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Auteur : I. Allan Sealy
Traducteur : Dominique Vitalyos
Date de saisie : 30/01/2007
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Fayard, Paris, France
Collection : Littérature étrangère
Prix : 28.00 € / 183.67 F
GENCOD : 9782213622699
Sorti le : 17/01/2007
Par un petit matin frais de 1799, Justin Aloysius Trottoir, dit Trotter, s'installe dans sa montgolfière, muni d'un astrolabe, d'un télescope, d'un gypsonomètre et... d'un pigeon rôti. Quelques instants plus tard, pris par un vent mesquin, l'engin s'écrase au sol et Justin y laisse la vie. Ainsi s'éteint le Grand Trotter, fondateur de la dynastie du nom, cet aventurier natif de Marseille et maître de Sans-Souci, un immense palais baroque dominant la ville de Nucklow dans le nord de l'Inde.
Sept générations après l'arrivée de son aïeul en Inde, Eugène Trotter, faussaire tonitruant, entreprend de redonner à sa famille aujourd'hui ruinée son lustre d'an-tan et relate, avec brio et fantaisie, les destins tous plus extravagants les uns que les autres de ses ancêtres : depuis l'illustre Justin, qui bâtit l'empire familial sur le commerce des armes et de l'indigo, en passant par Mik, devenu bleu à force de baignades dans les cuves de Sans-Souci, jusqu'à Philippa Trotter, qui réalisa l'exploit de tomber enceinte en pensant (avec une rare intensité, il est vrai) à l'Angleterre...
Le récit d'Eugène, entrecoupé d'intermèdes poétiques et farfelus, clame au monde ce que fut la gloire d'être un Trotter, piégeant le lecteur dans les tours et détours de cette fresque baroque d'une puissance inouïe qui fait irrésistiblement penser à Laurence Sterne.
Irwin Allan Sealy est né en 1951 au nord de l'Inde. Il a étudié à Lucknow, au lycée La Martinière, fondé selon les voeux de Claude Martin. Ce mercenaire français, établi en Inde au XVIIIe siècle et devenu un véritable nabab, consacra son immense fortune à l'édification de lycées en Inde et en France. C'est lui qui servit de modèle au héros du Trotter-Nama.
Parue originellement en 1988, cette oeuvre hors du commun a rencontré un immense succès critique et public dans le monde anglo-saxon. Considéré comme l'un des plus importants romans indiens publiés depuis trente ans, Le Trotter-Nama s'est imposé comme un classique, étudié dans les universités américaines et britanniques.
(INTERPOLATION)
D'un supposé peintre, un dénommé Zoffanij
Deux autres portraits du Grand Trotter existent, tous deux peints à l'huile par l'homme plutôt menu qu'était Zoffanij. Ce que ses contemporains ont vu en lui, je l'ignore, mais il paraît qu'ils faisaient la queue pendant plusieurs heures devant son atelier, ainsi que des dames de qualité. Bon, moi aussi, j'ai mes admirateurs - mais jetons plutôt un regard objectif à ces portraits.
Le premier nous présente un Justin fragile, perdu au milieu d'une multitude d'hommes réunis sur les lieux d'un combat de coqs. Quelques Européens figurent au premier plan, mais la grande majorité du public est constituée d'Indiens, courtisans et parasites du Nawab dont l'auguste présence emplit le centre de la toile. On abat des enjeux, on trace un cercle, l'air s'est épaissi de poussière et de cris. Le présumé Justin est assis sur une chaise occidentale, une jambe noueuse croisée par-dessus l'autre, le visage émacié, l'air pointilleux. Est-il en train d'examiner un coq qui lui est présenté par un intendant-et-coqueleur, turc pour moitié, à la barbe filiforme, ou bien regarde-t-il simplement dans le vague en additionnant ses millions ? Ce n'est pas clair. Au premier plan, à droite, est assis un individu viril portant une espèce de moule à tarte sur la tête et des chaussures à bouts recourbés. Exsudant la santé et la prospérité, il a été sans aucun doute inspiré par le véritable Justin avant que le peintre, dans un accès de malice ou de complaisance, ne repousse le Grand Trotter un peu à l'arrière. Zoffanij en personne est représenté sur le côté, le regard atone posé sur le spectateur et désignant de la main sa propre création scénique. Affabulation romantique ! Suscitée par un envieux qui n'aperçut le Grand Trotter qu'une fois, et encore, de loin. Or, la distance n'a-t-elle pas tendance à diminuer ? Nous avons là un tableau exécuté très probablement de mémoire à Londres par le célèbre personnage au retour de son Grand Voyage en Orient. Or la mémoire n'a-t-elle pas tendance à minimiser ?
Suite du frontispice
Au-dessus du ballon, le ciel est d'abord bleu, puis, plus haut, indigo. Il n'y a pas de nuages, mais il s'en prépare un dans les couches supérieures de l'atmosphère.
Sous le ballon s'étend une plaine ocre fendue par un canal, le Ganda Nala, qui se déverse dans une large rivière, la Moti Ganga. Un petit cours d'eau sinueux, la Kirani ou Cranny, qui prend sa source dans la colline de salpêtre, se jette elle aussi dans la Moti Ganga. Sur la rive la plus proche du canal se déploie Sans-Souci, avec ses bâtiments de stuc et de grès mêlés. Sangam, son point culminant et sa gloire, est édifié avec ses tours sur une éminence artificielle. Avec, pour résultat, un évidement devenu lac ou Réservoir dans les eaux duquel Sangam se reflète. À droite des bâtiments et deux largeurs de doigts au-dessus se trouve un plateau carré de basse altitude, la colline de salpêtre. On y a monté trois plates-formes de bambou autour d'une petite aire de lancement. Au-delà, on distingue la forêt, un ruisseau, des villages, plusieurs bras morts et une large rivière. Sur l'autre rive du canal se tient la cité de Nucklow.
Oiseaux et quadrupèdes peuplent les espaces verts et la forêt. Le paon est l'un d'entre eux. Le pigeon en est un autre. La perdrix noire encore un autre. Le chien encore un autre. C'est un malin. Le tigre, un autre encore. Le dromadaire et l'éléphant en sont d'autres. Le cheval aussi.
Les arbres sont nombreux : le jamblong (Eugenia jambolana), le manguier, le goyavier, le jacquier, Vimli ou tamarin indien, le tamarin anglais, le margousier, le pipai, le palas ou «flamme de la forêt», le gulmohar ou flamboyant, le canéficier, l'oraculaire, le papayer, le bananier, l'oranger de Chine.
Les fleurs sont plusieurs : les rangées de canna, les massifs de roses, les lotus des étangs, les jonquilles, les bougainvillées, la rose de Perse, le phlox et, sur les berges de la Kirani, la rat-ki-rani ou belle-de-nuit.
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