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Auteur : Bernard Cottret
Date de saisie : 11/01/2007
Genre : Histoire
Editeur : Tallandier, Paris, France
Prix : 25.00 € / 163.99 F
ISBN : 978-2-84734-262-8
GENCOD : 9782847342628
Sorti le : 11/01/2007
Alban Guyon - 15/03/2007
Charlotte Thomas - 12/02/2007
L'Angleterre n'est pas une île.
Elle occupe la partie méridionale d'un archipel, dont elle a, lentement, méthodiquement, effectué l'exploration et la conquête, au terme d'une histoire pluriséculaire. C'est chez leurs voisins les plus proches - les Gallois, les Ecossais, les Irlandais - que les Anglais ont fait l'apprentissage des mondes lointains. Poursuivant sa quête impériale pour s'étendre jusqu'aux confins du globe, l'Angleterre, " voisine d'aucun par la terre " est devenue, au cours des âges, " la voisine de tous par la mer.
" Ainsi Bernard Cottret résume-t-il cette longue mutation, qui a commencé voici près de mille ans, avec la chevauchée d'un prince venu de Normandie, Guillaume le Conquérant. Depuis lors, l'histoire a mêlé les destinées de l'Angleterre et de la France, pour le meilleur et pour le pire. Longtemps, malgré ou à cause des crises internes qui la secouèrent, comme la guerre des Deux Roses ou le schisme fondant l'anglicanisme, le royaume fut à la pointe des avancées de l'histoire : Le Parlement, la Réforme, la Révolution, le régime constitutionnel, l'industrialisation, la décolonisation, autant d'étapes franchies avant les autres Etats.
De là l'originalité qui a toujours marqué l'identité britannique, et que les Français, généralement, ignorent ou perçoivent mal. Bernard Cottret, dans une approche originale elle aussi, parfois personnelle et jubilatoire, insistant sur les points cruciaux, s'arrêtant sur les épisodes et des personnages à ses yeux significatifs, offre la synthèse brillante, limpide et accessible que l'on attendait.
Bernard Cottret, membre senior de l'Institut universitaire de France, enseigne l'histoire des civilisations anglo-saxonnes à l'université de Versailles-Saint-Quentin. Moderniste internationalement connu, spécialiste des cultures anglaise et américaine, et aussi du protestantisme, il a publié des biographies de Calvin et de Rousseau, d'Henry VIII et de Cromwell, et des essais sur l'édit de Nantes et la Réforme protestante.
L'Angleterre est notre double. Ce qui fait, au fond, de cette Histoire un essai très actuel sur cette «colonie française qui a mal tourné», selon la boutade de Clemenceau.
Reconnaissons-le, l'histoire anglaise reste généralement négligée. On croit y voir à l'oeuvre la victoire sordide des intérêts et de la finance. Certes. Mais encore convient-il de comprendre pourquoi et comment les Anglais sont arrivés à ce résultat qui est aussi (y a-t-il un lien ?) celui de la liberté politique. Bernard Cottret rappelle que l'histoire de la liberté tient beaucoup aux circonstances...
On ne peut que louer Bernard Cottret d'avoir insisté sur les origines lointaines de l'Angleterre. Par une dérive intellectuelle de plus en plus répandue, les esprits pressés pensent que seuls les événements les plus proches de nous ont de l'importance...
L'Angleterre est notre double. Ce qui fait, au fond, de cette Histoire un essai très actuel sur cette «colonie française qui a mal tourné», selon la boutade de Clemenceau.
LA FÉODALITÉ, CONTINUITÉS ET RUPTURES
«La monarchie s'est conservée en France et en Angleterre, à l'époque où la réorganisation de la société politique dans les formes seigneuriales et féodales semblait la condamner à dépérir.»
Ch. Petit-Dutaillis
La conquête de l'Angleterre, rupture ou continuité ? Faut-il parler de «révolution féodale» ou de «mutation» ? Peut-on aller jusqu'à évoquer une «colonisation» de l'Angleterre par les Normands ? Guillaume distribua à une trentaine de fidèles, d'extraction picarde, normande, bretonne ou mancelle, devenus tenentes in capite, les plus grands fiefs saisis sur les Saxons. À leur tour, leurs compagnons reçurent des terres en fiefs de chevalerie - knight's fees. Par son caractère systématique, et quasi systémique, la conquête de l'Angleterre fournit l'une des formes les plus exemplaires de la féodalité. Féodalité : autre terme sur lequel Marc Bloch s'était prononcé, toujours dans un sens comparatiste. La féodalité s'applique à la France et à l'Angleterre du Moyen Âge. La seigneurie désigne à la fois une «entreprise économique» et une forme de «souveraineté», doublées de tout un appareil symbolique. Chaque manoir était doté de sa Court baron, pour les hommes libres, et de sa Court customary, pour les vilains. Au-dessus de ces cours, la Court leet où le seigneur jugeait au nom du roi.
«Être l'homme d'un autre homme : dans le vocabulaire féodal, il n'était point d'alliance de mots plus répandue que celle-là, ni d'un sens plus plein.» Entre ces hommes, l'un qui sert, l'autre qui commande, la cérémonie de l'hommage. Elle unit un seigneur à son feudataire. L'octroi d'un fief par le roi était directement lié désormais à la notion de service armé, ce «service d'ost» auquel les Normands se montraient tellement attachés. Pareillement, les seigneurs devaient protéger leurs paysans, qui leur permettaient en retour de s'équiper, par le fruit de leur labeur. Tout tenait à cet échange. L'ensemble de la société était concerné; cette conception contractuelle s'étendait du roi jusqu'aux plus humbles, en passant par une aristocratie guerrière, dominante et dominatrice. La terre était la source du pouvoir et de l'autorité; autour de 1100, une génération à peine après la conquête, «toute terre était détenue en Angleterre en échange d'un service, que celui-ci fût ou non directement lié à la guerre». Les fiefs étaient des concessions de terre ou de revenu, à charge de service militaire ; les plus importants de ces fiefs étaient les baronnies, tenues directement du roi. Limitées à un seul comté, elles se transmettaient généralement de façon indivise ; à côté de ces géants, une poussière de fiefs de chevalerie, entre 30 et 60 000, d'un rapport relativement modeste.
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