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.. Un été à Cabrera

Couverture du livre Un été à Cabrera

Auteur : Pedro Zarraluki

Traducteur : Laurence Villaume

Date de saisie : 04/01/2007

Genre : Romans et nouvelles - étranger

Editeur : Plon, Paris, France

Collection : Feux croisés

Prix : 19.00 € / 124.63 F

ISBN : 978-2-259-20446-0

GENCOD : 9782259204460

Sorti le : 04/01/2007

Julien Daillière - 29/01/2007


Emmanuelle Cousin - 23/01/2007


  • Les présentations des éditeurs : 17/01/2007

Eté 1940. Leonor, épouse d'un haut dignitaire républicain fusillé à la fin de la guerre d'Espagne, et sa fille Camila sont envoyées en exil forcé sur la petite île de Cabrera, au sud des Baléares. Pour seule compagnie, elles auront une brave cantinière râleuse, son mari alcoolique, un pêcheur solitaire hanté par de lointains souvenirs, un mystérieux et séduisant ermite allemand et un détachement militaire terrorisé par une éventuelle attaque de la marine anglaise. Entre temps, à Majorque, un homme reçoit de la part des autorités l'ordre de se rendre à Cabrera pour exécuter une mission susceptible de lui permettre de racheter les fautes de son troublant passé.

Un été à Cabrera est une ode splendide à l'énergie inépuisable avec laquelle les femmes et les hommes se relèvent après les coups cruels infligés par le destin.

Pedro Zarraluki est né à Barcelone en 1954. Il est l'auteur de deux livres de récits et de plusieurs romans, dont El Responsable de las ranas (L'Abbaye des grenouilles, Belfond 1993), récompensé par le Prix de la Ville de Barcelone. Un été à Cabrera a été couronné par le prestigieux Prix Nadal, équivalent du Concourt, en 2005. Son oeuvre a été traduite en sept langues.



  • La revue de presse Christophe Mercier - Le Figaro du 8 février 2007

Le roman de Pedro Zarraluki procède par juxtaposition de scènes brèves, tour à tour consacrées aux différents personnages, et qui dessinent une chronique de la vie dans le hors monde qu'est cette île isolée, qui vit au ralenti. On ne peut qu'être sensible à la générosité du regard du romancier, qui ne condamne aucun de ses antihéros, qui offre à chacun, même aux plus odieux, l'occasion de se racheter, de se montrer, un instant au moins, sous son meilleur jour. Ce beau livre d'une écriture très sobre, souvent oppressant, parfois cru et troué d'éclairs de violence, est finalement un livre d'espoir, et de foi dans l'humanité, dans les ressources insoupçonnées des hommes alors qu'ils croient avoir atteint le fond du trou.


  • Les courts extraits de livres : 17/01/2007

Leonor Dot sortit une chaise sous le porche et resta assise un long moment, les mains posées sur les genoux et le regard perdu sur le paysage dérisoire de l'île. Ses souvenirs l'assaillaient comme de tristes rengaines, mais elle s'efforçait de s'adapter à sa nouvelle situation. Elle s'en était toujours sortie, même dans les pires conditions. Leonor Dot se disait que, une fois la guerre terminée, tous les Espagnols, qu'ils se retrouvent dans les inquiétants recoins de l'exil ou qu'ils fassent partie de ces centaines de milliers de reclus dans l'attente d'un pardon incertain et cruel - y compris ces privilégiés du nouveau régime qui essayaient, dans le mince espoir de reprendre une vie normale, de redonner du lustre aux oripeaux de la misère -, tous les survivants de la guerre civile, en définitive, tôt ou tard, feraient comme elle : ils s'assiéraient dans un coin pour se reposer un peu et laisseraient passer le temps. Voilà ce qu'elle devait faire, laisser le temps passer et profiter de la relative tranquillité que Cabrera pouvait lui offrir. Le monde était entré dans une nouvelle guerre, et cette île, aussi inhospitalière fût-elle, semblait un endroit sûr pour garder sa fille saine et sauve en attendant des jours meilleurs.
Camila, qui se tenait derrière elle, pensait que sa mère restait sans réaction. Cela valait mieux que de la voir pleurer. Elle décida donc de ne pas la déranger. Elle essuya son doigt taché de suie sur les herbes qui envahissaient l'entrée et ouvrit la valise que Leonor avait laissée par terre. Elle y trouva quelques sous-vêtements, le strict nécessaire, un manteau qui lui appartenait et qu'elle regarda avec répugnance parce qu'il était trop petit, et quatre livres recouverts avec des pages de Solidarité nationale. Elle les feuilleta et en choisit un, Lumières de bohème, de Valle-Inclán ; son père y avait souligné les passages qui lui plaisaient. Elle s'allongea sur un des vieux lits et se mit à lire les phrases soulignées, sans les comprendre vraiment, puis finit par s'endormir. Lorsqu'elle se réveilla, les mots encore sur les lèvres, le soleil déclinait et sa mère avait gardé la même position. Le silence était si lourd qu'elle en eut des palpitations et ressentit une peur étrange, cette peur douce qui ressemble tant à un mal-être de l'âme.


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