Mourir, au lieu d'être chose on ne peut plus naturelle, nous paraît un exploit. C'est pourquoi, écrivant, nous sommes en répétition, et tâchons d'anticiper l'obstacle en nous sculptant une statue, sinon, à coup sûr, une stature.
Et c'est pourquoi, au fond, vivre ne peut décevoir si nous en usons afin de maintenir ce flambeau : que la littérature soit l'autre Trinité, tout aussi sacrée, et à peu de chose près identique : le Verbe; sa Chair, qui est le style.
- Et qui serait l'Esprit ?
- Ben, le nôtre.

André Blanchard

Loin de Paris, où il ne se rend plus guère depuis une douzaine d'années, André Blanchard vit avec une compagne, professeur de lettres classiques, et un vieux chat, dans une vieille maison du centre de Vesoul, après des années passées dans une HLM de la même ville. Aux petits boulots a succédé un emploi plus stable à l'accueil de la salle d'exposition locale, au milieu de peintures modernes qui lui inspirent des commentaires à l'acide.



  • La revue de presse Erwan Desplanques - Télérama du 7 mars 2007

L'homme est habité par un spleen dont seuls les morts semblent pouvoir le décrotter, pourvu qu'ils aient du talent...
De ses phrases, il souhaite «qu'elles donnent du bonheur, fût-ce en hébergeant son contraire». Qu'elles sonnent juste, si possible avec style. Il ne se contente pas de le souhaiter, il y laisserait sa peau !


  • Les courts extraits de livres : 16/09/2008

Février

Au fond, il est deux sortes de gens, donc d'écrivains. Le coup de la baguette magique façon Proust, via la madeleine, les uns en rêvent; d'autres, comme moi, en cauchemarderaient. Qu'elle gise où elle est, mon enfance, ce hors-d'oeuvre de cadavre.

J'entendais l'autre jour sur France Culture des entretiens avec Françoise Giroud, rediffusés à l'occasion de sa mort. C'est toujours embêtant, et ça veut tout dire, quand, quelqu'un qui écrit, c'est à l'oral qu'on l'apprécie. Exceptons ses Leçons particulières, qui peuvent être profitables à d'autres. Giroud a pour elle d'avoir en quelque sorte complété Beauvoir et oeuvré en faisant sienne une illustre expression : Je me suis toujours fait une certaine idée - de la femme. Elle porta la parité sur les fonts baptismaux, en marraine de guerre.
Et nous, prenons les augures. L'homme a encore quelques belles années devant lui avant de se faire rejoindre, et, c'est tout vu, dépasser.

Restera le gros morceau : que la France version femme ne soit pas l'actuelle en sous-titrée.

Nous habitons une maison de rêve pour les chats. Nougat n'en revient pas, dont tout le cirque est de nous en persuader, croyant nous refiler le tuyau. Grelin, déjà, nous avait fait le coup lorsqu'il étrenna ces lieux où les quatre pattes peuvent voir venir. Non mais, qu'est-ce qu'ils n'ont pas, et ce en plein centre-ville ! une charmille centenaire, presque aussi large que haute, avec réserve d'oiseaux; le long du petit jardin terrasse, une vieille murette où villégiaturent des lézards ; un carré de terre suffisant pour y alpaguer des rongeurs en goguette; un autre, d'herbe, où venir mâcher quelques brins, histoire de se purger; des toits de plain-pied avec les fenêtres, et c'est parti pour une virée en ville ni vu ni connu, du danger; à l'intérieur, cave et grenier, de quoi, les jours de pluie, snober l'ennui; entre les deux, des rampes d'escalier en guise de toboggan, pris à toute berzingue et, à l'arrivée, va pour les dérapages olé olé sur les planchers. Qu'est-ce que c'est bidonnant !


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