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Auteur : Bernard Stasi
Date de saisie : 25/01/2007
Genre : Documents Essais d'actualité
Editeur : Hugo Doc, Paris, France
Prix : 13.50 € / 88.55 F
GENCOD : 9782755601046
Sorti le : 25/01/2007
Vingt ans après son livre L'immigration : une chance pour la France, Bernard Stasi réitère, avec la complicité d'Olivier Picard, son appel à une prise de conscience de l'immense richesse que représente la diversité française. Diversité raciale, culturelle et religieuse.
A l'heure de la mondialisation, nos populations d'immigrés et leurs enfants élargissent l'éventail français et l'ouvrent à d'autres continents, d'autres religions, d'autres façons de vivre. Elles dynamisent notre société et lui donnent un surcroît d'énergie, de volonté et de ténacité. Peu de pays peuvent se prévaloir d'un tel atout.
Sans aucun angélisme, Bernard Stasi tord le cou aux idées toutes faites, aux réflexes nationalistes et aux sentiments de peur, en nous démontrant que la France a besoin de ce nouveau souffle pour aborder le XXIÇ siècle avec confiance. Il nous propose des solutions et des mesures politiques (laïcité, logement, éducation, décentralisation,...) à adopter d'urgence pour tirer parti de ce formidable potentiel.
Et comme Bernard Stasi le dit : «Réveillons-nous, citoyens, sortons de nos torpeurs, et marchons pour construire, autrement que par le verbe, cet insaisissable vivre ensemble.»
Médiateur de la République de 1998 à 2004, ancien ministre, maire d'Epernay pendant trente ans, Bernard Stasi a présidé la Commission à l'origine de la loi sur l'interdiction des signes religieux à l'école et la mission qui a donné naissance à la Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l'égalité (Halde). Grand reporter pendant quinze ans pour France 3, France 2 et Geo, Olivier Picard est aujourd'hui éditorialiste politique des Dernières Nouvelles d'Alsace.
Les deux auteurs sont de vrais amis de trente ans, au moins...
LES SOURIRES DE BARBES
Éloge de la différence. Citoyen du monde. L'inéluctable et souhaitable métissage. L'apprentissage de la diversité. La vanité des bons sentiments. Les surprises de la facture coloniale. La saine croisade de Jean-Louis Borloo.
Aux yeux de trop de Français, c'est une expérience extrême. Pour les xénophobes, une caricature de l'horreur absolue. Une référence en négatif. La concrétisation de «l'invasion», voire de la «submersion» tant redoutée, et qui aurait commencé ici, au pied de Montmartre, comme une ultime insolence (une insulte, pensent carrément certains) à la carte postale la plus symbolique, et d'ailleurs la plus vendue, de la capitale. L'islam prêt à monter à l'assaut du Sacré-Coeur ! L'involontaire proximité géographique de ces deux mondes autorise tous les raccourcis...
Bienvenue à Barbes ! Venir ici, c'est un voyage. La grande enseigne de Tati prévient qu'on est arrivé à bon port. On sort du métro aérien qui brinquebale sur la frontière de métal séparant le Xe du XVIIIe arrondissement et, hop, voilà qu'en quelques pas sur le passage piétons on a traversé la mer Méditerranée. Un cliché ? Oui, mais il est authentique. Plus vrai que vrai. Ici, vous êtes bien à un point de rencontre entre le Nord et le Sud. Perpétuellement congestionnée, la brèche ouverte par l'emblématique boulevard à la majesté décrépie qui s'enfonce vers Clignancourt marque la porte d'entrée d'un autre continent. Un continent mélangé. C'est l'Afrique. Presque toute l'Afrique. Du Maghreb à l'Equateur, au moins. Mais c'est encore la France. Mais c'est toujours la France. Singulier vertige...
Sur ce petit territoire protégé de la Goutte d'Or, peuplé de 25000 personnes - l'équivalent d'une ville moyenne - cohabitent pas moins de 56 nationalités différentes. Les étrangers qui y vivent représentent plus de 32 % de la population totale, deux fois plus que la moyenne parisienne, et la proportion s'élève à 50% si - au moyen d'une addition contestable - on y ajoute les habitants français d'origine immigrée.
Je comprends fort bien que cet élan ne soit pas forcément naturel. Que ce goût pour la différence ne soit pas partagé par tout le monde. Oui, je comprends fort bien que la différence fasse peur. Que la cohabitation avec des modes de vie venus d'ailleurs puisse être ressentie comme une gêne au quotidien. Culpabiliser ceux qu'elle dérange par de belles envolées allégoriques n'a jamais rien résolu et ne résoudra jamais rien. Je pense même que l'angélisme forcené en la matière est contre-productif. Il ne fera pas bouger les lignes d'un centimètre s'il ne prend pas en compte la légitimité des crispations identitaires. La bête raciste est sournoise, elle peut prendre des formes ordinaires parfois insoupçonnables, et elle parvient même à se dissimuler dans les plus belles âmes. Ce n'est pas en l'ignorant superbement qu'on en viendra à bout, mais en assumant qu'elle se nourrit de petites craintes, très humaines, très terre à terre et pas forcément honteuses en elles-mêmes.
Les bons sentiments n'ont pas forcément rendu service à la cause que je défends. Il est facile de prêcher les bienfaits d'une France multiraciale quand on écrit depuis le calme d'un appartement confortable du beau XVIIe. Il est commode d'échafauder des théories généreuses et bien pensantes quand on s'exprime dans le cadre amical d'un dîner au restaurant rassemblant de sympathiques bobos. Refaire le monde à moindres frais, et sans se déplacer, c'est intellectuellement exaltant, bon pour l'ego et sans risque. Ce faisant, en toute bonne conscience, on a nié que la différence pouvait nécessiter un apprentissage. Je crois que cette absence de modestie devant le défi à relever est une erreur lourde de conséquences qui doit être corrigée. Vite.
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