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Auteur : James Meek
Traducteur : David Fauquemberg
Date de saisie : 20/06/2007
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Métailié, Paris, France
Collection : Bibliothèque écossaise
Prix : 22.00 € / 144.31 F
ISBN : 978-2-86424-607-7
GENCOD : 9782864246077
Haletant ! Dans la tradition des grands romans russes, James Meek, écossais, livre une oeuvre foisonnante, envoûtante. Sibérie. 1919. Une terre abandonnée, une ville au bout du monde gérée par des soldats tchèques au bout du rouleau, habitée par une secte religieuse ainsi qu'une jeune veuve. Les destins se croisent et s'étofferont avec l'arrivée d'un prisonnier évadé du Jardin blanc, terrible bagne où survivent les prisonniers dans des conditions effroyables. Samarin, l'évadé, sera jugé par un tribunal militaire fort arbitraire et y fera le récit de son évasion en compagnie d'un cannibale. James Meek signe dans ce récit d'évasion des pages exceptionnelles d'intensité dramatique.
Original, fort bien construit, inventif, ce roman décortique, entre dans l'âme humaine pour en extraire les pires sentiments. La violence humaine dans les relations surgit à chaque page. Le pire de chaque être est mis en exergue. La peur est prenante. Ce roman est imprévisible.
1919. Sibérie. Le long de la voie du Transsibérien, Jazyk occupée par une légion tchèque, attend l'offensive des rouges. La ville est dominée par une secte religieuse sous la conduite de Balashov. Arrive Samarin. Il sort de la forêt et raconte s'être évadé d'un bagne et être poursuivi par un cannibale. Anna Petrovna, une jeune veuve, s'intéresse à ce nouveau venu. Un shaman de la région est assassiné et la peur et la folie s'abattent sur la ville. Le pervers capitaine Matula rêve de fonder un royaume dans ce bout du monde glacé, nomme un tribunal pour juger Samarin et affronte Mutz, le lieutenant plein d'humanité. Dans une grange piaffe un étalon noir. Les rouges arrivent.
Des personnages exceptionnels d'intensité et de grandeur. Et J. Meek combine avec un exceptionnel talent de conteur le charme des grands romans russes au rythme d'un thriller moderne.
«Un roman de premier ordre et peut-être suis-je en dessous de la vérité.»
Jim Harrison
«Envoûtant. [...] Vraiment un grand livre.»
Irvine Welsh, The Guardian
«Le meilleur livre et le plus original que j'aie lu depuis des années.»
Louis de Bernières
Best-seller en Grande-Bretagne et aux États-Unis, ce roman traduit dans 27 pays sera adapté au cinéma par Johnny Depp.
James Meek est né à Londres en 1962 et a grandi à Dundee. Grand reporter depuis 1985, il a vécu en Russie de 1991 à 1999. Il vit actuellement à Londres et collabore au Guardian, à la London Review of Books et à Granta.
Certes, l'auteur, James Meek - l'Ecossais de Dundee ? - a été grand reporter en Russie pendant huit ans. Cela n'explique cependant ni l'inspiration fulgurante ni le souffle de folie qui l'animent...
Chacun dévoile à sa guise telle ou telle facette de sa personnalité et dissimule certains de ses actes. Le diable, jamais à court d'apparences, rôde sans doute en ces immensités neigeuses qui serviront plus tard de décor aux goulags. Le roman de James Meek, qui sera bientôt adapté au cinéma par Johnny Depp, est une puissante réflexion sur la machine à détruire qu'est l'homme, dans sa folie sanguinaire comme dans sa quête d'inaccessible paradis.
Tout l'art de James Meek est dans ce mélange d'horreur et de sentiment, d'histoire et de mythe. S'inspirant d'un fait réel, il décrit un minuscule empire en pleine déliquescence, cerné par la neige et la guerre. Cannibalisme, émasculation, massacres d'hommes et de chevaux, assassinat d'un shaman à trois yeux... : Meek ose tout, emporté par une écriture explosive et un sens de la mise en scène qui glisse hardiment de l'épopée à l'intimisme. Un acte d'amour n'est pas simplement un hommage au roman russe, mais une oeuvre à la croisée des genres : formidable récit d'aventure en rouge sang, thriller où les criminels peuvent être des idéalistes, oeuvre historique et philosophique qui s'interroge sur le sens du sacrifice.
N'hésitons pas à le proclamer : voici le premier western russe. Docteur Jivago revisité par le lieutenant Blueberry. Ou Au coeur des ténèbres adapté par John Ford. La taïga a remplacé le territoire navajo; le Transsibérien de Cendrars, le petit train de Durango... On comprend pourquoi Un acte d'amour fut encensé par Jim Harrison lors de sa publication aux Etats-Unis - et aussitôt préempté pour le cinéma par Johnny Depp. Ecrit par l'ancien correspondant du Guardian à Moscou, ce roman d'aventures renouvelle le genre. Résultat : 200 000 exemplaires écoulés dans ses 27 traductions !
Manière de voir, en effet. Le livre est découpé, non pas en chapitres, mais en séquences, James Meek connaît le cinéma. Séquences dont j'aime les titres, eux aussi secs et amples : «Samarin», «Mutz», «Anna Petrovna», car le livre entonne avec l'apparition des personnages, et puis «Le fleuve», «Dedans», «Dehors», ou «Le paradis obscur». Le champ s'est élargi, mais les personnages, leurs turbulences, leur solitude, se dessinent avec précision sur le blanc de la Sibérie...
L'écriture de Meek est-elle pour autant entièrement du côté des «événements qui arrivent» ? Ce serait oublier les chevaux qui transportent le récit, leur irruption merveilleuse et leur mort poignante dans les combats sanglants des hommes ; et surtout la présence lancinante du shaman qui ne porte pas d'autre nom que «Notre-Homme», le shaman borgne et voyant, comme peut-être, secrètement, tout homme. À la fin sa dépouille et celle du cheval enveloppées d'écorce de bouleau se balanceront dans le vent à la cime d'un mélèze : honneur aux morts qu' Un acte d'amour, l'écriture ardente de ce roman visionnaire, tout entier ample et sec, somme de ne pas disparaître et plus encore de se métamorphoser.
Tous les quatre ont un point commun : ils croient à l'amour, mais les définitions qu'ils en donnent divergent tragiquement... C'est sur ce dramatique malentendu que repose le roman, où l'on découvre tour à tour une méditation sur la confusion amoureuse, une fresque politique, un tableau d'un empire déchiré et, surtout, une autopsie des trois grandes maladies de la civilisation - la guerre, le terrorisme et le fanatisme. Sans doute très influencé par les grands classiques russes, Dostoïevski en tête, Meek surprend par l'intensité philosophique de ses analyses. Tout en restant un intarissable conteur.
Et si l'on pense parfois à Au coeur des ténèbres de Joseph Conrad ou à Apocalypse Now, l'adaptation cinématographique qu'en fit Francis Ford Coppola, à d'autres moments, ce sont davantage des passages du Docteur Jivago de Pasternak ou d'Une journée d'Ivan Denissovitch de Soljenitsyne qui reviennent en mémoire. Magnifiquement écrit (et remarquablement traduit par David Fauquemberg), ce "roman russe" se lit d'une traite à la manière des grands thrillers anglo-saxons...
Roman d'action captivant, récit historique, réflexion politique, Un acte d'amour est aussi un livre hanté par l'énigme du sentiment amoureux. Amour entre deux individus - tandis qu'Anna cherche à comprendre ce qui a pu défaire l'amour que son mari avait pour elle, Mutz, au moment de partir enfin pour Prague, comprend qu'il lui manquera toujours quelque chose pour plaire à Anna - mais aussi l'amour de Dieu - Balachov, qui se prend pour un ange, voudrait se convaincre de l'existence d'un amour supérieur, véritable, plus grand que les individus...
L'histoire se déroule dans la Sibérie de 1919. Depuis deux ans, le pays vit à l'heure de la Révolution, et les Russes blancs, fidèles au tsar, sont en train de perdre la partie face aux «rouges» de Lénine et Trotski...
Roman historique (le premier, sans doute, à évoquer le destin de la Légion tchèque), roman d'aventure, thriller, bande dessinée (on pense à Corto Maltese en Sibérie), Un acte d'amour est un formidable hommage au grand roman russe, qui, de Tolstoï à Pasternak, a fait rêver des générations de lecteurs. Meek est un conteur hors pair. Il a le sens de l'image et son livre regorge de scènes chocs, des charges de hussards aux scènes de castration. On peut le lire comme un excellent suspens mais aussi une belle réflexion sur ces formes d'amour, de Dieu, des autres, de sa patrie, qui conduisent au sacrifice.
La mère d'Anna était terrifiée, bien au-delà des larmes, par la colère de sa fille.
La silhouette était celle d'un policier. Il demanda à Anna comment elle pensait qu'une jeune fille puisse se promener seule en ville avec un appareil photo et se mêler à la vermine la plus vile, la plus indécente et la plus déloyale à l'insu des autorités. Il ajouta que seuls des efforts surhumains de sa part avaient permis de substituer la simple destruction de l'appareil à une arrestation, un procès et un exil plus que probable.
Au cours de la nuit, quand tout le monde fut couché, Anna sortit dans le noir avec une lanterne. Quatre heures durant elle chercha dans la cour la plaque sur laquelle était imprimée l'image du cavalier. Elle ne la trouva pas. Elle ramassa le mécanisme qui contrôlait l'ouverture de l'appareil et l'emporta avec elle dans son lit, où elle passa une partie de la nuit à tendre vers la lune l'iris métallique. Elle en déployait les rabats, les refermait, si bien que tour à tour elle tenait entre ses doigts un intense point lumineux puis, l'instant d'après, distinguait la surface du satellite dans ses moindres détails.
Trois ans plus tard, Anna et le hussard se marièrent. Le banquet des noces se tint dans une clairière à l'orée de la ville où les officiers du régiment rivalisèrent d'adresse devant les invités, ramassant au grand galop des foulards posés sur le sol, chevauchant debout sur leur selle, tranchant d'un coup de sabre des melons posés en équilibre sur une perche.
En fin d'après-midi, le colonel du régiment confia à Anna :
- Madame, votre mari est un cavalier-né. Il monte à cheval comme ces Tartares qu'on attachait à califourchon sur des poneys avant même qu'ils ne sachent marcher. Il manie le sabre mieux qu'aucun soldat de la garde. Les recrues le suivront les yeux fermés. Pourtant, je me demande si vous ne seriez pas capable de le persuader d'épouser une autre carrière. Ce serait chose aisée pour une femme de votre beauté. Je ne voudrais pas être contraint de l'emmener à la guerre.
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