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Auteur : Sébastien Doubinsky
Date de saisie : 04/01/2007
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : le Cherche Midi, Paris, France
Collection : Romans
Prix : 15.00 € / 98.39 F
GENCOD : 9782749107219
Sorti le : 04/01/2007
Le livre muet
Santo Domenico, petit port pittoresque d'une minuscule île de l'archipel des Éoliennes, rendue célèbre par la découverte de Césarée-la-Petite, nouvelle Pompéi surgie de terre dans toute sa splendeur.
Pour Alessandro Salomonsen, géomètre du continent chargé par l'administration de mesurer un terrain controversé, c'est surtout le lieu de sa dernière mission. Atteint d'un cancer, il se prépare tant bien que mal à l'idée de sa mort, qui l'angoisse, malgré son sens de l'ironie amère, et l'éloigné de toute considération touristique. Son séjour ne débute d'ailleurs pas sous les meilleurs auspices, son matériel ayant été par mégarde envoyé au Pirée, le condamnant ainsi à rester sur place plus longtemps que prévu. De plus, installé dans le petit hôtel tenu par la douce Mirella, il y est dérangé par une équipe de tournage, car Césarée-la-Petite a été choisie comme décor pour un de ces péplums qui reviennent au goût du jour.
Cependant, grâce à des balades en Vespa en compagnie de Stefano, le fils de Mirella, Salomonsen va pouvoir découvrir peu à peu la face cachée de l'île, dont une petite rivière où il fera une rencontre décisive - celle de Vera, femme blessée et fascinante, qui le bouleversera. Avec le jeune Stefano et la belle Vera comme guides, l'homme en fin de parcours va découvrir, dans le labyrinthe chatoyant de l'île et à l'ombre du «Vieux», le volcan éteint local source de légendes, les clefs magnifiques et secrètes d'un retour vers la vie.
Sébastien Doubinsky s'est imposé comme l'une des voix les plus originales de la littérature française. Il est l'auteur de Les Vies parallèles de Nicolaï Bakhmaltov, La Naissance de la télévision selon le Bouddha, Fragments d'une révolution (Actes Sud), Mira Ceti, Les Ombres de la croix (Baleine/Le Seuil) et La Comédie urbaine (hors commerce). Il a aussi publié une trilogie au Danemark, à paraître sous le titre The Babylonian Trilogy en Angleterre (2008, PS Publishing).
Le soleil tapait fort, mais l'air frais qui lui claquait les joues le rendait supportable. La vieille Vespa crachotait avec un bruit de tous les diables sur la petite route et le guidon tremblait de façon dramatique entre ses doigts crispés, mais cela faisait longtemps que Salomonsen ne s'était senti aussi profondément, aussi violemment heureux.
Stefano roulait à quelques mètres devant lui, indiquant parfois du bras un endroit ou une ruine quelconque à regarder. Le Vieux se découpait au loin comme la bosse d'un immense taureau bleu. La route était douce et le gravier craquait sous les roues.
Salomonsen repensa à madame DiLuca. À Mirella... Il était vrai que son prénom l'avait surpris. Il s'était attendu à quelque chose de plus mystérieux, de plus romantique peut-être, à cause de cette foutue chambre. Bah, c'était la réalité, après tout : ni Eve, ni Marie, ni Lilith - juste Mirella. Il sourit et donna un coup d'accélérateur qui arracha un râle de colère à la vieille Vespa.
«Césarée la-Petite, 1.000 m.» Le panneau venait d'être repeint. À cause du film, sans aucun doute. Il se demanda si le site allait être ouvert au public. Les grandes compagnies de production avaient certainement les moyens de louer un endroit pareil pendant quelques semaines, voire quelques mois. Sur le chemin, ils furent dépassés par de nombreuses voitures aux plaques étrangères.
Le parking était plein et visiblement le tournage du film n'avait pas entraîné la fermeture du site. Stefano se gara près de l'entrée où se pressait déjà une foule nombreuse. Salomonsen l'imita et sortit son portefeuille.
- Qu'est-ce que vous faites ? lui demanda le garçon, visiblement surpris.
- Mais je tiens à te payer l'entrée, expliqua Salomonsen. C'est la moindre des choses, vraiment...
- Payer ? Pour quoi faire ? Suivez moi...
Avant que le géomètre ait pu répondre quoi que ce soit, le garçon s'était précipité dans les fourrés épineux qui bordaient le site.
- Et voilà ! C'est beau, non ?
Salomonsen hocha la tête et s'assit à côté de Stefano. «Beau» ne signifiait rien : c'était splendide. Césarée-la-Petite brillait au soleil dans sa robe de pierre blanche. C'était une ville romaine, découverte sous la lave deux ans auparavant, comme Herculanum et Pompei. Mais à la différence de ses aînées, Césarée-la-Petite était entièrement intacte. Les villas avaient encore leurs toitures, les rues leurs pavés, les murs leurs fresques étincelantes. C'était un véritable miracle archéologique et Santo Domenico avait soudain bénéficié d'un afflux touristique considérable. Aujourd'hui, Salomonsen comprenait pourquoi : la ville était magnifique et l'omniprésence des touristes aux shorts colorés ne parvenait pas à lui enlever de sa beauté. Au contraire même, du haut de la colline où ils étaient perchés, toute cette population grouillante rendait le site vivant.
Le géomètre sortit ses cigarettes et en offrit une à Stefano, qui l'accepta machinalement. La flamme du briquet tremblota dans la chaleur. - Tu viens souvent ici ?
L'adolescent acquiesça en hochant lentement la tête.
-J'aime cette ville. J'y vais souvent la nuit, quand il n'y a personne. J'aime me baigner dans la source sacrée...
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