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.. Fin de siècle

Couverture du livre Fin de siècle

Auteur : Jean-Edern Hallier

Date de saisie : 10/01/2007

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Albin Michel, Paris, France

Prix : 23.00 € / 150.87 F

GENCOD : 9782226176707

Sorti le : 10/01/2007

  • Les présentations des éditeurs : 09/06/2009

En janvier 1980, Jean-Edern Hallier (1936-1997) embarquait pour l'Irlande afin d'y écrire Fin de siècle, ce «roman de nos modernités». Entre Bangkok, le Cambodge et l'Irlande, guerre civile, humanitaire et mégalomanie, s'y heurtent toutes les cultures, les mentalités et les mythologies. Pour tenter d'y décrypter le sens de notre destinée.

«À l'heure où les boat people traversent encore la mer de Chine, mon impossible gageure c'est de réussir à halluciner l'histoire immédiate», confie-t-il dans son Journal d'exil inédit, postface de ce roman flamboyant qui est aussi le récit d'une passion torride et sulfureuse.


  • Les courts extraits de livres : 20/01/2007

A demi paralysée, ses trois doigts se refermant sur le vide, la main de mon père me protégeait toujours de la chiourme honteuse qui me saccageait l'âme. Ses serres d'oiseau de proie déplumé, je les contemplais en éprouvant un singulier sentiment de sécurité, comme s'il tenait encore à lui de la soulever, pour suspendre une menace, ou pour me gronder. Vieil enfant prodigue, en l'égoïsme sourcilleux de mes phantasmes, je revenais irrégulièrement à Veuzit, la demeure familiale...
Que me disait cette main ? Quand elle s'agitait faiblement, elle traçait ses lettres de sourd-muet en l'air, ces runes, cet immémorial code dactyle, où je déchiffrais au temps retrouvé de ma piété filiale, ces mots :... tu es poussière, et tu retourneras à la poussière. Oh ! dérisoire motte de boue, née des oeuvres de mon père ! «Un seul homme ne peut produire l'histoire d'un peuple, expliquait-il, mais tous les hommes.»
Tout n'est-il pas contenu en un seul livre, et qui les contient tous ? Le chef-d'oeuvre universel, c'est la Bible, toujours à sa portée, posée sur la tablette de merisier. Du moins, était-ce là l'opinion de mon père, avant de sombrer dans le mutisme.
Sur la reliure pleine peau de l'ouvrage, aux pages écornées, qu'il avait si longtemps consulté jadis, s'attardait l'empreinte de cette main paternelle, ombre portée, duveteuse, aile douce de chair, entre chiens et loups, vie et trépas, incapable de s'envoler, au souvenir d'un ultime battement de vie. L'ombre s'était pétrifiée, sur la couverture, tandis qu'en un pur automatisme musculaire, les doigts s'agitaient parfois faiblement, comme s'ils se souvenaient eux-mêmes d'avoir à reprendre l'Ancien Testament, et à en feuilleter les versets.
Qui lui en aurait fait la lecture, pour meubler ses heures vaines ? Ou, inversement, à qui la lirait-il, s'il en était encore capable ?


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