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Auteur : Martha Grimes
Traducteur : Philippe Safavi
Date de saisie : 11/01/2007
Genre : Policiers
Editeur : Pocket, Paris, France
Collection : Policier, n° 12960
Prix : 7.50 € / 49.20 F
GENCOD : 9782266162098
Sorti le : 11/01/2007
Mais où est donc passée Nell Ryder, quinze ans, cavalière émérite et petite-fille du propriétaire d'un des plus prestigieux haras anglais ? Deux ans après sa disparition, toujours aucun indice. Aucune demande de rançon. Pas de corps. Toute sa famille a perdu l'espoir de la retrouver, sauf son oncle, Vernon Rice. Cette affaire fascine d'autant plus Melrose Plant que le père de la jeune fille est Roger Ryder, le médecin de Richard Jury au Royal London Hospital. Pour ce dernier, résoudre cette énigme est presque un baume apaisant, une affaire pour tuer le temps entre deux rendez-vous avec son exécrable infirmière. Mais pour la police de Cambridge, l'enquête est on ne peut plus close. C'est compter sans la ténacité légendaire du duo le plus flegmatique de ScotlandYard...
«(...) dépaysement assuré, humour noir en prime (...) suspens, raffinement et désinvolture.»
S. des H. - Valeurs Actuelles
Tous les grands succès de Martha Grimes sont chez Pocket
Vingt mois plus tard
Melrose Plant examina les alentours plutôt sinistres du pub The Grave Maurice et se demanda s'il était fréquenté par le personnel du Royal London Hospital, de l'autre côté de la rue. Apparemment, il leur servait de cafétéria annexe car il reconnut un des médecins à l'autre bout du bar.
Alors qu'il se trouvait toujours sur le pas de la porte, le médecin finit son demi d'une traite, attrapa son manteau et se dirigea vers la sortie. Parvenu à la hauteur de Melrose, il le salua d'un bref signe de tête en esquissant un vague sourire, comme s'il cherchait à le remettre.
Melrose s'installa au bar, à la place que l'autre venait de libérer, comblant le vide. Il remarqua une femme non loin, une vraie beauté - rayonnante, brune, hautes pommettes. Il ne pouvait distinguer la couleur de ses yeux sans avoir l'air de lorgner mais ils étaient grands et écartés. Elle discutait avec une autre femme aux cheveux blond foncé. Celle-ci tournait le dos à Melrose et buvait une boisson pâle, probablement du chardonnay, breuvage dont l'omniprésence, tout comme les innombrables bars à vin qui essayaient de vous en refiler, laissait Melrose perplexe. La brune, Dieu merci, buvait une brune, comme il se doit. Un bon point pour elle. Le barman, un Indien barbu, posa à Melrose une question absconse dont il supposa qu'elle devait signifier «Qu'est-ce que ce sera pour vous ?» mais qui, inexplicablement, semblait contenir le mot «drogue», ou «dogue», comme dans «Vous prendrez bien un peu de drogue ?», ou encore «Alors, on promène son dogue ?». N'ayant pas de dogue, Melrose commanda une Old Peculier.
The Grave Maurice n'était pas loin de ce qu'on pourrait qualifier de «bouge». Melrose regarda autour de lui en évaluant les lieux, satisfait. Pour une raison étrange, il aimait bien les bouges. Il s'y sentait chez lui.
La brune haussa légèrement les épaules, non pour relativiser l'importance de ce qu'elle venait de dire mais plutôt dans un geste de lassitude. Peut-être une lassitude devant le malheur. Si elle était médecin elle aussi, cela se comprenait.
Puis elle dit :
-... son frère était mon... tué...
La blonde émit un son de compassion.
- C'est affreux. A-t-il...
Si seulement elles pouvaient cesser ça, parler distinctement pour murmurer l'instant suivant ! Melrose, tout en se répétant qu'il n'entendait leurs bribes de conversation que malgré lui, aurait naturellement pu prendre sa bière et aller s'asseoir à une table. Il l'aurait sans doute fait si elles avaient remarqué sa présence, si près derrière elles. Mais il était trop intrigué par ce qu'elles avaient à dire sur la fille du médecin. Cela semblait fascinant. Ce «pauvre vieux» laissait présager un drame et il en raffolait. Les histoires tristes des autres vous rendaient heureux d'être vous-même et pas eux. Oui, c'était plutôt morbide.
Puis il entendit quelque chose à propos d'une assurance et la brune se mit à parler d'Amérique du Sud et d'un climat plus chaud.
Elle semblait projeter un voyage, ce qui n'intéressait pas du tout Melrose. Il voulait en savoir plus sur la personne disparue. De temps en temps, la blonde se tournait pour reprendre sa cigarette dans le cendrier sur le bar et il pouvait presque capter plusieurs phrases d'affilée.
-... la fille du docteur ? La brune acquiesça.
- Oui. Pour lui, ça ne finira jamais... Il ne pourra jamais faire son deuil.
- Je déteste cette expression, dit la blonde avec un petit rire.
(Melrose était prêt à l'épouser sur-le-champ. Il applaudit intérieurement. Lui aussi, il l'avait en horreur.)
- Je veux juste dire que ce n'est pas terminé, que ça reste en suspens.
La blonde n'était pas d'humeur pour une discussion sémantique. Elle descendit de son tabouret en disant :
- Ça ne l'est jamais, de toute manière.
- Quoi donc ? demanda la brune.
- Terminé. Tout reste toujours inachevé.
- Peut-être. Pauvre Roger, soupira la brune.
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