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Auteur : Jean-François Sauverzac
Date de saisie : 05/02/2007
Genre : Psychologie, Psychanalyse
Editeur : Aubier, Paris, France
Collection : Psychanalyse
Prix : 22.00 € / 144.31 F
ISBN : 2-7007-2429-1
GENCOD : 9782700724295
Sorti le : 26/01/2007
Freud a découvert des espaces inconnus où glissent et s'entrechoquent des icebergs immobiles, oscillant dans un temps qui ne passe pas : l'inconscient. Il a inventé une méthode pour en explorer les profondeurs, un discours pour le présenter. Formulant les règles de sa pratique, s'efforçant d'écrire l'événement psychique, il n'a cessé de remettre en chantier le discours de sa méthode. La psychanalyse est sa «création». Les uns la récusent, d'autres veulent la refonder. Des traducteurs, des psychanalystes, des philosophes et d'autres commentateurs, français, anglo-saxons, germanistes, ont particulièrement interrogé durant la seconde moitié du XXe siècle la manière dont il a pensé et exposé sa théorie. Pour relever les contraintes spécifiques qui se sont imposées à son écriture, Jean-François de Sauverzac a dû relire nombre d'entre eux, écouter leurs interprétations du rêve de Freud : son désir de fonder la connaissance rationnelle de l'inconscient. D'où un retour au texte freudien, à quelques figures saillantes de la rhétorique et des stratégies mises en oeuvre, puis, par-delà le mythe d'un texte originaire ou perdu, un effort pour suivre, entre concepts et signifiants, le mouvement de ce work in progress et de son éternel retour.
Jean-François de Sauverzac est psychanalyste et enseigne la philosophie. Il est l'auteur de Françoise Dolto : itinéraire d'une psychanalyste et Le Désir sans foi ni loi. Lecture de Lacan, aux éditions Aubier.
ROME, ESPACE DE L'ÉCRITURE DU TEMPS
Dans Les Mots et les choses, Michel Foucault caractérise la psychanalyse comme une démarche qui va à contresens des autres sciences de l'homme, l'histoire, la linguistique, l'ethnologie, lesquelles demeurent toujours «dans l'espace du représentable», alors que «la psychanalyse avance pour enjamber la représentation» et «fait surgir le fait nu qu'il puisse y avoir système, règle, représentation». Foucault pointe, du même coup, le noyau de finitude auquel elle se confronte : le désir «qui demeure toujours impensé au coeur de la pensée» et le grand ordonnateur de toute loi qu'est le langage, structure par excellence, système, considéré, à l'instar des linguistes, indépendamment des significations qu'il rend possibles. On peut ne pas adhérer à la perspective très générale et philosophique de Foucault qui, dans ces pages, traite implicitement de l'inconscient et de la fini-rude comme de notions communes à des champs en réalité exclusifs les uns des autres. Car si l'on peut parler d'inconscient pour l'ensemble des règles de la grammaire, du langage comme système d'oppositions et de différences ainsi que l'envisage la linguistique de Saussure, ou encore des structures élémentaires de parenté, du potlatch ou de la kula comme systèmes institués d'échange symbolique, il ne s'agit pas d'un inconscient au sens du refoulé, tel que la psychanalyse en a promu le concept, c'est-à-dire d'un désir jugé inacceptable par la censure, le moi ou la norme morale, qui devient proprement inaccessible à la conscience dont il est écarté par un mécanisme dynamique et qui, à l'origine d'un conflit à l'intérieur même du psychisme, tente toujours de faire retour sous la forme symbolique d'un message signifiant. Foucault met ici sur le même plan des réalités hétérogènes, l'inconscient au sens dynamique du refoulé et l'inconscient au sens descriptif : ce dont on ne connaît pas encore la règle ou le principe, mais auquel la rationalité et la conscience peuvent avoir accès.
Toutefois, lorsqu'il affirme que la psychanalyse s'aventure au-delà du représentable, ce en quoi elle reste nécessairement toujours une pratique et ne peut se déployer comme pure connaissance spéculative ou anthropologie générale,
C'est la difficulté à circonscrire l'inconscient dans le champ du représentable, avec une batterie conceptuelle adéquate, saturée, à le constituer et le fixer dans un espace plan, comme une réalité conceptuelle objectivable, qui peut expliquer en partie les mouvements complexes de l'oeuvre de Freud, et dont on ne saurait rendre compte en invoquant seulement les étapes progressives de la découverte ou les moments de crise conceptuelle, précipités justement par les nouvelles avancées théoriques (comme la seconde topique après la découverte du surmoi ou l'hypothèse biologisante de la pulsion de mort).
À titre d'illustration, rappelons que, si Freud est assez rapidement conduit à envisager les processus inconscients sous trois registres qu'il invente - topique, économique, dynamique -, il lui est toujours difficile de tenir ensemble les trois perspectives. Il est même singulier qu'il oublie d'en nommer explicitement une, pourtant omniprésente, comme l'a souligné Lacan : le champ linguistique (Le Mot d'esprit, La Psychopathologie). Mais on ne peut pas embrasser du regard un paysage par trois fenêtres situées sur des murs adjacents, tout en négligeant qu'on est entré par une porte laissée ouverte dans le dernier mur du quadrangle.
On serait tenté d'appliquer à l'oeuvre de Freud la métaphore qu'il utilise lui-même dans Le Malaise dans la culture pour faire saisir comment et pourquoi l'appareil psychique se dérobe à la représentation. Il le compare à la Ville éternelle, Rome, avec ce que révèlent de ces premières délimitations les historiens1. On peut imaginer la superposition de ruines et de vestiges, mais aussi, par analogie avec l'appareil psychique, quelque chose où «rien de ce qui s'est une fois produit n'a disparu, dans lequel, à côté de la dernière phase de développement, subsistent encore également toutes les phases antérieures».
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