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Auteur : Philippe Meirieu
Préface : Guy Avanzini
Date de saisie : 18/01/2007
Genre : Education, Pédagogie
Editeur : ESF éditeur, Issy-les-Moulineaux, France
Collection : Pédagogies
Prix : 23.00 € / 150.87 F
GENCOD : 9782710118398
Sorti le : 18/01/2007
Chacun s'accorde aujourd'hui à reconnaître que la vocation de l'École est bien de faciliter les apprentissages. Mais, pour être établi, le consensus n'en est pas moins insuffisant s'il n'est pas accompagné de l'énoncé des moyens. Apprendre... oui, mais comment ? Les enseignants et les formateurs savent bien que l'exhortation, ici, n'est d'aucun effet, aussi péremptoire soit-elle.
Avec le présent ouvrage, Philippe Meirieu poursuit et approfondit la réflexion entreprise dans L'École, mode d'emploi, mais il s'attache, plus particulièrement, à l'acte d'apprentissage... Il en débusque les représentations trompeuses, dénonce les illusions qui traînent à son sujet et tente d'établir quelques repères à partir desquels l'enseignant puisse élaborer, réguler et évaluer son action. C'est ainsi qu'il aborde aussi bien la relation pédagogique, la rationalisation didactique et les stratégies individuelles d'apprentissage. Il montre comment l'attention à ces trois dimensions permet de maintenir «l'équilibre écologique du système apprendre».
Mais l'originalité de ce livre tient aussi à sa forme : le lecteur s'y trouve mis en situation d'activité, confronté à des exercices, des récits d'expériences pédagogiques ou d'événements de la vie scolaire. A partir de là, l'auteur dégage avec lui quelques principes fondamentaux et propose toute une série d'outils qui pourront être utilisés par les instituteurs, professeurs, formateurs : des outils pour imaginer, construire et adapter une pédagogie véritablement différenciée, des outils pour pratiquer l'aide méthodologique, des outils pour travailler à la réussite de tous.
Un livre qui dépasse le clivage théorie-pratique et qui est devenu une référence pour tous les «professionnels de l'apprentissage».
Philippe Meirieu a enseigné à tous les niveaux de l'institution scolaire et a été associé à de nombreuses réflexions et réformes du système éducatif français. Après avoir dirigé l'IUFM de Lyon, il se consacre aujourd'hui à la formation des maîtres. Il est l'auteur de nombreux ouvrages de pédagogie.
Extrait de l'ouverture :
Où le héros disparaît avant même d'entrer en scène
«Où étaient mes connaissances, et pourquoi, lorsqu'on m'en a parlé, les ai-je reconnues et ai-je déclaré : Parfaitement, cela est vrai ? Point d'autres raisons que celle-ci : elles étaient déjà dans ma mémoire, mais si loin et enfouies dans de si secrètes profondeurs que, sans les leçons qui les en ont arrachées, je n'aurais pas pu peut-être les concevoir.» Saint Augustin, Les Confessions, Livre X, chap. x.
Aussi curieux que cela puisse nous apparaître aujourd'hui, il n'a pas été si facile, pour les hommes, d'admettre qu'ils puissent apprendre... Socrate, on s'en souvient, interrogeant un petit esclave sur une question de géométrie, démontrait à son contradicteur qu'il n'apprenait rien à cet homme, mais lui permettait seulement, «grâce à de simples interrogations, de retrouver de lui-même, en lui-même, la science». De toute évidence, la démonstration, pour qui prend la peine de la lire attentivement aujourd'hui, n'est pas si convaincante : le petit esclave ne s'y exprime que par monosyllabes et Socrate effectue la totalité de la démonstration sous ses yeux. Peut-être même, Ménon, l'interlocuteur de Socrate, aurait-il pu souligner que cette redécouverte - cette réminiscence, dans le vocabulaire platonicien - ressemblait fort à une manipulation et qu'elle employait des procédés rhétoriques pour emporter l'adhésion plus qu'elle n'était un véritable «accouchement»... Le petit esclave y pilote à vue, en cherchant sans doute plus à décoder les attentes de Socrate qu'à retrouver en lui-même les réponses à ses questions ; l'entretien est minutieusement réglé par le maître afin que l'élève lui renvoie, comme un miroir renvoie une image, une démonstration à laquelle, finalement, il ne prend que peu de part. La conclusion de l'entretien réfracte alors fort bien l'ensemble de la démarche :
«Socrate. - C'est la diagonale qui, selon toi, esclave de Ménon, engendre l'espace double ?
L'esclave. - C'est bien cela, Socrate.»
Je sais bien que, même si nous avons ressenti cela, même si nous avons esquissé un jour, en face d'une oeuvre d'art, l'hypothèse de la réminiscence, tout en nous se dresse contre elle ; le bon sens nous talonne : qui peut prétendre que je connaissais Rimbaud avant d'avoir lu Rimbaud, même si, à sa lecture, j'ai eu le sentiment qu'il parlait de moi, en moi, et même que c'était moi qui parlais ? Ne serait-ce pas seulement parce que Rimbaud dit, avec une intelligence et une exactitude fabuleuses, la révolte et la nostalgie, la tendresse et la peur et qu'il s'agit là de sentiments que tous les hommes, à un moment ou à un autre de leur existence, peuvent éprouver ? Mais, attention... le bon sens, si vous le suivez sur ce chemin, va vous conduire précisément où vous ne vouliez pas aller : à postuler l'existence d'un fond commun d'humanité, d'une sorte de trésor donné en partage à tous, et dont certaines stimulations artistiques viendraient nous révéler l'existence... Vous seriez presque prêt à admettre cela ? Mais ce que vous ne pouvez accepter, en revanche, c'est que cette démonstration s'applique à la connaissance, aux concepts et aux notions que nous rencontrons et qui nous permettent de comprendre le monde. Là, de toute évidence, s'agissant d'outils construits par les hommes tout au long de leur histoire, il ne peut être question de réminiscence !
Et pourtant... pourtant nous avons tous vécu cette expérience au cours de laquelle un apport conceptuel éclaire tout à coup des réalités ou des problèmes de telle manière que, là encore, nous sommes tentés de dire : «C'est donc cela ; je l'avais éprouvé, mais je ne parvenais pas à le formuler.» Qui a l'habitude de l'enseignement philosophique, voire, simplement, une pratique de formation, sait que, d'une certaine manière, on n'apprend bien à quelqu'un que ce qu'il sait déjà, qu'un discours théorique efficace «prêche toujours, de quelque manière, à des convaincus». Car un «bon concept», c'est précisément ce qui éclaire mon expérience, me permet de l'organiser, la comprendre, la maîtriser, et non ce qui m'impose du dehors d'y renoncer ou complique artificiellement mes problèmes.
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