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Auteur : Gilbert Bordes
Date de saisie : 31/01/2007
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : XO, Paris, France
Prix : 19.90 € / 130.54 F
GENCOD : 9782845632882
Sorti le : 18/01/2007
Un roman époustouflant, où l'aventure se mêle à l'Histoire à un rythme effréné.
1348. Une terrible maladie venue d'Asie ravage la France. Son nom est dans toutes les bouches : la peste noire. Annoncé par d'énormes rats noirs, ce fléau n'épargne personne, tuant dans d'atroces souffrances, même les plus robustes.
Au même moment, dans un village de Gascogne, une toute jeune femme, Eugénie d'Eauze, apprend la vérité sur sa naissance illustre : élevée parmi les paysans, elle est pourtant née des amours de l'ancienne reine de France et d'un troubadour !
Alors le destin d'Eugénie bascule : sacrifiant mari et famille, elle part reconquérir son rang usurpé et prend la tête d'une conjuration qui a juré de remettre sur le trône les vrais héritiers de la couronne.
Mais la peste, la mal-mort, semble suivre les pas d'Eugénie, tuant ses ennemis et parfois ceux qu'elle aime, à croire qu'une force surnaturelle accompagne cette jeune fille royale, qui porte en elle la beauté du diable...
Gilbert Bordes a d'abord été manoeuvre, instituteur, puis journaliste avant de je consacrer à l'écriture. Romancier des situations contemporaines, avec notamment La Nuit des hulottes (Prix RTL grand public, 1991), et Le Porteur de destins (Prix Maison de la presse, 1992), il s'est aussi révélé un grand romancier de l'Histoire avec Les Frères du diable et Les Enfants tombés du ciel. Plusieurs de se romans ont été adaptés à la télévision.
L'homme qui entra était assez grand, plutôt svelte; sa magnifique chevelure noire luisait aux chandelles comme le pelage d'un corbeau. Ses yeux clairs pétillaient de malice sous ses sourcils épais. Son visage maigre aux joues creuses, au nez saillant, à la bouche largement fendue, ses dents blanches et régulières inspiraient la confiance. Il était beau et rappelait à Francesca les bergers napolitains de sa jeunesse.
Il se précipita vers le lit, s'agenouilla et prit les mains de la malade qu'il porta à ses lèvres.
- Ma mie, ma petite reine, ma vie ! murmura-t-il en langue d'oc.
D'un geste lent, elle ordonna à ses servantes de se retirer. Francesca remonta la couverture sur les épaules de la jeune femme, jeta un regard rapide à Renaud d'Aignan qui signifiait «Surtout ne la fatiguez pas !» et s'en alla en fermant la porte derrière elle.
Clémence demanda à Renaud de glisser un coussin sous sa tête. Ses cheveux s'éparpillaient en lourdes mèches autour de son crâne large et haut.
- Mon amour, te voir en cet ultime instant me réconforte. Sois sans crainte, je comparais devant le juge suprême l'âme en paix. Nous n'avons commis aucun péché puisque nous sommes mariés devant Dieu. Les preuves de notre union, écrites et contresignées par le témoin frère Jourdan d'Espagne, sont gardées au monastère de Saint-Germain-en-Laye. Dans cette cassette, tu trouveras aussi l'acte de naissance de notre enfant, Eugénie. La preuve qu'elle est bien née d'une union légitime entre l'ancienne reine de France et Renaud d'Aignan, poète itinérant.
- Ma reine ! dit Renaud en posant son front sur la poitrine de la malade. Tu vas guérir, j'en suis certain !
Clémence secoua la tête.
Eugénie fronça les sourcils. Elle se demanda si ce chevalier qui se tenait devant elle était bien le même que celui qui l'avait regardée avec autant d'insistance pendant le tournoi de Condom. Les contours de son visage se contractèrent.
- Messire, je vous prie de vous retirer.
Rincourt s'attendait à cet accueil qui rabaissait le justicier au niveau d'un vulgaire malfrat.
- Madame, dit-il en s'inclinant, je vous prie de me pardonner. Je n'ai fait qu'accomplir la volonté du tribunal de Bordeaux.
- Assez, messire de Rincourt ! Assez de sottises ! Le tribunal ne vous a jamais ordonné de mettre à sac la place d'Eauze. Je viens d'apprendre que mon époux a pu s'échapper. J'espère qu'il reviendra bien vite avec ses alliés vous demander raison !
- Cela ne se peut. Votre époux a pris la fuite parce que je ne m'y suis pas opposé. Et il ne vous sera fait aucun mal, j'en réponds sur mon honneur.
- Votre honneur ? De quoi parlez-vous, messire ? Rincourt se tut un instant. Ce n'était pas un homme de palabres et il savait qu'il n'obtiendrait rien de cette femme
La Conjuration des Lys fière dont chaque mot le blessait à la manière d'une flèche. La fuite d'Eauze lui permettait de la garder près de lui pour assurer sa protection. Un frisson parcourait son dos. Il pensa tout d'un coup être pris par la peste, mais il se ravisa vite : dans ces murs protégés par les reliques, la maladie n'avait aucun pouvoir. Le sang battait à ses tempes. Les yeux de la femme plantés dans les siens exprimaient un rejet profond.
- Qu'on emmène ces deux gentillets, ordonna-t-il, et qu'on veille à ce qu'ils ne manquent de rien jusqu'à ce que j'envoie quelqu'un les chercher.
Eugénie se dressa devant ses enfants pour empêcher les gardes de s'approcher. Matthieu serrait les poings, prêt à se défendre.
- Personne ne me séparera de mes enfants ! hurla la mère.
Deux hommes en cotte de mailles bousculèrent Eugénie et emportèrent Matthieu et Benoît. Quand les enfants furent partis, la jeune femme se campa devant Rincourt :
- Jamais je ne vous le pardonnerai. Entendez-vous, jamais !
- Je vous prie de faire vos malles. Vous allez m'accompagner au château de Valence. Les reliques de sainte Jésabelle suivront. Vous ne risquerez donc rien de la peste.
- Et mes enfants ?
- Je ne les oublie pas !
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