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Auteur : Jean-Pierre Rioux
Date de saisie : 18/01/2007
Genre : Histoire
Editeur : Omnibus, Paris, France
Prix : 28.00 € / 183.67 F
GENCOD : 9782258073371
Sorti le : 18/01/2007
Jules Michelet, Tableau de la France
Victor Duruy, Introduction générale à l'histoire de France
Pavil Vidal de la Blache, La France. Tableau géographique
G. Bruno, Le Tour de la France par deux enfants
Quatre fresques pour parcourir la «douce France» dans son état d'avant les très grandes vitesses et les très hauts débits, pour y musarder comme on le faisait naguère sur les routes et les chemins creux, en train de plaisir, en tandem ou en «deuche». Pour se rappeler, sans nostalgie mais avec tendresse et espérance, «le grand et merveilleux spectacle», disait Michelet, de ce pays inlassablement sillonné et questionné par les historiens et les géographes. Dans ces quatre pérégrinations, la France n'est jamais une entité purement physique, elle est une nature recomposée par l'histoire, un lieu de mémoire accolé à un sol, prêt à accueillir des forces nouvelles pour faire face à de nouveaux défis. Un volume qui parle de paysages et de diversités, de goût et d'art de vivre en collectivité civilisée, qui s'adresse à des lecteurs d'aujourd'hui auxquels il veut redonner courage et allant.
Edition établie et présentée par Jean-Pierre Rioux
Historien de la France contemporaine, ancien inspecteur général de l'Education nationale, Jean-Pierre Rioux vient de publier Jean Jaurès, Rallumer tous les soleils (Omnibus), Au bonheur la France (Perrin) et La France perd la mémoire (Perrin).
L'histoire de France commence avec la langue française. La langue est le signe principal d'une nationalité. Le premier monument de la nôtre est le serment dicté par Charles le Chauve à son frère, au traité de 843. C'est dans le demi-siècle suivant que les diverses parties de la France, jusque-là confondues dans une obscure et vague unité, se caractérisent chacune par une dynastie féodale. Les populations, si longtemps flottantes, se sont enfin fixées et assises. Nous savons maintenant où les prendre, et, en même temps qu'elles existent et agissent à part, elles prennent peu à peu une voix ; chacune a son histoire, chacune se raconte elle-même.
La variété infinie du monde féodal, la multiplicité d'objets par laquelle il fatigue d'abord la vue et l'attention, n'en est pas moins la révélation de la France. Pour la première fois elle se produit dans sa forme géographique. Lorsque le vent emporte ce vain et uniforme brouillard, dont l'empire allemand avait tout couvert et tout obscurci, le pays apparaît, dans ses diversités locales, dessiné par ses montagnes, par ses rivières. Les divisions politiques répondent ici aux divisions physiques. Bien loin qu'il y ait, comme on l'a dit, confusion et chaos, c'est un ordre, une régularité inévitable et fatale. Chose bizarre ! nos quatre-vingt-six départements répondent, à peu de chose près, aux quatre-vingt-six districts des capitulaires, d'où sont sorties la plupart des souverainetés féodales, et la Révolution, qui venait donner le dernier coup à la féodalité, l'a imitée malgré elle.
Le vrai point de départ de notre histoire doit être une division politique de la France, formée d'après sa division physique et naturelle. L'histoire est d'abord toute géographie. Nous ne pouvons raconter l'époque féodale ou provinciale (ce dernier nom la désigne aussi bien), sans avoir caractérisé chacune des provinces. Mais il ne suffit pas de tracer la forme géographique de ces diverses contrées, c'est surtout par leurs fruits qu'elles s'expliquent, je veux dire par les hommes et les événements que doit offrir leur histoire. Du point où nous nous plaçons, nous prédirons ce que chacune d'elles doit faire et produire, nous leur marquerons leur destinée, nous les doterons à leur berceau.
Et d'abord contemplons l'ensemble de la France, pour la voir se diviser d'elle-même.
En latitude, les zones de la France se marquent aisément par leurs produits. Au nord, les grasses et basses plaines de Belgique et de Flandre avec leurs champs de lin et de colza, et le houblon, leur vigne amère du Nord. De Reims à la Moselle commencent la vraie vigne et le vin ; tout esprit en Champagne, bon et chaud en Bourgogne, il se charge, s'alourdit en Languedoc pour se réveiller à Bordeaux. Le mûrier, l'olivier, paraissent à Montauban ; mais ces enfants délicats du Midi risquent toujours sous le ciel inégal de la France. En longitude, les zones ne sont pas moins marquées.
Nous verrons les rapports intimes qui unissent, comme en une longue bande, les provinces frontières des Ardennes, de Lorraine, de Franche-Comté et de Dauphiné. La ceinture océanique, composée d'une part de Flandre, Picardie et Normandie, d'autre part de Poitou et Guyenne, flotterait dans son immense développement, si elle n'était serrée au milieu par ce dur noeud de la Bretagne.
On l'a dit, Paris, Rouen, Le Havre, sont une même ville dont la Seine est la grand-rue. Eloignez-vous au midi de cette rue magnifique, où les châteaux touchent aux châteaux, les villages aux villages ; passez de la Seine-Inférieure au Calvados, et du Calvados à la Manche, quelles que soient la richesse et la fertilité de la contrée, les villes diminuent de nombre, les cultures aussi ; les pâturages augmentent. Le pays est sérieux ; il va devenir triste et sauvage. Aux châteaux altiers de la Normandie vont succéder les bas manoirs bretons. Le costume semble suivre le changement de l'architecture. Le bonnet triomphal des femmes de Caux, qui annonce si dignement les filles des conquérants de l'Angleterre, s'évase vers Caen, s'aplatit dès Villedieu ; à Saint-Malo, il se divise et figure au vent, tantôt les ailes d'un moulin, tantôt les voiles d'un vaisseau. D'autre part, les habits de peau commencent à Laval. Les forêts qui vont s'épaississant, la solitude de la Trappe, où les moines mènent en commun la vie sauvage, les noms expressifs des villes, Fougères et Rennes (Rennes veut dire aussi fougère), les eaux grises de la Mayenne et de la Vilaine, tout annonce la rude contrée.
C'est par là, toutefois, que nous voulons commencer l'étude de la France
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