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Auteur : Olen Steinhauer
Traducteur : William Olivier Desmond
Date de saisie : 30/01/2007
Genre : Policiers
Editeur : L. Levi, Paris, France
Collection : Policier
Prix : 20.00 € / 131.19 F
GENCOD : 9782867464362
Mu par une logique impénétrable, le nez rivé à ses dossiers mystérieux, Brano Sev, inspecteur de la Sécurité d'État, est l'oeil du Parti au sein de la Brigade criminelle, dans la Capitale d'une république socialiste. Mais en 1966, tout ça c'est du passé pour le major Sev, impliqué dans un meurtre en Autriche. Sa hiérarchie l'expédie dans sa ville natale, pour enquêter sur un probable agent double. Cette investigation le ramènera à Vienne où, en pleine Guerre froide, se presse une nuée d'espions de tous bords. Abandonné par ses «camarades», coincé entre Est et Ouest, Brano Sev connaîtra - pour la première fois - la tentation de faire passer sa vie personnelle avant son devoir patriotique.
«Un thriller cérébral qui file à cent à l'heure, remarquable de style et de concision.»
Esquire Magazine
«Qu'il est fascinant de voir l'autre côté du Rideau de fer... Rendons hommage au talent de l'auteur, qui parvient à nous faire admirer et encourager le personnage de Sev tandis qu'il se débat dans ce thriller d'espionnage à l'intrigue habile.»
The Guardian
Olen Steinhauer, né en Virginie, vit aujourd'hui en Hongrie. C'est à Bucarest qu'il a conçu cette série policière, qui met en scène un même commissariat décrit sur cinquante ans. Après Cher camarade (également en «Folio Policier») et Niet camarade, il s'aventure avec 36, boulevard Yalta sur les terres du roman d'espionnage.
Mercredi, 8 février 1967
Parti de la Capitale au matin, il s'arrêta à Udjorod pour faire le plein, puis continua vers les montagnes en se méfiant des virages que cachaient les bouquets de pins saupoudrés de neige. Une petite valise et un porte-documents tressautaient sur le siège de passager.
Il s'appelait Brano Oleksy Sev. Agé de cinquante ans depuis un mois, il portait moins de cicatrices que ce qu'il aurait mérité et était au volant de la Trabant P50 blanche qu'il avait achetée dix ans auparavant. Il avait remplacé tellement de pièces qu'en dehors de la carrosserie et du châssis, il ne devait pratiquement plus rien rester du véhicule original. Le volant lui-même avait été changé en 1961 (le 31 octobre, le jour où l'on avait retiré le sarcophage de Staline du mausolée de la Place Rouge), après que Brano l'avait retrouvé sur ses genoux pour avoir trop tiré dessus dans un virage serré, pendant qu'il pourchassait un suspect.
À Vranov, il déjeuna dans le restaurant désert où il s'était déjà arrêté trois ans avant - c'était une étape quasi obligatoire. La serveuse, une grosse femme arborant un bec-de-lièvre, le foudroyait de regards maussades. Elle finit par se pencher sur sa table, une légère odeur de transpiration provenant de ses joues, et lui demanda s'il ne voulait pas prendre un verre avec son repas. «Nous avons le meilleur cognac de la région.»
Brano secoua négativement la tête et regarda la femme qui retournait dans la cuisine, la mine toujours renfrognée. Les doigts froids, il prit alors un dossier dans son porte-documents et l'ouvrit.
Jusqu'au mois d'août dernier, Brano avait eu le grade de major et occupé un poste au ministère de la Sécurité d'État, 36, boulevard Yalta. Mais depuis cinq mois, il était camarade ouvrier dans l'éternel vacarme de l'usine du peuple Pidkora; troisième sur la ligne de montage, il branchait des fils électriques dans des appareils de mesure pour que les machines de l'agriculture socialiste ne tombent jamais en panne. Puis, la veille, il avait senti une tape sur son épaule. Son alcoolique de contremaître se tenait derrière lui.
Quelqu'un veut te voir, Sev ! Dans mon bureau !
Le dossier contenait un bref résumé. Soroka était né en 1934 à Sanok de parents fermiers, Wladislaw et Son Soroka. On ne parlait pas de son enfance, ni du transfert de ses parents, en 1947, à la raffinerie de pétrole de Bobrka. On retrouvait Jan à seize ans parmi les Pionniers qui s'étaient rendus en délégation dans la Capitale, où ils avaient serré la main au secrétaire général Mihai et fait le tour des monuments. À vingt-trois ans, Jan avait demandé et obtenu son transfert dans cette même Capitale, où il était devenu conseiller auprès du Comité central pour l'Industrie du Gaz, dans le cadre de la réforme industrielle lancée par Mihai en 1956, quelques mois avant sa mort. Avant de disparaître, Soroka avait assisté, dans la ville d'eau de Gyula, à une conférence sur «l'avenir de l'énergie dans les Etats frères socialistes», à laquelle étaient présents des sommités, venues de tout l'Empire, dans les domaines du gaz, du pétrole et de l'énergie nucléaire. Une semaine après la fin de cette manifestation, Lia Soroka avait signalé une disparition : Jan n'était jamais retourné chez lui. Le lieutenant de la milice Emil Brod, chargé de l'enquête, n'avait rien trouvé. En dernière ligne du résumé, on lisait : Activités externes : voir rapport joint.
Le rapport de Vienne, long de cinq pages, présumait que Soroka était entré en Autriche le 21 août (soit six jours après le départ mouvementé de Brano) et faisait la liste des lieux visités par le transfuge. Liste des plus banales. Elle comprenait les sites touristiques habituels, la cathédrale Saint-Stéphane, le Kunst-historisches Muséum, le palais de Schönbrunn et les bars où l'on a des chances de rencontrer des compatriotes, le plus connu de tous étant Im Carpe, sur Sterngasse. Puis, le 25 août, un jeudi, il entra pour la première fois à l'ambassade américaine, où il resta cinq heures. Pendant ce temps, on avait fouillé sa chambre d'hôtel sans rien y trouver d'intéressant. Soroka était retourné le lendemain à l'ambassade où il n'était resté qu'une heure. Après quoi il avait été se réfugier à La Carpe et s'était enivré.
Le lundi suivant, il s'était rendu pour la première fois à la Raiffeisenbank où, d'après ce qu'avaient cru comprendre, depuis leur poste d'observation de l'autre côté de la salle, les agents qui le filaient, il avait ouvert un compte. Cette information ne fut jamais convenablement vérifiée.
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