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Auteur : Constance de Salm
Postface : Claude Schopp
Date de saisie : 01/02/2007
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Phébus, Paris, France
Prix : 10.00 € / 65.60 F
ISBN : 978-2-7529-0248-1
GENCOD : 9782752902481
Sorti le : 01/02/2007
Marie Nicolle - 02/04/2007
Agathe L'huillier - 15/03/2007
Mélanie Couillaud - 01/03/2007
Véritable petit bijou, ce roman épistolaire publiée en 1824 se présente comme une variation sur la jalousie et ses affres.
Confrontée à l'image obsédante de son amant disparaissant dans la calèche d'une autre beauté au sortir de l'opéra, notre héroïne tente de comprendre et de calmer les milles émotions qui l'assaillent. Au cours d'une nuit d'insomnie et d'une journée perdue à guetter un signe de celui qui -semble-t-il vient de la trahir, elle ne trouve d'autre consolation que de lui écrire. Quarante-quatre lettres pour dire vingt-quatre heures de fièvres, de doutes et de désespoir.
Cet unique roman de roman Constance de Salm bouleversera tous les amoureux de Stefan Zweig et de Marcelle Sauvageot. Poétesse et dramaturge, celle que l'on surnommait " la muse de la Raison " défendit ardemment la cause féminine et tint un brillant salon littéraire, ou se côtoyèrent Alexandre Dumas fils, Paul Louis Courier, Stendhal et Houdon.
Voici l'histoire d'une résurrection. Un des meilleurs écrivains a failli être englouti dans l'abîme du temps. Une femme exquise, rayonnante, belle à bousculer les hommes les plus froids, souveraine avec un tout petit roman épistolaire. Il ressurgit aujourd'hui grâce à Claude Schopp, fin lecteur du XIXe siècle. Imaginez quarante-quatre lettres écrites d'un mercredi à onze heures du soir au jeudi, à une heure du matin. «Vingt-quatre heures d'une femme sensible», publié en 1824, est un chef-d'oeuvre de la littérature française. Un vrai ! Pas un de ces romans d'aujourd'hui qui se bousculent pour crier leur talent et écarter les autres. S'il n'était signé Constance de Salm, on l'attribuerait aisément à Benjamin Constant. Mais là c'est une femme qui tient la plume. Tout y est : vivacité, passion, émotion, réflexion, trouble palpable, sensibilité proche, musique, intelligence du coeur, puissance d'analyse qui devient, au fil des pages, une forme d'érotisme...
Le grand écrivain autrichien Stefan Zweig s'est visiblement inspiré de son roman dans «Vingt-quatre heures de la vie d'une femme»... Alors, retournez vers l'original. C'est une bénédiction.
Fureur, refus, aveuglement, rage, tentative inutile pour retrouver son calme, la narratrice écrit ses petits mots en rafale. Constance de Salm sait parfaitement décrire le désordre et l'attente, les yeux rivés sur la fenêtre, la main serrant la plume pour exprimer sentiments et ressentiments. On est loin de la bluette pour jeunes filles de pensionnat, car la romancière ne veut rien cacher de la douleur, de la folie et de l'excès qui ronge son personnage et balaie toute éducation, toute bienséance. Il y a du Phèdre dans cette héroïne furieuse.
Princesse progressiste, Constance doit son retour de notoriété aux études féministes. C'est justice, tant sont nets les articles de sa foi : que les femmes n'ont jamais trop de lumières ; que la discussion du bien public est l'affaire commune des deux sexes ; que l'ambition littéraire des femmes est sottement ridiculisée, autre thème staélien ; qu'il est barbare - elle le dit à Napoléon - de frapper l'adultère de l'épouse plus lourdement que celui de l'époux. Il n'en faut pas moins résister à la pente qui fait aujourd'hui de Constance une militante exaltée...
Dans les années 1820 elle avait prêché pour une paix négociée entre classiques et romantiques : à ceux-ci, elle suggérait d'accommoder «leur art tout nouveau» aux attentes d'un public rompu à des rythmes plus sages. C'est bien ce qu'elle réussit dans ce joli roman, qui tient son charme d'une boiterie délicieuse entre deux styles et deux époques, de part et d'autre de la fracture révolutionnaire : le tumulte des sentiments et la déraison des passions se disent dans la langue sobre et gouvernée du siècle qui s'en est allé.
Ce court roman épistolaire a été publié de manière anonyme en 1824 : Vingt-quatre heures d'une femme sensible ou Une grande leçon, de la princesse de S..., quarante-quatre lettres écrites par une femme à l'homme qu'elle aime, en une nuit sans sommeil et une journée d'angoisse, pour dire tous les tourments de la jalousie...
Penser et demander aux femmes de penser. Ecrire à un ami : "J'aime l'indépendance en tout" - il n'en fallait pas plus, et il n'en faut toujours pas plus, pour être considérée comme un "bas-bleu". C'était certainement une raison suffisante pour que Constance de Salm soit injustement oubliée. Et il n'est pas certain qu'aujourd'hui encore sa leçon puisse être entendue.
L'oubli qui a recouvert le nom de la princesse Constance de Salm après sa mort, en 1845, est inversement proportionnel à la notoriété qu'elle connut de son vivant comme écrivain et à l'influence qu'elle exerça dans les sphères intellectuelles et même politiques...
Par cet ouvrage, dont la prose fluide et cadencée épouse les infimes variations de l'âme, ses transports subits, l'arythmie d'un coeur épuisé de passion, Constance de Salm, à qui on attribua le titre de «Muse de la raison», désirait nuancer la réputation de sérieux que lui avaient valu ses nombreuses épîtres et oeuvres de circonstance. Elle voulait prouver qu'elle n'était pas dénuée de ce qu'elle considère comme le plus bel apanage de son sexe, la sensibilité qui n'agit pas que sur les affections de l'âme, mais «éclaire et agrandit l'esprit», précise-t-elle dans la préface du roman.
Au rythme de 44 missives adressées à l'élu de son coeur, l'auteure, une femme du monde, donne libre cours à l'afflux d'émotions qui la submerge depuis qu'elle a vu son «ami» quitter l'Opéra au bras d'une autre. S'ensuit une nuit d'insomnie où notre héroïne ressasse sa passion, ses affres comme ses bonheurs. C'est exquis, c'est extrême. C'est l'amour fou, furieux, dans sa plus belle expression. «Je n'ai plus qu'une pensée, celle d'être à vous; qu'une crainte, celle de ne l'être pas», écrit-elle, passant aussitôt au tutoiement, tour à tour éplorée, excédée, résignée. Il y a du Phèdre chez cette femme si entière. On pense aussi à la Princesse de Clèves ou encore à la Duchesse de Langeais.
Lettre III
Que se passe-t-il donc en moi ? Aucune circonstance nouvelle n'a pu augmenter mon trouble, et cependant il s'accroît à chaque instant. Je crois voir mille choses qui m'étaient échappées d'abord. Il semble qu'il y ait des douleurs que l'on éprouve sans le savoir, et dont on ne se rend bien compte que quand elles remplissent tellement le coeur qu'il lui devient impossible de les supporter. Ces idées sont, il est vrai, vagues et confuses ; elles passent devant mes veux et s'évanouissent comme de vains fantômes ; mais il en est une qui reste toujours là ; une dont la vérité m'épouvante ; une qui repose sur un fait, et que je ne puis me nier à moi-même. Vous avez remarqué cette femme, mon ami ; vous l'avez remarquée ! Et qui ne sait que toutes les illusions de l'amour se touchent ; que la plus douce, la plus nécessaire, la plus sacrée est celle qui nous fait croire qu'il n'existe personne pour nous hors du cercle enchanté dont la passion nous environne ? Vous avez remarqué cette femme ; et moi... je ne voyais que vous !
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