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Auteur : Theodor Wiesengrund Adorno
Traducteur : Hélène Frappat
Date de saisie : 18/01/2007
Genre : Anthropologie
Editeur : Allia, Paris, France
Prix : 25.00 € / 163.99 F
ISBN : 978-2-84485-233-5
GENCOD : 9782844852335
Sorti le : 18/01/2007
Parues en 1950 aux États-Unis, ces Études sur la personnalité autoritaire constituent la dernière grande oeuvre d'Adorno à n'avoir pas été traduite en français. L'ouvrage a pu être écrit grâce à l'American Jewish Committee, qui finança une vaste enquête sociologique, Studies in prejudice, destinée à évaluer et comprendre les préjugés raciaux, en particulier l'antisémitisme, dans la société américaine. Adorno part de l'hypothèse que les convictions politiques, économiques et sociales d'un individu forment un modèle cohérent, comme si elles étaient reliées par une «mentalité» ou un «esprit» qui est l'expression profonde de sa personnalité. Il s'attache moins aux activités ouvertes des fascistes déclarés, qu'à chercher à comprendre comment certaines structures mentales conduisent à la formation de cette «personnalité autoritaire», qui contient potentiellement le fascisme en germe. C'est une véritable «psychologie du fascisme et de l'antisémitisme» qu'il dessine, décrivant le terrain mental et sociologique favorable à l'implantation des idées antidémocratiques. S'appuyant sur des sondages effectués sur plus de 2000 personnes choisies dans toutes les couches de la société, et à l'aide de différents questionnaires qu'il a lui-même rédigés, de tests, d'échelles permettant de mesurer l'ethnocentrisme, le conservatisme et l'antisémitisme des sujets interrogés, Adorno dresse un tableau effrayant de la société américaine, qui cache derrière son apparente rationalité un abîme de préjugés et de stéréotypes.
Mais l'ouvrage est évidemment bien plus qu'un extraordinaire document. Il constitue l'analyse la plus profonde et la plus précise des conditions, qui, en chacun de nous, en toute époque et en tout lieu, sont susceptibles de mener au fascisme (au sens le plus large du terme). En ce sens, il reste plus actuel et nécessaire que jamais.
L'ouvrage de Theodore W. Adorno paru en 1950 n'a rien perdu de sa pertinence quand il dresse les portraits psychologiques de ceux séduits par le totalitarisme. En ces temps de polémique sur Heidegger, la lecture de Theodore W. Adorno offre un souffle d'air pur. Elle vient rappeler l'importance de la personnalité de chacun, que ce soit dans l'émergence du fascisme ou, au contraire, dans son combat. En le lisant, on se dit que le projet heideggerien de penser «contre l'humanisme» n'est probablement pas la seule voie, loin s'en faut, pour éviter les désastres de la Modernité.
Voici, rédigé aux Etats-Unis dans les années 1940, un document exceptionnel sur les causes de l'antisémitisme, du préjugé racial et du sentiment antidémocratique...
Peu de textes laissent une empreinte aussi profonde que ces «Etudes», d'un pessimisme total et d'une actualité stupéfiante. Laissant provisoirement de côté leur approche marxiste des préjugés de classe, Adorno et son équipe s'appuient ici sur un mélange de freudisme et de psychologie audacieuse pour comprendre dans quelles économies intimes viennent s'inscrire la phobie des «nègres» et de leur vie sexuelle, la fixation sur le trop d'impôts, la hantise de l'alcool ou encore des syndicats, et bien sûr l'agressivité antisémite plus ou moins inhibée. Surtout, ils établissent entre ces éléments des connexions originales permettant de dégager des syndromes types.
Ainsi l'«autoritaire» montre-t-il une forte propension à voir le Juif en substitut du père haï, assumant à un niveau fantasmatique des qualités de froid dominateur, et même de rival sexuel. Il s'éloigne ainsi du «conventionnel», où le stéréotype anti-minorités apparaît plus comme un moyen de réassurance sociale que comme une façon de canaliser des pulsions ambivalentes. Au sommet de la fameuse «échelle F» identifiant la disposition fasciste, on trouve le «manipulateur». On y croise de «nombreux hommes d'affaires», souligne non sans humour Adorno, et «Himmler pourrait en être le symbole».... Une philosophie inédite de la bêtise s'esquisse aussi, le «préjugé» relevant souvent moins pour Adorno de la limitation mentale proprement dite que d'un stratagème plus ou moins efficace pour contenir de graves conflits intérieurs...
Rendre disponible en traduction les contributions d'Adorno aux Etudes sur la personnalité autoritaire (publiées aux Etats-Unis en 1950), c'est plus que mettre entre les mains du public français un des "classiques" de la sociologie. C'est surtout lui proposer des outils, certains surannés, d'autres toujours utiles, pour résoudre une énigme : la transformation d'une société démocratique en son contraire, le "fascisme". Car ni le contexte socio-économique ni l'audace d'un groupe de militants politiques décidés à conquérir le pouvoir, ne suffisent à l'expliquer...
Par ces Etudes, Adorno tentait, non sans nuances, de faire le lien entre l'antisémitisme et les sentiments antidémocratiques. Sartre s'était-il montré plus lucide quand il déplorait, sans enquête, formulaires ni "échelles" de mesure, que les juifs eussent avec les fascistes des ennemis implacables et dans les démocrates, de faibles défenseurs ? Une faiblesse qui est peut-être le vrai terreau du "préjugé".
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