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Puzzle parle du souvenir, de la reconstruction des souvenirs et des combinaisons infinies que l'on peut faire avec eux. Rodolf Sirera met en interrelation trois histoires qui se passent dans trois époques différentes en Espagne : un peu avant la Guerre civile, vers 1970 et à l'époque actuelle. Une plage, un été, de nombreux étés, quelques personnages en relation avec ces époques différentes. Un fait fortuit provoque un choix qui est à l'origine d'une chaîne d'événements engendrant à leur tour de nouveaux choix. Ainsi la vie des uns, sans qu'ils le sachent, se trouve-t-elle déterminée par les choix des autres. Ces divers fragments de vie nous sont présentés en désordre, telles des pièces d'un puzzle qui peuvent s'emboîter pour former un dessin final mais seulement si l'on admet que dans cette zone imprécise du temps remémoré le hasard produit autant de coïncidences.
Mais peut-être ne s'agit-il pas de coïncidences ? Peut-être notre temps présent, le temps passé ou le futur, contiennent-ils en souvenir ou en puissance l'histoire complète du monde ? Un monde qui compose une partie personnelle et intransférable de nous-mêmes.
Les courts extraits de livres : 25/01/2007
Nous nous trouvons au bord de la mer. Une dune. Au fond, complètement à droite, la petite maison d'été qui était à gauche sur la photo : car nous voyions la mer depuis la plage et maintenant nous voyons la plage depuis la mer. Le soleil brille. Il fait chaud.
Un homme âgé, Lluis, a posé sa valise sur le sable, d'un côté de la scène. Cette valise, comme nous le verrons plus tard, contient une antique et volumineuse machine à écrire théoriquement portable.
LLUIS (Au public.) L'arrêt du tramway est loin. J'ai dû marcher longtemps, mes chaussures sont pleines de sable. Cela ne servirait à rien de l'enlever, il reviendrait aussitôt. Je ferais mieux de me reposer un peu. (Il regarde sa montre.) Encore dix minutes. (Il s'assoit sur la valise. S'essuie la sueur.) Ce n'est pas de bon ton d'arriver avant l'heure. (Pause.) Un ami m'a dit qu'un jour il m'avait vu marcher, de loin. Il a eu l'impression que je parlais tout seul. (Il réfléchit.) Il ne se trompait pas. (Pause.) Et je ne me contente pas de parler. Il m'a dit que je gesticulais aussi. La tête, les bras. Parfois je me rends compte que je suis en train de discuter avec une personne imaginaire. Ce qui m'inquiète le plus c'est que j'entends les réponses...
VOIX DE CARLOTA (Dehors.) J'ai l'impression que tu exagères un peu.
LLUIS Cela n'a pas toujours été comme ça. De temps en temps au début. Mais ça semble s'accentuer avec les années.
VOIS DE RAMON (Dehors.) Même si tu essayais, on ne peut pas changer de comportement du jour au lendemain.
Ramon et Carlota entrent en parlant.
CARLOTA Tu veux dire qu'il faut beaucoup de temps pour changer de comportement ou qu'il n'est absolument pas possible d'en changer.
Ramon hausse les épaules. Lui et Carlota regardent longuement la mer, ignorant - ils ne le voient pas - Lluis, assis sur sa valise qui nettoie cérémonieusement ses lunettes. Pause.
Ramon se baisse, prend une pierre plate et la lance sur l'eau de façon à ce qu'elle fasse des ricochets. Il la regarde s'éloigner avec satisfaction.