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La voir si proche de moi me donne envie d'oublier que cette main qui balaie mon épaule s'était faufilée dans celle d'Antoine quelques minutes plus tôt. Je regarde s'envoler les grains de sable en me disant que Nadine ne serait pas capable de m'arracher mon meilleur ami. Elle n'est pas cruelle. La cruauté, c'est inné, c'est incrusté dans les os. Ça émane des pores, comme de l'ail, ça projette une odeur qu'on peut détecter de loin.
Les courts extraits de livres : 23/01/2007
Je me demande s'il serait possible de capter la vie entière sous ma plume. Si j'écrivais sans cesse pendant le reste de mes jours, qu'est-ce que je finirais par dire ? par me laisser dire ? Quelles sortes d'histoires est-ce que je m'inventerais pour faire se coucher le soleil ?
Absorbée dans ma réflexion, je fais claquer la porte en grillage derrière moi et je bondis sur la route menant à la maison de Nadine. La poussière monte sous mes pieds, se faufile dans mes narines. À bout de souffle, je ralentis en m'approchant du sentier qui donne sur sa maison. Elle est là. Oui, elle est là, au bout de ce sentier.
- Tu me cherches ?
Nadine, devant moi. Je feins de ne pas être surprise.
- Oui.
Je suis trop directe. Pourquoi ne suis-je pas plus nonchalante ? Heureusement, Nadine ne semble pas remarquer mon zèle. Elle me lance un sourire qui calme un peu ma respiration irrégulière.
- Bon, bien me voici.
Quelques secondes passent, Nadine se berce sur les talons, elle semble me considérer. Je commence à me sentir très maladroite.
C'est elle qui brise le silence :
- Veux-tu aller nager ? me demande-t-elle.
Quelle question ! La Terre est-elle ronde ?
Elle me passe un maillot de bain que j'enfile en vitesse, et nous ne tardons pas à nous mettre en route. Je découvre avec plaisir qu'elle n'est pas encore allée se baigner, faute de connaître assez bien la région pour savoir où aller. En marchant, Nadine crée entre nous un nuage de fumée. C'est un peu déconcertant. Ça brouille ma perception de la distance. Ça donne l'impression qu'elle est à l'autre bout de la planète. Je n'ai pas l'habitude de fumer, mais je lui demande de me passer une cigarette. Pourquoi pas ? Moi aussi, je suis capable de transformer mon souffle en boucane. Regarde, Nadine, regarde comme je suis dégueulasse. Je peux faire sortir de la fumée de mon nez. Comme un dragon.
Entre nos bouffées de cigarette, nous parlons d'Antoine.