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Auteur : Alberto Méndez
Traducteur : Nelly Lhermillier
Date de saisie : 18/01/2007
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Bourgois, Paris, France
Collection : Littérature étrangère
Prix : 17.00 € / 111.51 F
GENCOD : 9782267018806
Sorti le : 18/01/2007
Un capitaine de l'armée de Franco renonce à gagner la guerre le jour même de la victoire. Un jeune poète, effrayé, fuit avec sa compagne enceinte et vit, en l'espace de quelques mois, une expérience vertigineuse de maturité et de mort. Un prisonnier de la prison de Porlier refuse de vivre dans l'imposture afin que son bourreau puisse être qualifié comme tel. Enfin, un diacre sensuel, qui masque sa lascivité derrière le fascisme apostolique, réclame le sang purificateur du vaincu.
Ces quatre récits subtilement liés illustrent la guerre civile et ses conséquences politiques dans la société espagnole de l'après-guerre. Tout dans ce livre est vrai, mais rien n'est certain. Une invitation à assumer l'histoire telle qu'elle est, à ne pas oublier les horreurs passées pour éviter de les répéter.
Alberto Méndez (1941-2004), fils du poète et traducteur José Méndez Herrera, est né à Rome où il a passé son enfance. De retour en Espagne, il a étudié la philosophie et la littérature à Madrid. Idéologiquement de gauche, il a très tôt milité au PCE. Parallèlement, il a créé sa maison d'édition Ciencia Nueva. Mais, elle fut fermée par le ministre de l'Information et du Tourisme, Fraga Iribarne, qui le considérait comme un «rouge dangereux». Il fut ensuite expulsé de l'Université pour avoir exprimé des protestations contre le régime. S'il ne s'est consacré à l'écriture romanesque qu'au cours des dernières années de sa vie, il a collaboré à d'autres maisons d'édition, dont les Punxes et Montena et, en tant que scénariste, à la télévision avec la réalisatrice Pilar Miró.
Les Tournesols aveugles, son seul ouvrage littéraire, a reçu un excellent accueil critique et public. Il a obtenu trois prix : le Prix Setenil (2004), le Prix de la critique (2005) et surtout le Prix national du roman en 2005, remis pour la première fois de son histoire à titre posthume.
PAGE 8
Hier j'ai enterré Elena sous un hêtre. Il est plus fragile que le chêne et plus dépouillé. Le bruit de la terre tombant sur son corps rigide et l'odeur de son corps en décomposition ont provoqué en moi des pleurs si suffocants que l'espace d'un instant j'ai cru que j'allais mourir moi aussi. Mais mourir n'est pas contagieux. La défaite, oui. Et j'ai l'impression d'être un transmetteur de cette épidémie. Où que j'aille, cela aura l'odeur de la défaite. De défaite est morte Elena et de défaite mourra mon fils, auquel je n'ai pas encore pu donner de nom. J'ai perdu une guerre et Elena, que jamais personne n'aurait eu l'idée de considérer comme un ennemi, est morte vaincue. Mon fils, notre fils, qui ne sait même pas qu'il a été conçu dans la fulguration de la peur, mourra malade de défaite.
J'ai posé une grande pierre blanche sur sa tombe. Je n'ai pas écrit son nom parce que, s'il y a encore des anges, je sais qu'ils reconnaîtront l'âme généreuse d'Elena au milieu d'une foule d'âmes généreuses.
J'essaie de me souvenir de vers de Garcilaso pour prier sur ta tombe, Elena, mais je n'ai même plus le souvenir de la mémoire. Comment était-ce ?
(Il y a plusieurs tentatives échouées de transcrire le poème, mais tout est barré, bien que soient encore lisibles les vers suivants :
Reçois les larmes qui dans cette sépulture sont versées aujourd'hui et seront versées, bien que là-bas elles te soient sans fruits, jusqu'à ce que cette éternelle nuit obscure me ferme ces yeux qui t'ont vue, me laissant avec d'autres qui te verront.)
PAGE 9
Je ne sais pourquoi j'écris dans ce cahier. Cependant je me réjouis de l'avoir emporté avec moi. Si j'avais quelqu'un à qui parler sans doute ne le ferais-je pas; j'éprouve un certain plaisir morbide à penser que quelqu'un lira ce que j'écris quand on nous trouvera morts, l'enfant et moi. J'ai mis une pierre plate sur la tombe d'Elena afin que les remords soient au nombre de trois, bien qu'ait certes passé le temps de la compassion. Il fait très froid. Bientôt il se mettra à neiger et tous les chemins d'accès à cet alpage se fermeront. (...)
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